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Formations en développement durable : effet de mode ou réponse aux besoins du marché ?


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Universités et grandes écoles n’ont pas attendu le Grenelle de l’environnement et sa déclinaison législative pour lancer de nombreux cursus en développement durable. Si les formations estampillées dans ce domaine rencontrent un succès grandissant auprès des étudiants, elles parviennent difficilement à convaincre les employeurs : trop nombreuses par rapport au nombre de postes proposés, elles sont souvent déconnectées des débouchés professionnels. Plus des trois quarts des emplois concernent le traitement de l’eau et des déchets, contre à peine 5 % pour le secteur, très recherché par les étudiants, de la protection de la nature. D’autant que les jeunes diplômés, face à des professionnels qui mettent leurs compétences techniques au service du développement durable, ne sont pas toujours les plus sollicités par les recruteurs.

Formations : un inventaire « à la Prévert ». Le développement durable consiste à développer des activités économiques viables, respectueuses des équilibres écologiques et qui profitent de manière équitable à l’ensemble des populations, y compris aux plus fragiles. Du coup, toutes les formations sont potentiellement « impactées ». Rien d’étonnant, dans ces conditions, si plus de quatre cents cursus – de niveau bac+2 à bac+5 – ont été ouverts dans les écoles et universités depuis une dizaine d’années. Une véritable explosion par rapport à d’autres domaines. Certains comme le BTSA gestion et protection de la nature ou le DUT génie biologique option génie de l’environnement sont anciens. La majorité sont toutefois récents.

De nombreux programmes intéressent des profils techniques et scientifiques. C’est le cas des licences pro et masters en gestion de l’eau et des déchets ou en prévention des risques industriels. Des cursus en écoconception ou centrés sur les énergies renouvelables s’adressent principalement aux ingénieurs. D’autres visent des étudiants venant d’horizons plus variés : l’aménagement du territoire attire géographes, historiens de l’art, économistes et autres paysagistes. Dans cette catégorie, certains établissements ont développé des formations sur des niches comme la licence pro écotourisme de l’université d’Angers. Quelques cursus, notamment des masters et mastères spécialisés, se veulent plus transversaux et déclinent des enseignements touchant à la fois à l’économie, à l’environnement et aux sciences sociales pour former des chargés d’études ou responsables de développement durable dans les entreprises.

Inadéquation entre l’offre et la demande. Cette envolée du nombre de formations a con duit en septembre dernier le Commissariat général au développement durable à tirer la sonnette d’alarme : les diplômés sont plus nombreux que les débouchés. Le nombre d’emplois recensés par l’ANPE a certes triplé entre 1997 et 2005, mais « cela n’a pas suffi pour absorber tous les nouveaux formés ». L’étude met par ailleurs en avant le décalage entre les diplômés et les besoins des entreprises : plus des trois quarts des emplois concernent le traitement de l’eau et des déchets, contre 4 ou 5 % dans le secteur de la protection de la nature. Dans les domaines techniques par ailleurs, les entreprises recherchent certes des spécialistes en développement durable, mais ce ne sont pas les seuls concernés : « Nous sommes également ouverts à de jeunes diplômés qui ont suivi un cursus dans le BTP, la mécanique ou encore l’électronique », souligne François Ludemann, directeur de la gestion des cadres chez Veolia Eau.

Prime à l’expérience. De nombreux postes sont réservés à des candidats ayant plusieurs années d’expérience professionnelle. C’est notamment le cas dans les directions de développement durable ou dans les cabinets de conseil destinés à épauler les entreprises et collectivités locales dans la mise en oeuvre de politiques dédiées. Dans des domaines comme l’écotourisme, la filière bio ou la construction durable, les employeurs préfèrent recruter des candidats connaissant bien le secteur d’activité plutôt que des généralistes ayant suivi des cursus trop théoriques.

Universités-grandes écoles : deux approches du développement durable.
Travailler en réseau plutôt que de chercher, chacun de son côté, à ouvrir de nouveaux programmes. Telles sont les recommandations issues du colloque « Développement durable des territoires », organisé par la CPU et la CDEFI le 23 octobre 2008. Un véritable défi tant l’étude « Formations supérieures et développement durable du territoire », réalisée par le ministère de l’Écologie, de l’Énergie et du Développement durable sur les cursus existants et rendue publique lors de ce colloque, montre la présence de deux approches radicalement opposées : les formations universitaires sont théoriques quand celles créées dans les écoles sont beaucoup plus pragmatiques et davantage en lien avec le monde du travail. Les mastères spécialisés développement durable d’HEC ou énergies renouvelables de l’École des mines de Paris proposent par exemple des stages de quatre à six mois aux étudiants qui répondent à des missions confiées par les entreprises. Si des rapprochements entre écoles et universités sont envisageables – les deux types de formations pouvant se révéler complémentaires –, aucune action concrète n’est aujourd’hui encore à l’oeuvre.


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