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Donner des repères pour mieux se connaître et s’évaluer


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Enfin, éduquer renvoie forcément vers un horizon plus ou moins lointain, mais toujours certain, après l’école, le collège ou le lycée… C’est donner assez de repères pour permettre aux élèves de se retrouver dans le paysage toujours complexe de l’orientation scolaire. Sans trop forcer le trait, on pourrait affirmer qu’avant d’être professeur de discipline, on est d’abord professeur d’orientation. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que cette compétence professionnelle ne soit pas très explicitement travaillée en formation initiale, et qu’une fois versé dans le métier, on apprenne tout sur le tas dans ce domaine. D’où les traitements extrêmement divers, voire problématiques selon les établissements. Il est encore trop fréquent de voir reporter cette tâche proprement pédagogique au seul conseiller d’orientation ou de laisser la logique scolaire faire le tri, la « chose » n’étant abordée que tardivement, toujours trop tard et quand il s’agit d’échec. L’orientation ne semble pas concerner les bons élèves, ni les bons profs !

Pourtant, on peut distinguer deux domaines dans lesquels tout enseignant peut avec profit appuyer ses interventions : la découverte des formations et des métiers et la réflexion sur soi et sur ses propres compétences.

Faire découvrir les formations et les métiers

Au détour de chaque séquence ou thème proposés, nous sommes amenés à rencontrer des traces de l’activité professionnelle : source documentaire, objet produit, démarche employée, compétence valorisée ; les savoirs, les savoir-faire peuvent être utilement mis en perspectives, afin de passer d’une vague représentation à des actes concrets qui caractérisent tel ou tel champ professionnel. Saisir toutes les occasions d’ancrer tout savoir dans la vie réelle, avec ce qu’elle comporte d’incertitudes et d’évolutions possibles, permet à l’École d’apprendre à décoder les activités socio-économiques, très largement méconnues, même chez les lycéens. Cet aspect peut être toujours présent à l’esprit du professeur.

Engager avec l’élève une réflexion sur soi et sur ses propres compétences

Outre les temps proprement réservés à l’éducation à l’orientation, les éventuels entretiens individuels, il faudrait inciter les élèves à mener une réflexion sur eux-mêmes et leurs compétences dans la plupart des cours : faire apparaître leurs atouts, leurs petites réussites, connaître leurs besoins. Tout cela, les procédures d’autoévaluation peuvent le prendre en charge, que ce soit en phase individuelle ou collective. C’est la solution la plus sûre pour préparer à moyen ou long terme une orientation réaliste, pragmatique et réussie. C’est pourquoi le « portfolio » est introduit dans la nouvelle troisième à découverte professionnelle.

La démarche d’autoévaluation fonctionne, même en primaire

Le guidage d’un groupe repose donc sur un travail d’entraînement régulier, plus ou moins directif, à l’analyse du travail collectif et contribue à l’élaboration de compétences individuelles. C’est précisément ce que nous propose une enseignante québécoise en primaire grâce à ses « portraits de compétences ». www.csdeschenes.qc.ca/snaps/portfolio/portrait/portraitcompetence.htm

( Par exemple, on peut choisir dans la liste des compétences requises, présentées sur le carnet scolaire, la compétence à « lire des textes variés », puis questionner ainsi les élèves : comment peut-on voir que quelqu’un a atteint la compétence à lire toutes sortes de textes ? Comment détermine-t-on que quelqu’un est bon en lecture ? Qu’est-ce qu’un bon lecteur doit être capable de faire ?

À la lecture de cet exemple, vous verrez que l’on trouve tous les ingrédients d’un bon guidage : questionnements collectifs, élaboration progressive, autoévaluation et retour réflexif de l’élève, continuité de l’apprentissage sur l’année.

Pour aider les élèves à s’évaluer plus facilement, l’enseignant peut s’appuyer sur les composantes de la compétence en commençant chaque énoncé par « Je suis capable de… ». Ensuite, ces énoncés sont classés, avec les élèves, en trois catégories (ou plus) afin de constituer une échelle de niveau de compétence. Voici un exemple, issu d’une classe d’un deuxième cycle de primaire, fin septembre :

1 Petit lecteur

• Je suis capable de lire tous les mots.

• Je fais des pauses au point.

• Il m’arrive de buter sur certains mots.

• Je suis capable de bien répondre à certaines questions en lien avec un livre ou un texte.

2 Grand lecteur

• Je lis un peu plus vite.

• Je lève ma voix au point d’interrogation.

• Je mets de l’intonation parfois.

• Je commence à faire des liaisons entre mes mots.

• Je suis capable de répondre à toutes les questions.

3 Géant lecteur

• Ma lecture est fluide.

• Je mets de l’intonation tout le temps.

• Je fais mes liaisons lors de ma lecture.

• Je suis capable de répondre à toutes les questions.

L’élève peut, comme nous vous le suggérons ici, dessiner un livre (petit lecteur), deux (grand lecteur) ou trois (géant lecteur) selon le profil auquel il correspond. Les appellations de chaque niveau de l’échelle ont été décidées par le groupe-classe. Et il ajoute sur son travail : « J’ai choisi ce travail parce qu’il montre que je suis capable de résumer dans mes mots un texte que j’ai lu. » Ainsi, l’élève peut dépasser le critère simpliste affectif ou impressionniste (j’aime, j’aime pas, c’est difficile…) pour s’approprier le concept de compétence plus opératoire dans le monde de l’école, et pour plus tard.

Ce portrait de compétence et son échelle de niveau évoluera au fil de l’année. On peut y ajouter des éléments, en enlever quand on sait que tout le monde est capable de réussir un élément, etc. C’est évolutif et vivant ! L’échelle est affichée dans la classe à chaque fois que les élèves ont à justifier le choix d’un travail. Ils ont aussi la même échelle sur une feuille dans leur portfolio afin de pouvoir s’y référer à leur gré.


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