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Les écoles d'ingénieurs inscrivent à leur patrimoine le nom de leurs donateurs

Laura Makary
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L'école Mines ParisTech propose aux donateurs d'"adopter" un siège de son amphithéâtre Schlumberger. // © A Concept
L'école Mines ParisTech propose aux donateurs d'"adopter" un siège de son amphithéâtre Schlumberger. // ©  A Concept
Depuis quelques années, plusieurs écoles d'ingénieurs expérimentent le "naming". Cette pratique, issue du monde du marketing, consiste à apposer le nom d'un donateur sur un objet ou une salle de l'établissement. Une façon pour les écoles, via leur fondation, de diversifier leurs sources de financement.

Auparavant apanage des grandes universités anglo-saxonnes, à l'instar du MIT ou de Harvard, la pratique du naming ("nommage" ou "parrainage") se propage peu à peu dans l'enseignement supérieur français. Le principe est simple : un individu (souvent un ancien) ou une entreprise fait un don à l'établissement. En échange, il ou elle appose son nom sur un objet, du mobilier ou un espace. 

Les business schools ont été les premières à regarder du côté de ce mécénat d'un genre nouveau. C'est désormais au tour des écoles d'ingénieurs. Plusieurs d'entre elles se sont déjà lancées dans l'aventure, via des campagnes menées le plus souvent par leurs fondations. Un moyen pour elles de diversifier les actions de levée de fonds… tout en remerciant leurs généreux donateurs.

"Adopter" un siège à partir de 2.000 euros

L'une des premières écoles à avoir opté pour le naming est Mines ParisTech. Dans le cadre de sa campagne de levée de fonds 2014-2018, l'école parisienne a initié l'opération "Adoptez un siège" avec l'objectif de trouver des financements pour rénover l'amphithéâtre Schlumberger. "C'est notre amphi le plus ancien, il accueille aussi bien des cours que des conférences et des soutenances de thèse, d'où notre volonté de le rénover", détaille Solenne Couraye du Parc, directrice du développement et des relations avec les alumni de la Fondation Mines ParisTech. Pour un premier prix de 2.000 euros, il est possible d'apposer son nom sur l'un des sièges de la salle. "Un tarif relativement accessible afin d'attirer de nouveaux donateurs", juge Solenne Couraye du Parc.

Pour le tarif "premium" de 10.000 euros, le donateur peut choisir l'emplacement de son siège et la plaque portant son nom est "couleur or". Sur les 142 places dont dispose l'amphi, 65 ont déjà été "adoptées". De quoi apporter des fonds non négligeables à l'école parisienne.

"Le naming n'est pas un catalogue de vente"

Si elle séduit les fondations et les établissements, la pratique du naming n'est pas toujours simple à faire accepter à certains élèves et diplômés des écoles d'ingénieurs publiques. La Fondation Polytechnique en sait quelque chose : lorsqu'elle suggéré de faire appel à cette technique de mécénat, elle a dû affronter une levée de boucliers... Et convaincre. "Cette proposition a été assez critiquée au départ. Certains, notamment des jeunes diplômés, estimaient que cela consistait à vendre, voire à brader, l'X et que cela allait à l'encontre de nos valeurs d'école de la République. Puis, l'idée a fait son chemin et a fini par être acceptée", explique Laurent Mellier, directeur du développement de la Fondation de l'X.

S'est ensuivi un travail d'identification des lieux pouvant faire l'objet de naming. "Nous avons travaillé en amont avec l'école afin de les lister, en gardant en tête l'importance de chaque endroit et l'intérêt des donateurs. Nous voulions proposer une gamme variée, avec plusieurs niveaux de dons, afin que tous nos alumni puissent y prétendre", précise Laurent Mellier. 

