Espé Clermont-Auvergne, la bonne élève

Isabelle Dautresme
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Espé Clermont-Auvergne. Étudiants à la cafétéria // @Isabelle Dautresme
Espé Clermont-Auvergne. Étudiants à la cafétéria // @Isabelle Dautresme
Avec l'expérience de masters de l'enseignement créés en 2004, l'Espé Clermont-Auvergne a été mise en place rapidement. Dans son jeu : un environnement favorable, une équipe de direction étoffée et des partenariats solides.

Moins d'un mois après la rentrée universitaire, l'énergique directeur de l'Espé Clermont-Auvergne, Didier Jourdan, poignée de main ferme et verbe direct, peut être satisfait. Citée en exemple à de multiples reprises notamment par le rapport sénatorial sur la mise en place des Espé publié au printemps dernier, son école collectionne les bons points : large éventail de formations, cours de qualité, ancrage direct dans la recherche, étudiants satisfaits...

Une politique de gestion des ressources humaines efficace

L'explication ? Elle tient en trois lettres : DRH, pour direction des ressources humaines. Partant du constat que "l'on ne peut pas faire les Espé avec les ressources humaines des IUFM", Didier Jourdan a étoffé son équipe de direction. Une directrice administrative, "à la carrure d'un secrétaire général", a été embauchée. "Cela m'a coûté un poste d'agrégé hors classe mais c'était essentiel", précise le directeur. Et trois postes de directeurs adjoints ont été créés. Surcoût de cette organisation : 150.000 € par an pour un budget total de 11 millions d'euros.

Espé Clermont _Didier  Jourdan

"En période de vaches maigres, beaucoup d'universités ont tendance à réduire le personnel administratif. C'est une erreur. Un chantier aussi complexe que celui des Espé ne peut être mené que par une équipe solide !" assène Didier Jourdan, émaillant son discours de "management", "leadership", "boîte"... Un vocabulaire tout droit sorti du répertoire des entreprises et "parfaitement assumé".

Les formateurs de l'Espé aussi sont montés en compétences. "On leur demande d'avoir, a minima, un niveau master, et on les incite vivement à soutenir une thèse", explique Grégoire Cochetel, directeur adjoint en charge de la formation continue. Pour l'heure, parmi les 110 formateurs à temps plein, seuls 7 ont un diplôme inférieur au master. "Mais ils en ont largement le niveau", souligne-t-il.

Une expertise reconnue

Outre son organisation "stratégique", l'une des forces de l'Espé clermontoise tient au fait que, dès 2003, ce qui était encore l'IUFM a mis en place ses propres masters adossés à un laboratoire classé A+ "Éducation et santé publique", puis les masters "Formation des formateurs de l'espace francophone" et "Scolarisation des élèves à besoins éducatifs particuliers".

"Aux yeux des universitaires, nous étions donc légitimes pour délivrer des masters Meef", analyse Didier Jourdan. Et comme les différentes équipes (UFR, ex-IUFM) étaient habituées à travailler ensemble, elles ont pu s'emparer très vite du chantier Espé. Sans luttes de pouvoir.

Aux yeux des universitaires, nous étions légitimes pour délivrer des masters Meef.

"L'académie est petite, les gens se connaissent bien et parlent le même langage. Nous avons tous des âmes de militants", remarque, dans un large sourire, Annie Llombart, directrice adjointe chargée des diplômes et des partenariats. Et Charles Moracchini, inspecteur d'académie Établissements et vie scolaire, membre du conseil d'école, d'ajouter : "On a mis en place des réseaux de partenariats efficaces. Dès que l'on fait quelque chose, tous les acteurs sont mis dans la boucle, ce qui évite des malentendus."

Selon Didier Jourdan, les personnalités des présidents des deux universités ainsi que celles des deux recteurs qui se sont succédé à la tête de l'académie sont pour beaucoup dans ce succès. "Il n'y a pas l'ombre d'une feuille de cigarette entre nous. Nous avons porté le projet de l'Espé ensemble." Ce qui n'empêche pas le ton de monter au moment des discussions sur le budget. "Cela fait partie du jeu. Un directeur d'Espé doit se battre pour avoir les moyens de sa politique et ne pas se faire piquer de postes dans l'intérêt des étudiants."

Des budgets contraints et des équipes fatiguées

Si la première année de l'Espé auvergnate est pour le moins encourageante, rien n'est pour autant gagné. "Le dispositif est loin d'être stabilisé", reconnaît Didier Jourdan. De nombreux "reçus-collés" n'ont toujours pas de stages, l'offre de formation est peu lisible, les budgets, de plus en plus contraints, obligent à réduire les postes, notamment de formateurs de terrain. Quant aux équipes, elles fatiguent. Tous s'accordent sur le fait que le niveau de sollicitation est tel qu'il n'est pas tenable sur la durée.

Des étudiants plutôt heureux
Pour l'heure, les étudiants de l'Espé Clermont-Auvergne se disent plutôt satisfaits. Attablée à la cafétéria baignée de soleil de l'école, "un vrai expresso" à la main, Alice, en M1 Meef premier degré, n'en revient pas de la qualité des enseignements : "Je ne m'attendais pas à ce que les profs aient un tel niveau." Et Lucie, en M2 Meef second degré, de souligner la cohérence des maquettes : "Les cours se répondent entre eux."

Isabelle Dautresme | Publié le

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