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Écoles de commerce : fusions, la fuite en avant

Jessica Gourdon
Publié le
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La contrainte financière pèse sur les regroupements d’écoles de commerce dont les projets se multiplient ces derniers mois.


Si les écoles de commerce fusionnent, c’est bien souvent qu’elles y sont contraintes. “La situation est très préoccupante, s’alarme le président de l’Escem, François Duvergé, qui a entrepris un projet de fusion de six Business Schools . Certaines ne remplissent plus leurs places offertes, et ne pourront bientôt plus boucler leurs budgets. Parallèlement, les dépenses augmentent plus vite que les recettes.”

Pourquoi ?

Depuis dix ans, ces institutions doivent en effet faire face à de nouvelles dépenses : recruter des enseignants permanents, développer leur recherche, monter des partenariats à l’étranger, des doubles diplômes, gérer (et payer) les accréditations…

Le problème, c’est qu’elles ne peuvent pas augmenter les effectifs et les frais de scolarité – l’essentiel de leurs ressources – indéfiniment. Elles ont beaucoup tiré sur la corde ces dernières années, et l’écart avec les tarifs pratiqués par les masters universitaires devient chaque année plus criant. Avec la fusion, les CCI (chambres de commerce et d’industrie) ont également moins d’argent à octroyer à leurs écoles.

La fusion s’impose comme une solution. Si son effet est faible en matière de corps professoral et de locaux, d’autres gains sont possibles. En ligne de mire, des économies d’échelle sur la communication, les relations internationales, les processus de recrutement d’étudiants, le fundraising auprès des entreprises.

La mise en place d’une équipe de chercheurs plus visible est un autre “plus”, tout comme une offre plus large de formation continue ou l’addition des réseaux d’anciens. Enfin, en termes de visibilité et de stratégie marketing, ces fusions sont aussi une aubaine – avec un vrai buzz occasionné par l’annonce.

Avec qui ?

En ce qui concerne les écoles de commerce, les fusions entre paires sont privilégiées. BEM et Euromed, Reims MS et Rouen BS incarnent cette volonté de rassembler des établissements qui se ressemblent par leur taille, leur structure budgétaire et le niveau de sélectivité de leurs étudiants. Avec, parfois, un brin d’opportunisme.

Les autres tentatives ont échoué (fusion IAE Brest-ESC Brest) ou sont plus lentes à prendre corps. De même, le projet France Business School a suscité la colère de certains étudiants de l’Escem, sous prétexte que leur école était plus sélective à l’entrée que celles avec qui elle pourrait fusionner – ce qui “dévaloriserait” leur diplôme.

Seul cas à signaler : la fusion réussie entre l’IAE de Strasbourg et l’école de commerce locale (2007), sachant que celle-ci était rattachée à l’université, ce qui a largement facilité les choses d’un point de vue institutionnel.

Les risques

Mais une fois ces questions réglées, la fusion d’écoles présente de nombreux risques. “La taille augmente mécaniquement, mais l’amélioration des performances n’est pas automatique. Dans les entreprises, on considère que plus de la moitié des fusions ne créent pas de valeur. Les résultats vont dépendre de la façon dont la fusion est gérée”, écrit Michel Kalika, ex-DG de l’EM Strasbourg.

“L’amélioration des performances n’est pas automatique”
Michel Kalika

La fusion a aussi un coût. Alice Guilhon, directrice de Skema, estime que cette opération a coûté entre 5 et 10 millions d’euros : mise en commun et coordination des services supports (finances, ressources humaines, marketing), harmonisation des cursus, des systèmes d’informations… Sans compter les déplacements, très fréquents au début, entre les équipes de Paris, Nice et Lille.

Autre problème pointé par Stephan Bourcieu, directeur de l’ESC Dijon : en fusionnant, les écoles “risquent de perdre en capacité à faire du sur-mesure pour leurs entreprises partenaires, la taille entraînant un besoin de standardisation des processus et de l’offre. En outre, les entreprises dont le poids économique n’est pas suffisant pourraient se retrouver délaissées. Et du point de vue des élèves, l’effet de taille pourrait distendre le lien entre l’étudiant et les salariés de l’institution.”

Bref, le pari est audacieux, mais, pour le moment, celles qui ont tenté l’aventure – Skema ou, plus en arrière, l’ESCP et l’EAP, les ESC Tours ou Poitiers – en ont tiré profit.