Nous voulions proposer une gamme variée, avec plusieurs niveaux de dons, afin que tous nos alumni puissent y prétendre.
(L. Mellier)

Parmi les objets et espaces proposés aux bienfaiteurs de l'X, figurent ainsi des fauteuils d'amphithéâtre (10.000 euros), des espaces de travail à la bibliothèque, des salles de classe (150.000 euros), des bureaux, des laboratoires et même des arbres (25.000 euros), à des tarifs différents pour les particuliers et les entreprises. Même s'il ressemble à un inventaire à la Prévert, le naming n'est pas un catalogue de vente, tient à souligner le directeur du développement de la fondation. "Au contraire, nous voulons créer du sens, avec de véritables histoires", insiste-t-il. Et de citer l'exemple d'un grand donateur, professionnel du bâtiment, qui souhaite donner son nom à un arbre, et aimerait "placer une capsule inaltérable près des racines, contenant un message pour les futurs étudiants de l'école, dans une cinquantaine d'années. C'est encore en cours de discussion, mais nous trouvons l'idée très belle", sourit Laurent Mellier.

Fondation Télécom  - Naming

Financement de projets et culture du don

Mais ces histoires personnelles ne doivent pas faire oublier les défis sonnants et trébuchants que doit relever le naming. Qu'il s'agisse de payer la réfection d'un amphithéâtre, comme c'est le cas à Mines ParisTech, ou de soutenir des projets étudiants, ce mécénat vise à capter de nouveaux fonds, pour des établissements qui redoublent d'efforts pour trouver des financements. 

Point commun entre toutes les initiatives : les dons sont fléchés. Pour la Fondation Supélec – qui doit bientôt fusionner avec la Fondation Centrale Paris –, le naming d'un siège de l'amphithéâtre Janet, à hauteur de 20.000 euros, permet par exemple de financer pour moitié les bourses d'excellence des étudiants, l'autre moitié étant affectée au capital de la fondation.

Du côté de Télécom ParisTech, qui a lancé sa campagne en avril 2017, quatre domaines sont mis en avant : la diversité sociale, l'excellence scientifique, l'international et l'entrepreneuriat. "Nos donateurs peuvent décider de favoriser un de ces quatre axes s'ils le souhaitent. Pour le moment, ce sont principalement les bourses et l'entrepreneuriat qu'ils désirent soutenir", déclare Yves Poilane, directeur de l'école.

Tout le monde n'est pas forcément intéressé par le naming, mais il peut donner un côté ludique au don ou le rendre plus solennel.
(N. Bousseau)

Pour la Fondation Centrale Paris, enfin, l'objectif du naming est de soutenir le déménagement de CentraleSupélec sur le plateau de Saclay. Acté en 2010, ce dernier devait être financé à hauteur de 25 millions d'euros par la fondation. "À ce jour, nous avons atteint 23,4 millions, indique Nathalie Bousseau, directrice de la fondation. L'idée du naming est venue plus tardivement, à partir de 2015. Nous avons toujours gardé en tête le fait que tout le monde n'est pas forcément intéressé par le naming, mais qu'il peut donner un côté ludique au don ou le rendre plus solennel".

Au-delà de l'aspect financier, le parrainage par le nom a, pour les écoles, une dernière utilité : il sensibilise les élèves au don. "Cette opération a un aspect pédagogique : les étudiants prennent conscience que leur école a besoin de dons pour lancer ses projets, estime Delphine Baron, responsable des mécénats particuliers de la fondation TélécomEt cela les prépare à donner à leur tour, une fois qu’ils auront quitté l’école."

Des sites web spécifiques pour attirer les donateurs
Pour attirer les donateurs et mettre en avant les espaces disponibles, la Fondation Centrale Paris a créé un site Internet dédié au naming, affichant les lieux disponibles à chaque étage du futur bâtiment de Saclay, que ce soit terrasses, salles de cours ou bureaux associatifs, accessibles pour 100.000 à 500.000 euros, selon le lieu et la durée du parrainage. Même principe pour la Fondation Supélec : sur son site, elle propose un plan de l'amphi Janet, pour que l'internaute choisisse son siège, au tarif de 20.000 euros.

Mais c'est Télécom ParisTech qui est allé le plus loin dans la démarche, en proposant aux donateurs de choisir leur siège dans le futur amphithéâtre du campus de Saclay, qui ouvrira ses portes en 2019. Tout se fait directement en ligne, de la sélection du siège au paiement. "Nous avons créé ce site spécifique dédié, afin que les alumni puissent 'visiter' la future école et faire leur choix librement. Ce dispositif est très confortable pour les donateurs", souligne Delphine Baron.

Laura Makary | Publié le

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