Maffesoli : un canular qui en dit long

Martin Clavey
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L'Autolib', sujet d'un vrai faux article publié dans la revue de sociologie dirigée par Michel Maffesoli
L'Autolib', sujet d'un vrai faux article publié dans la revue de sociologie dirigée par Michel Maffesoli // ©  Gilles Rolle / R.E.A
Les sciences humaines n’échappent pas aux fausses données, aux débats méthodologiques ou à la remise en question du peer review. Le canular à l’encontre de Michel Maffesoli en est l’illustration.

En mars 2015, deux sociologues révélaient avoir publié un canular dans la revue de sociologie "Sociétés". L'article annonçait vouloir "mettre au jour les soubassements imaginaires d'un objet socio-technique urbain contemporain : l'Autolib'".

Cette affaire pourrait facilement être résumée à une volonté de deux jeunes chercheurs de "se payer" un nom de la sociologie française, Michel Maffesoli. C'est d'ailleurs ce que dit, en substance, ce dernier dans les différentes interviews qu'il a données suite à la révélation du canular.

L'absence de méthodes de travail

Mais au-delà de la polémique et des enjeux de personnes, le travail d'Arnaud Saint-Martin et Manuel Quinon se veut une critique en règle d'une certaine vision de la sociologie et de son utilisation à des fins peu scientifiques. Le faux article n'est finalement qu'un instrument de leur travail pour dénoncer "l'ineptie du maffésolisme".

La méthode de travail et de restitution est particulièrement mise en cause. Outre le flou sémantique, une rhétorique propre, une vision du monde basée sur quelques postulats de départ, les deux sociologues mettent à jour l'absence d'enquête de terrain, d'interrogation des différents protagonistes ou de recours aux statistiques, comme le font laborieusement d'autres chercheurs de la discipline. Michel Maffesoli revendique de faire de la "sociologie qui fait appel à l'intuition, à la compréhension".

Un entre-soi problématique

Les critiques de ce genre de pratique ne datent pas de ce canular, et Guillaume Decouflet, Bernard Lahire, Laurent Mucchieli, ou même auparavant Arnaud Saint-Martin, les avaient déjà bien mises en avant sans avoir le même retentissement.

Mais, au-delà de ces questions de fond, le système de revue par les pairs sans réelle évaluation scientifique est une nouvelle fois remis en question. François Briatte a, par exemple, esquissé une analyse de l'entre-soi éditorial des revues de sociologie permettant de scruter les groupes de chercheurs qui publient toujours dans la même revue. Preuve que faire évoluer les pratiques demande bien plus qu'un coup d'éclat.


Martin Clavey | Publié le