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Des universités en concurrence conseillées par les mêmes consultants

Sophie Blitman
Publié le
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Un marché spécifique et encore émergent, des délais très courts mais des dossiers d’envergure avec des millions d’euros en jeu qui nécessitaient de mobiliser rapidement et simultanément plusieurs consultants : c’est ainsi que, souvent, les mêmes cabinets ont répondu aux appels d’offres et ont été retenus par des établissements en concurrence.

Si travailler pour des concurrents est une pratique courante dans le conseil, elle n’en pose pas moins parfois des questions de déontologie. D’autant que les cabinets n’avancent pas tous les mêmes arguments. Ainsi, Ernest & Young met en avant le fait que les établissements accompagnés étaient éloignés géographiquement et préparaient des projets différents. Mais de toute façon, souligne Patrice Lefeu, leurs « équipes ont l’habitude de ces situations de concurrence et travaillent de façon absolument confidentielle ». Deloitte assure pour sa part avoir clairement séparé les équipes en charge des différents dossiers : « Elles ne communiquaient pas entre elles sur les choix stratégiques », indique Loïc Jouenne, associé responsable du secteur éducation.

« C'est une question d'éthique professionnelle, affirme aussi Olivier Fallou, associé chez Erdyn. Cependant, glisse ce docteur en physique, sans rien divulguer de confidentiel, il est entendu que l’on peut mutualiser notre travail et partager les retours d’expérience. Si ce n’est pas exprimé de manière explicite, cet apport reste important pour les établissements. »

Une frontière ténue

La situation devient plus délicate quand émerge un sentiment de méfiance, comme ce fut le cas à Bordeaux. « Ce n’était pas dans notre esprit de négocier l’exclusivité avec le cabinet Ineum, mais nous leur avions demandé de nous tenir au courant, ce qu’ils n’ont pas fait au moment où ils ont choisi de travailler avec d’autres PRES, raconte Hélène Jacquet, chargée de la stratégie et des grands projets de l’université de Bordeaux. Nous ne sommes pas dans le cadre du secret industriel, convient-elle, mais cela a témoigné d’une mauvaise compréhension du contexte dans lequel se trouvaient les établissements. »

Résultat : elle a compartimenté les missions du cabinet. « Parce que je ne leur faisais pas confiance et que je ne voulais pas prendre de risques », explique-t-elle, dressant un bilan finalement « mitigé » de cette collaboration. Car si elle se dit évidemment contente des premiers résultats, le PRES étant partie prenante de cinq projets lauréats Equipex et d’une Cohorte , « il faut un temps d’adaptation pour travailler ensemble et, parce que c’est un marché nouveau pour eux, certains cabinets ne connaissent pas l’université ».

La déconvenue bordelaise semble toutefois minoritaire : dans l’ensemble, les équipes en charge des Investissements d’avenir estiment que les clauses de confidentialité ont été respectées. Il faut dire aussi que les cabinets n’ont pas intérêt à ternir leur image sur ce marché en devenir. D’autant que, en dehors des équipes dirigeantes, la communauté universitaire n’a pas abandonné ses nombreuses réticences à leur égard.

Sophie Blitman
Février 2011


Sophie Blitman | Publié le

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