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L’incubateur, un service sélectif qui se paie

Céline Authemayou
Publié le
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L’incubateur, un service sélectif qui se paie

Certains sont réservés aux diplômés de l’école. D’autres sont ouverts à tous. À chaque incubateur son mode de fonctionnement. Mais au-delà des différences d’organisation, les structures partagent les mêmes aspirations : mener une mission "citoyenne" en favorisant l’émergence d’esprits entrepreneurs.

Vous avez un projet innovant ? Vous souhaitez le développer en créant votre propre entreprise ? Les incubateurs sont faits pour vous ! C'est le message qu'entendent aujourd'hui faire passer les écoles d’ingénieurs. Dans un contexte politique où la création d’entreprise est devenue un enjeu national, elles sont de plus en plus nombreuses à accueillir une "couveuse" au cœur de leurs locaux.

Prêt ou location de bureaux, mise à disposition des laboratoires de recherche, aide au montage de dossiers pour décrocher des subventions, coaching personnalisé, accompagnement administratif… Durant plusieurs mois, les "incubés" sont suivis personnellement par des équipes d’experts, pour leur permettre d’atteindre leur objectif : transformer une idée innovante en entreprise au modèle économique viable.

Une mission "publique"

Créés à l’origine aux États-Unis, les incubateurs permettent aux écoles d’offrir à leurs élèves des alternatives à la sacro-sainte carrière dans une grande entreprise. "En 1999, Télécom ParisTech s’est posé une question simple : quelles alternatives aux emplois dans les grands groupes pouvions-nous offrir à nos élèves ?", raconte Pascale Massot, responsable de l’incubateur ParisTech Entrepreneurs, réservé à l’origine aux étudiants de l’école et ouvert aujourd’hui à tous les partenaires de ParisTech. C’est ainsi qu’est né l’incubateur, "de taille modeste" et hébergé à l’époque par la Maison des élèves.

À Arts et Métiers ParisTech, l’incubateur maison est plus récent : il a été lancé en 2011. Mais les motivations n’en sont pas moins identiques. "La création d’entreprise fait partie de l’ADN même des écoles d’ingénieurs, argumente Henry Pironin, à la tête de la structure après avoir dirigé pendant plusieurs années… l’incubateur de Télécom ParisTech. C’est une mission publique qui nous incombe clairement, car notre rôle, outre la formation de jeunes pouvant rejoindre le monde du salariat, est de mettre sur le marché de nouvelles entreprises. Il faut redonner au pays des créateurs."

Détecter les esprits entrepreneurs

Pour recruter leurs incubés, les écoles disposent toutes de comités de sélection, au sein desquels siègent des chefs d’entreprise ou des anciens porteurs de projet. Ce qu’ils cherchent avant tout ? Des esprits entrepreneurs et entreprenants. Si la teneur du projet compte, tout comme sa solidité technique, l’état d’esprit des candidats reste le critère de sélection le plus observé Et le plus complexe à évaluer du fait de sa subjectivité.

"En matière de création d’entreprise, la personne est au centre de la démarche", rappelle Charlotte Engrand, responsable de l’incubateur de l’École centrale Paris. Chaque année, la structure accueille dix projets, pour une durée d’accompagnement d’un an renouvelable une fois.
"Nous observons les capacités d’écoute et de réaction des candidats, poursuit la responsable. Souvent, les ingénieurs pensent qu’il faut avoir un projet bien finalisé pour le confronter au marché. Mais au contraire, ils devront aller très vite et adapter leur stratégie et leur produit au fil de l’eau." À Télécom ParisTech, un comité de 15 personnes étudie les dossiers et reçoit les candidats. "Une création d’entreprise n’est pas un parcours linéaire, argumente Pascale Massot. Il faut savoir accepter de prendre ces virages..."

Notre rôle, outre la formation de jeunes pouvant rejoindre le monde du salariat, est de mettre sur le marché de nouvelles entreprises (H. Pironin)

Un effort financier demandé aux incubés

Lorsque le projet est sélectionné, il rejoint l’incubateur, véritable "ruche" au sein de laquelle se côtoient les entrepreneurs en herbe. Dans les locaux d’Arts et Métiers s’entremêlent projets de nouvelle cigarette électronique et création de  paires de chaussures aux talons amovibles. Cette émulation collective fait la force de l’incubation. Mais pour bénéficier de cet accompagnement personnalisé, les porteurs de projet doivent mettre la main au portefeuille. Si l’ECE a fait le choix de la gratuité de ses services – mais exige en contrepartie que les incubés mentorent un projet étudiant –, la plupart des établissements facturent leurs services.

"Notre école privée est associative, constate Pascal Boulon, professeur d’entrepreneuriat et à la tête de l’incubateur de l’Isara, école lyonnaise spécialisée dans l’agroalimentaire. Nous recevons pour notre mission d’éducation des subventions de la part du ministère de l’Agriculture, et les élèves paient leur scolarité. Mais pour l’aide à la création d’entreprise, nous devons nous débrouiller seuls."

Depuis deux ans, la Région Rhône-Alpes participe au financement de l’incubateur, mais pour pouvoir rendre le service viable, l’école demande aux incubés une somme de 10.000 €, remboursable trois ans après l’entrée en incubation. Soit environ la moitié du coût réel d’accompagnement.
À ParisTech Entrepreneurs, où l’incubation est de 18 mois, ce sont 10.500 € hors taxe qui sont demandés ainsi que 2% du chiffre d’affaires de l’entreprise pendant trois ans. "Il faut bien reconnaître que créer un incubateur coûte de l’argent", souligne Dieudonné Abboud, directeur de l’enseignement à l’ISEP, école d’ingénieurs privée parisienne. L’établissement s’est adossé à l’incubateur d’Arts et Métiers : en tant que partenaire, il peut ainsi proposer une solution à ses étudiants et diplômés sans se lancer dans la création, coûteuse, d’une structure. "Dans le cadre de notre plan stratégique, nous investissons beaucoup pour développer l’international et la recherche, poursuit Dieudonné Abboud. Ce partenariat nous convient donc parfaitement." Chaque année, les partenaires de l’incubateur d’Arts et Métiers reversent à ce dernier entre 5.000 et 10.000 €. Une somme qui vient nourrir le budget de fonctionnement de la structure, de 180.000 €.

À l'image des entreprises qu'ils contribuent à créer, les incubateurs doivent eux aussi trouver leur modèle économique.


Céline Authemayou | Publié le

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