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Recherche : des conditions de travail très diverses selon les labos

Un dossier réalisé par Olivier Monod
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Les réformes du dernier quinquennat ont-elles fait évoluer les conditions de travail des enseignants-chercheurs ? Difficile de tirer une conclusion s’appliquant à tous les centres de recherche. Une certitude : d'un laboratoire à un autre, les conditions de travail des scientifiques restent très inégales. Paroles de doctorants et d'enseignants-chercheurs.

«Durant mon doctorat, je n’avais pas de bureau, juste un écritoire, à mi-hauteur, à côté de la paillasse dans le laboratoire, explique Martine*, récente docteur en biologie. Je passais ma journée dans les relents chimiques et les personnes qui passaient me tapotaient sur le crâne…»

Mohamed*, doctorant en biologie dans un laboratoire de l’université de Montpellier, témoigne également. «Il m’est arrivé que ma chef me demande de resynthétiser un nouveau produit du commerce afin d’éviter de le payer. Je passais trois mois dessus pour finalement aboutir à un produit moins bon que celui du commerce. Le labo finissait donc par l’acheter…» 

Le long parcours des doctorants

Selon une note de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE) de 2010, seuls 56,4% des doctorants sont financés. Pourtant, rappelle la Confédération des jeunes chercheurs (CJC), la création du «contrat doctoral» en 2009 devrait mettre fin au non financement des thèses. «La reconnaissance du caractère professionnel du doctorat devrait impliquer que le doctorant soit salarié pour son travail de recherche.» Selon l’OVE, 74,4% des doctorants travaillent souvent à domicile, faute de place dans leur institution de rattachement.

Les doctorants ne sont pas les seuls à souffrir d’une certaine précarité. Les postdoctorants ne sont, en moyenne, titularisés qu’à l’âge de 32 ans. Entre-temps, les scientifiques doivent enchaîner des postdoctorats ou décrocher des postes d’ATER d’une durée de six mois à deux ans. Là encore, la recherche en pâtit. «Il devient impossible de lancer des projets sur le long terme», regrette Nicolas Soler, président de la CJC. «Si on imagine une manipulation s’étalant sur cinq ans pour tester son hypothèse, on la raye tout de suite car on sait qu’on n’aura pas la possibilité d’aller au bout», renchérit Alexandra Collin de l’Hortet, doctorante à l’institut Cochin.

Trois postes, trois conditions de travail différentes

Michel Lussault, président du PRES Université de Lyon, tempère ce constat. «Dire que la recherche fout le camp est une vision dogmatique des choses. La réalité est plus contrastée.» Mathias expérimente ces contrastes depuis son doctorat. Après trois ans d’ATER à Marne-la-Vallée, ce docteur en sciences de gestion est embauché comme maître de conférences à l’université de Dunkerque pour 2.100 € par mois. «Et encore grâce à l’ancienneté en tant que normalien et agrégé... Mes collègues commencent, eux, à 1.700 € », précise-t-il.

Là-bas, il découvre la recherche à six dans un bureau avec deux postes informatiques. Au bout d’un an, il demande son rattachement à un laboratoire de l’université Dauphine. Toujours pas de bureau, mais « les budgets existent pour aller en congrès ou effectuer des traductions». Aujourd’hui muté à Marne-la-Vallée, il passe deux tiers de son temps à enseigner. «Ce n’est pas spécialement une volonté, précise-t-il. Mais avec la hausse du nombre d’élèves et sans recrutement, les maîtres de conférences sont obligés de faire deux fois leur service…»

Mathias assure avoir des périodes de doutes. «Surtout quand je me compare à certains collègues d’écoles de commerce qui touchent 4.700 € par mois hors prime, pour le même boulot.» Lui aura du mal à atteindre ce salaire en fin de carrière. Tout est une question de contraste.

 
Un dossier réalisé par Olivier Monod
Avril 2012

Le web pour libérer la parole

Plus les conditions sont difficiles, plus il est nécessaire d’en rire. Emboîtant le pas des américains comme phdcomics et xkcd , de plus en plus de blogs traitent avec humour et légèreté de la science et des conditions de travail des chercheurs – des doctorants principalement. L’auteur de Vie de thésarde détaille ses raisons. «Je voulais expliquer à mes proches ce qu’est la thèse, le blog était vraiment à destination de mes proches. Il s’est finalement diffusé au-delà et je reçois des courriers de personnes me disant leur mal-être dû à leur thèse…» Un malaise qui s’est exprimé également sur feu le site «thèse de merde» . Pour avoir une large vision de la blogosphère scientifique, le mieux reste de se rendre sur stripscience .

Lire aussi : strong>Dessine-moi un doctorat sur le blog Doctrix
 

* Les prénoms suivis d'une astérisque ont été changés à la demande des personnes interrogées


Un dossier réalisé par Olivier Monod | Publié le

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