Formation continue post Covid-19 : entre menaces et opportunités

Etienne Gless
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Formation continue post Covid-19 : entre menaces et opportunités
La formation continue, touchée de plein fouet par la crise sanitaire, cherche des solutions pour se relancer. // ©  DEEPOL by plainpicture
Reports, annulation... La crise sanitaire a eu un impact direct sur l'activité de formation continue des établissements d'enseignement supérieur. De nombreuses inconnues demeurent pour la rentrée concernant notamment la réouverture des frontières et la situation financière des entreprises... Mais le plan de relance de l'économie pourrait fournir des nouvelles opportunités d'action de formation.

La formation continue est touchée de plein fouet par la crise sanitaire. Les établissements d'enseignement supérieur ont en effet vu leurs formations reportées ou annulées. Si l'activité semble repartir depuis l'annonce du déconfinement, de nombreuses incertitudes demeurent.

Des incertitudes sur le financement

"Le recrutement pour nos programmes diplômants est compliqué en ce moment", constate Antoine Decouvelaere, responsable du développement de la formation continue à l'Ieseg, une grande école de management. Après les deux ou trois premières semaines de confinement qui a mis la France à l'arrêt, Antoine Decouvelaere voit "l'intérêt et la demande pour la formation repartir" malgré une incertitude quant aux financements : "en général pour ce type de programmes, les participants ne les financent que rarement tout seuls et comptent sur leur entreprise or celles-ci ont mis les financements en stand-by", estime-t-il.

Stoppés ? Annulés ? Comme de nombreuses grandes écoles de management ou d'ingénieurs, l'Ieseg a peu de visibilité : les contacts, les prospects sont là mais la question du financement reste un gros point d’interrogation.

Sur la partie formations sur mesure à destination des entreprises, l'école enregistre une reprise depuis la mi-mai et la fin du confinement. "A l'exception de quelques clients qui mettent à l’arrêt des projets de formation établis avant la crise, globalement tout ce qu’on avait enclenché avant la crise redémarre", se réjouit Antoine Decouvelaere. En revanche, les formats évoluent : "ce qui était prévu en présentiel est envisagé en distanciel, les dates sont modifiées et les stages prévus en juin sont reportés à septembre ou octobre."

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De nombreuses questions sur la reprise des formations

La formation continue universitaire est aussi partagée entre l’inquiétude quant aux risques nés de la crise et les opportunités de transformation qu'elle a permises. Cette activité représente un chiffre d'affaires de près de 500 millions d'euros. Que ce soit pour préparer des diplômes nationaux – plus de 100.000 délivrés chaque année – ou suivre des stages courts très qualifiants – les universités accueillent plus de 450.000 stagiaires par an.

Dans l'enseignement supérieur public, le confinement lié à l'épidémie de Covid-19 a engendré un manque à gagner pour les actions de formation qualifiante et stages courts à destination d'un public de salariés. "La quasi totalité des stages intra ou inter-entreprises stages ont été reportés", constate Franck Giuliani, président de la Conférence des directeurs des services universitaires de formation continue (CDSUFC) et du réseau de la formation continue à l’université (FCU) qui rassemble plus de 90 établissements publics d'enseignement supérieur.

Dans l’ensemble, ce pan d’activité est tombé plutôt avec un report qu’une annulation mais les stages sont reportés au mieux au dernier trimestre 2020. Et plusieurs points d’interrogation subsistent : quel sera le niveau de l’activité économique ? Quelles seront les possibilités de déplacements ? Quels seront les aléas des transports en commun ? etc.

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Le 100% distanciel révélateur de la fracture numérique

Pour la partie diplômante et certifiante, les responsables de la formation continue des établissements du réseau FCU estiment avoir plutôt bien géré le choc du confinement : "Les plans de continuité pédagogique se sont mis en place incluant le 100% en distanciel et il y a eu peu de rupture pour ces publics, explique Franck Giuliani. Dans l'ensemble, les services ont réussi à basculer en télé-travail dans les 15 derniers jours de mars pour maintenir le lien avec les stagiaires de la formation professionnelle alors même que nous n’étions pas nécessairement prêts."

