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Fundraising : l'enseignement supérieur part en campagne

Martin Rhodes
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Vue aérienne de l'École polytechnique sur le plateau de Saclay
Les trois structures collectrices de Polytechnique ont réuni un peu moins de 4 millions d'euros en 2013. // ©  Polytechnique
Qu'elles engrangent chaque année des millions d'euros ou qu’elles se lancent à peine dans la collecte, les fondations font désormais partie du paysage de l'enseignement supérieur. État des lieux du fundraising à la française, en amont de la conférence EducPros du 20 mai 2016 sur le sujet.

Publiée en 2015 par la Conférence des grandes écoles, "L'émergence du fundraising dans les grandes écoles en France" est, pour le moment, la seule enquête consacrée au sujet. Sur les 202 écoles sollicitées, 54 ont répondu au questionnaire et 36 seulement affirment avoir collecté des fonds en 2013. C'est peu, mais, en réalité, les structures collectrices seraient plus nombreuses.

"Les écoles sont très sollicitées. Certaines n'ont pas pris le temps de répondre, d'autres faisaient du fundraising sans l'identifier comme tel. Sans compter qu'un grand nombre de fondations se sont créées depuis", tient à préciser le coordinateur de l'enquête, Xavier Michel, ancien directeur de Polytechnique et consultant sur l'enseignement supérieur.

Les grandes écoles en mode start-up

"Sur les 54 établissements, seuls six ont commencé leur activité de collecte avant 2000, deux autres avant 2006. Quasiment la moitié des établissements ayant répondu a moins de deux ans de pratique de fundraising en 2013", peut-on lire dans l'enquête. La levée de fonds est une activité récente. Elle compense la baisse des financements publics et permet de lancer des projets de recherche, des programmes de formation, des bourses étudiantes ou encore des travaux de rénovation.

Au total, les 36 écoles actives ont collecté 53,8 millions d'euros en 2013, principalement auprès des entreprises et des alumni. À eux seuls, les 13 établissements les plus actifs (plus de 500.000 euros de don) ont reçu 49 millions d'euros. La Fondation HEC s'est vue verser 15 millions d'euros, celle de Centrale Paris 8 millions d'euros, et les trois structures collectrices de Polytechnique, un peu moins de 4 millions d'euros.

"Les fondations sont en phase d'émergence. Elles tâtonnent, elles expérimentent. On peut les comparer à des start-up", précise Xavier Michel. Beaucoup d'entre elles se relancent après quelques années d'activité ralentie. Elles retentent l'aventure avec plus de moyens financiers et humains, ou alors passent à la vitesse supérieure, après une phase de réflexion et d'expérimentation.

Le Cnam (grand établissement membre de la CGE), par exemple, a ainsi décidé de relancer, en 2015, la fondation qui lui a permis de collecter 1,5 million d'euros en trois ans. "C'est une nouvelle étape, avec une volonté politique plus affirmée et des moyens humains plus importants, puisque nous passons de deux à quatre équivalents temps plein", s'enthousiasme Yassir Hammoud, le nouveau délégué général de la fondation.

Les universités montent en puissance

Du côté des universités, le fundraising, en tant qu'activité organisée – avec stratégie et moyens financiers –, est relativement récent. La loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) permettant de créer une fondation universitaire et partenariale dès 2007, ainsi que le résultat des premières levées de fonds entre 2009 et 2011, ont marqué un tournant.

Quelques années plus tard, on dénombre une cinquantaine de fondations universitaires et partenariales. Mais certains établissements collectent via d'autres types de structures, comme des fondations abritées (par la Fondation de France, par exemple) ou des fonds de dotation. Régulièrement, des fondations se créent (comme à Lille 2, fin 2015) ou fusionnent, à l'occasion d'un regroupement en communauté d'universités et d'établissements (Comue).

Les fondations des universités sont, elles aussi, hétérogènes. C'est le constat que fait Rodolphe Gouin, le directeur général de la Fondation Bordeaux Université. Cette dernière regroupe deux universités et trois écoles. "Sans être inutiles, certaines structures vivotent avec moins de deux salariés à temps plein, peu de moyens financiers et d'implication de la part de la gouvernance", explique-t-il, avant de poursuivre : "Les autres investissent, peuvent compter sur l'engagement du président de l'université, se professionnalisent via un cabinet de conseil et optent pour un président de fondation proche des entreprises."

Parmi les succès, la Fondation UPMC a collecté 15 millions d'euros entre 2010 et 2015. Pour sa première campagne 2010-2014, la fondation Université de Strasbourg a dépassé son objectif de départ et récolté 22,5 millions d'euros.

Pour Yaële Aferiat, directrice de l'AFF (Association française des fundraisers), c'est une certitude : "On n'aurait pas imaginé de telles campagnes il y a dix ans. L'enseignement supérieur se professionnalise plus tard que dans les autres secteurs, mais il le fait à pas de géant."

Conférence EducPros le 20 mai 2016
La Conférence EducPros du 20 mai 2016 aura pour thème le fundraising. Avec une question centrale : "comment mobiliser autour de vos projets ?".

Martin Rhodes | Publié le

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