Évaluation des étudiants : petits arrangements avec les notes

Céline Manceau
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(ccarlstead/Flickr)
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Édifiant ! L’évaluation des étudiants dans le supérieur, sujet jusqu’à présent discret, se retrouve propulsée sur le devant de la scène. Elle était déjà malmenée  par un sérieux cafouillage dans l’organisation  du concours de PCEM1, à Lille 2, en juin 2007. La voici désormais sous les fourches caudines de cinq inspecteurs de l’Éducation nationale, auteurs d’un rapport inédit sur ce thème. Il était temps car, précisent ces derniers, « un fort taux de succès peut être interprété, si aucune précaution n’est prise, aussi bien comme l’indice d’une formation de qualité que d’un diplôme bradé » ! Un critère pourtant crucial à l’heure de  l’autonomie et face à la concurrence internationale.   

En recevant, le 1er octobre 2007, l’ensemble des doyens et présidents des  facultés de médecine, Valérie Pécresse a souhaité mettre un point final à la polémique sur l’organisation du concours de fin de première année de médecine à l’université Lille 2. Non sans leur faire l’économie d’un sermon : « Est-il besoin de vous rappeler que les doyens des UFR de médecine doivent être présents  tout au long de l’organisation du concours et superviser eux-mêmes la préparation et le déroulement des  épreuves, avec le président du jury ? Messieurs les doyens,  c’est votre rôle, assumez-le. Cela veut dire notamment  convoquer tous les surveillants et leur donner par oral puis par écrit des instructions claires et exhaustives sur les règles de l’examen », a soutenu la ministre.

Un  ton musclé très proche de celui du rapport de l’IGAENR sur l’évaluation des étudiants à l’université mis en ligne  fin septembre 2007. Ses auteurs dénoncent d’emblée un manque d’intérêt pour ce thème, d’autant plus préjudiciable que « des rendez-vous importants s’offrent aux universités tant au plan français qu’international  [qui] risquent bien d’être manqués ».  

Des diplômes sans crédibilité

Au-delà des chefs d’accusation, ce document vise à dénoncer un schéma bien installé : « Des étudiants suivant des cursus dont ils estiment eux-mêmes qu’ils ne sont pas  formateurs, se soumettant à des évaluations dont ils estiment qu’elles ne prouvent pas grand-chose à leur sujet, et au total se faisant une idée peu valorisante des diplômes qu’ils préparent, la logique vicieuse étant  qu’ils ne voient pas pourquoi seraient en plus “difficiles”  des diplômes de peu de valeur. » Ce type de comportement favorise la médiocrité des apprentissages et la démotivation.

Pour y remédier, les inspecteurs préconisent le recours au contrôle continu et la délivrance de la licence après six semestres d’études avec une seule compensation et une seule session de rattrapage, en fin de troisième année. Selon eux,  le passage au LMD et la mise en place des ECTS ont aggravé le phénomène, en particulier la compensation. Celle-ci a pour effet pervers une inflation des examens – car plus le nombre de notes est important, plus les étudiants ont des chances de se rapprocher de la moyenne. Les enseignants,   de leur côté, tentent de « compenser la compensation » en mettant en place des épreuves plus difficiles.  

Contrat de confiance, obligation de résultat

Les grandes écoles – qui n’entrent pas dans le champ du rapport – ne sont pas à l’abri non plus des dérives du LMD et des ECTS. L’ESIEA, dont le directeur n’est autre que Pierre Aliphat, président de la commission formation à la CGE, a justement organisé son séminaire de rentrée sur la thématique de l’évaluation. « Nous avions invité André Antibi, qui a dénoncé la constante macabre des notes, un phénomène que nous avons constaté dans notre école, à savoir un durcissement de la notation de la part des enseignants qui, par le biais  de la compensation, craignent d’être laxistes. »

Les travaux de ce professeur de mathématiques, directeur de l’Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques de Toulouse, sont cités dans le rapport. Sa méthode pour davantage faire travailler les élèves, pallier l’échec et éradiquer la fraude reste très controversée. Elle tient en deux lignes : avant chaque évaluation, l’enseignant donne les parties du programme qui seront à l’examen, et laisse la possibilité aux élèves, au cours de leurs révisions, de lui poser des questions. Un précepte baptisé : contrat de confiance... Un terme emprunté au marché de la  concurrence. Décidément, c’est un registre sur lequel a  joué également Valérie Pécresse, le 1er octobre 2007, en rappelant aux doyens et présidents des facs de médecine qu’ils avaient « une obligation de résultat absolue ».  


Céline Manceau | Publié le

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