Un maintien du lien crucial pour un public d'alternants ou de demandeurs d'emploi qui doivent justifier d'activités de formation pour continuer à percevoir une rémunération : "Nous avons réussi à sécuriser le parcours des stagiaires et évité de rajouter une précarité pécuniaire à la précarité pédagogique liée à l’enseignement à distance", se félicite Franck Giuliani.

Car la formation 100% à distance a ici aussi remis au grand jour les vieux démons de la fracture numérique : stagiaires qui n’avaient pas les équipements nécessaires à la mise en œuvre pédagogique ou suivant la formation dans le cadre d’un foyer confiné avec un seul ordinateur pour toute la famille voire problème de zone blanche !

Les universités doivent accompagner le plan de relance que va mettre en place l’Etat en favorisant le retour des adultes dans les dispositifs de formation pour acquérir ces compétences nouvelles qui vont devenir des standards sur le nouveau marché de l’emploi. (F. Giuliani)

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Rentrée 2020–2021 entre inquiétudes et promesses

Beaucoup d'inconnues demeurent pour la rentrée : dans quelle situation financière vont sortir les entreprises qui étaient en chômage partiel ? Quel niveau de priorité accorderont-elles à la formation ?

"Depuis le 11 mai, certaines nous envoient des signaux encourageants mais d’autres clients nous disent qu'au dernier trimestre 2020, la priorité sera donnée au business et au financement des seules formation métiers ou prises de poste quitte à décaler à mars-avril 2021 les formations en management", constate Antoine Decouvelaere responsable du développement de la formation continue à l'Ieseg.

L’inconnue majeure pour cette école de management comme pour beaucoup d’établissements reste la réouverture des frontières : indispensable pour les participants aux programmes diplômants qui sont pour l’essentiel des internationaux. "On ne pourra pas ouvrir en octobre notre nouveau programme Leadership et coding si les frontières ne sont pas toutes rouvertes", se désole Antoine Decuvrelaere.

L'alternance à la rentrée pose aussi question : "L’apprentissage a été très fortement boosté par l’enseignement supérieur ces dix dernières années. Mais son ampleur est devenue un vrai facteur de risques pour nos établissements", confie Franck Giuliani.

Combien les entreprises vont-elles recruter d'apprentis en moins cette année ? Une baisse de la jauge de 20% s'annonce. "Il nous faut envisager une rentrée particulière. Pour les jeunes qui vont entrer en formation, nous les laisserons continuer leur parcours en se disant que la signature des contrats en alternance se fera en différé : fin 2020, au premier semestre 2021 notamment pour les parcours longs sur deux ans", précise le président de la FCU.

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Exploiter le filon de la nouvelle donne sur le marché du travail

Nouvelles opportunités de business, les actions de formation servent à retisser les liens entre salariés. Dans les mois à venir, les entreprises vont devoir ressouder des équipes divisées entre celles épuisées par le télé-travail et celles mises en chômage partiel !

"Les entreprises ont un vrai souhait de recréer le lien entre les équipes" estime Antoine Decouvelaere qui constate une volonté de revenir vite à du présentiel. "Beaucoup d’entreprises nous disent que la formation sera un moyen d’envoyer un signal fort aux employés : leur exprimer que les salariés sont importants pour elles et qu’elles veulent développer leurs compétences et qu’elles n’abandonnent pas les gros projets de formation qu’elles avaient".

La crise économique qui se profile au second semestre peut cependant offrir une vraie opportunité aux services de formation continue : nombre de salariés vont se retrouver dans des plans sociaux et demandeurs d’emplois. "Les demandeurs d'emploi pourraient rebondir très rapidement si nous savons les prendre en charge pour leur donner les compétences attendues d’un marché du travail qui va changer fortement", estime Franck Giuliani.

Transition écologique, transition numérique, essor de la place du télétravail et mise en place de nouvelles formes d'organisation du travail… dans tous ces domaines, le président de la FCU estime que "le besoin de plan d’accompagnement sera assez fort qu'il s'agisse d'une mise à jour ou d'une montée en compétences y compris des techniciens et cadres qui sont le cœur de cible des universités : pour nous l’enjeu est aussi là".

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la Conférence des présidents d'université (CPU) plaide pour que soit inclus dans le plan de relance un crédit d’impôt formation accessible à ce public ! Un abondement exceptionnel du compte personnel de formation (CPF) serait également bienvenu.


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