Sur les blogs EducPros

Le billet de Joël Echevarria : Fus-Ac dans les Business Schools: comment les réussir ?
Le billet de Michel Kalika : Ecoles de commerce : fusions, alliances ….le mouvement va continuer !
Le billet de Thomas Roulet : Méga-fusions, partenariats et consortiums dans le monde des business schools: les conséquences pour la recherche ?

Des alliances qui dépassent les écoles de commerce françaises

Oxford Brookes-ESC Dijon. L’ESC a entamé en 2009 un rapprochement avec la Business School de l’université d’Oxford Brookes, en Angleterre . Les deux écoles ont créé un Bachelor double-diplômant (en trois ans), qui permet aux étudiants des deux pays de passer d’un campus à l’autre. Les professeurs organisent des séminaires et travaux de recherche communs. Un Master of Science en Food & Wine a également été lancé, à cheval sur les deux sites. Les deux écoles, toutes deux labellisées Epas, ambitionnent de postuler ensemble à l’accréditation Equis.

EM Lyon et Centrale Lyon. Annoncée en 2009, l’alliance Centrale Lyon-EM Lyon avance doucement . BaptiséYing Yang , ce projet se concrétise, pour le moment, par des échanges de professeurs et d’étudiants. L’incubateur commun et le “village apprenant” réunissant leurs forces en matière de formation continue n’ont pas encore vu le jour. Quant à Idea, école hybride en design et innovation que les deux établissements souhaitent lancer en commun, elle se traduira à la rentrée 2012 par un Master of Science. Pour les locaux et le Bachelor, il faudra encore attendre deux ou trois ans.
Le projet comptait beaucoup sur les financements issus du Grand emprunt (Idex), mais le site lyonnais n’a pas été officiellement retenu. Autre défi : l’alliance résistera-t-elle au changement de gouvernance ? Centrale Lyon vient de changer de directeur, et Patrick Molle, le DG de l’EM Lyon, très actif sur ce projet, quittera ses fonctions à l’été 2012. Un projet qui vient de recevoir 6 millions d'euros dans le cadre des IDEFI.

Cliquez sur une ville et apparaîtra dans une nouvelle fenêtre un article EducPros paru sur le rapprochement concerné.

Jessica Gourdon
Mars 2012


Jessica Gourdon | Publié le

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Edgard Gnanou.

Les constats qui sont publiés aujourd'hui auraient pu être écrits dès le début des année 2000. De nombreux observateurs "internes" aux fusions faisaient déjà ces constats, mais étaient considérés comme des "oiseaux de mauvaise augure". Déjà tous savaient que la fusions éloigneraient les étudiants et les entreprises de leur institutions . Tous savaient que les économies envisagées ne seraient pas faites.(et ne sont toujours pas faites, sauf par de nombreux "windows dressing" des chiffres"). Tous savaient qu'il fallait augmenter les effectifs et donc baisser la sélectivité. Même ceux qui affichent une réussite ou qui se présentent comme ayant tiré un profit de la fusion d'antan, se trouvent fragilisés et doivent augmenter leurs effectifs. Elles n'ont toujours pas diminuer leur ratio administratif/élèves, ni leur ratio administratifs/professeur. Les coûts de structure n'ont fait qu'augmenter... financer par le contribuable... dont l'impôt paye déjà la structure publique d'enseignement supérieur. Le FT qui n'a rien vu venir de la crise financière, ne voit-il rien venir de la crise de l'enseignement supérieur... Pourtant 45% des étudiants américains sont dans des difficultés financières énormes. Ils commenceront leur vie professionnelle avec un taux d'endettement qui flirte avec les 35 à 40% sur des dixaines d'années !!!...Alors, remettons l'Eglise au milieu du village ! les fusions faites en période de croissance atone...restent des fiascos financiers visibles depuis longtemps, mais que beaucoup d'observateurs ont feint d'ignorer. La notoriété ou l'excellence pédagogique n'y fera rien ni à court ni à long terme...le ggodwill ne progressera pas si des éléments d'actifs tangibles ne viennent pas le soutenir. La fragilisation du business modèle va attirer des prédateurs avec lesquels il faudra composer. Au moins, préparons nous à négocier ce dernier virage avec lucidité !