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Investissements d’avenir : quelles missions confiées aux consultants ?

Sophie Blitman
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Deloitte, Ernst & Young, Capgemini… Tous les grands noms du consulting, mais aussi des cabinets plus spécialisés comme Erdyn ou Ineum, ont répondu aux appels à projets lancés par les établissements, PRES et universités, ayant besoin d’aide pour monter leurs dossiers de candidature aux Investissements d’avenir . Avec une implication de la part des consultants plus ou moins forte.

D’une manière générale, les établissements mettent en avant la nécessité d’avoir un regard extérieur et neutre sur leurs dossiers, ainsi qu’un soutien méthodologique : « Le rôle des cabinets a notamment été de nous rappeler en permanence le cahier des charges et l’agenda », témoigne Bernard Saint-Girons , président du PRES université Paris-Est. Les cabinets sont également considérés comme utiles pour faire le benchmark d’un marché pas toujours bien connu des universitaires, alors que le ministère avait insisté sur l’importance de la valorisation économique des projets et des liens avec des acteurs extérieurs à l’université.

« Nous ne nous mettons pas à la place des scientifiques, insiste Patrice Lefeu, directeur associé chez Ernst & Young, chef de projet sur les Investissements d’avenir : nous aidons les établissements à dépasser le projet scientifique pour l’inscrire dans la logique du commissariat général à l’investissement , à savoir créer de la valeur durable. Pour cela, nous travaillons sur le positionnement marketing, les applications industrielles, le business model, l’ingénierie financière, les indicateurs de performance et notamment leur impact sur l’emploi, la croissance, le développement territorial, l’innovation et la création d’entreprises… Autant de domaines pour lesquels notre action est complémentaire de celles des enseignants-chercheurs. »

Des périmètres à géométrie variable

Cependant, les champs d’action des cabinets de conseil varient beaucoup. « Nous sommes présents sur huit sites, notre intervention est allée de la simple relecture de quelques documents à la réflexion sur la gouvernance, en passant par le management de projet ou l’aide à la formulation d’une ambition en matière académique, scientifique et stratégique, relate Loïc Jouenne, associé chez Deloitte, en charge du secteur éducation. Nous avons même parfois travaillé sur le volet purement scientifique, souligne-t-il. Dans ce cas, nous avons noué un partenariat avec Mapping Consulting Toulouse, un cabinet spécialisé, doté d’une forte coloration scientifique. »

Il faut dire que les établissements ont des compétences internes variables en matière de gestion de projet, mais aussi des visions très différentes de ce qu’il est possible, et acceptable politiquement et stratégiquement, de confier à un cabinet extérieur. Ainsi, pas question pour l’université de Lorraine de sous-traiter l’écriture du dossier : « Une relecture critique, oui, mais pas la rédaction », insiste Hervé Coilland, délégué général du PRES, qui a par ailleurs fait le choix de recourir à un seul cabinet, en l’occurrence Deloitte. « Avoir le même prestataire pour suivre l’ensemble des dossiers nous a semblé plus cohérent pour définir nos projets d’excellence. »

À l'inverse, l'université de Strasbourg s'est surtout fait aider pour la rédaction des dossier, notamment par les cabinets, Ineum et Dual,  : « Les consultants ont travaillé en appui de notre projet, pas en amont, explique Guy-René Perrin, délégué général de l’UdS pour les Investissements d’avenir. On considérait que les idées devaient venir de l’université, et nous avons beaucoup hésité à faire appel à un cabinet. En définitive, nous avons lancé un appel en interne dès la fin 2009, et les consultants ne sont intervenus qu’à l’automne 2010, pour nous aider à mettre en ordre nos idées, et aussi à les tester, en jouant le rôle de contradicteurs. »

La confrontation de deux mondes

À mi-chemin entre ces deux stratégies, l’université Paris-Est a confié le premier jet de la rédaction aux deux cabinets mandatés pour l’IEED (institut d’excellence pour des énergies décarbonées , et l’Idex (Initiative d’excellence) . La démarche du PRES, précise son président Bernard Saint-Girons, « a été d’inscrire dans une perspective stratégique le projet scientifique travaillé en interne ». À ses yeux, cette collaboration correspond au « croisement de ces deux expertises : le projet universitaire scientifique et la maîtrise technique des appels d’offres. Cette confrontation a été constructive. » Bernard Saint-Girons met par ailleurs en avant « l’habitude des établissements membres, fondateurs et associés, de travailler ensemble depuis la création du PRES en 2007 ». « C’est pourquoi il ne nous est en revanche pas apparu indispensable de faire appel à un cabinet pour les Equipex, Labex et Cohortes : dans ces cas-là, il s’agit plus d’un changement d’échelle que de nature, alors qu’avec l’IEED et l’Idex, on change vraiment d’exercice. »

De son côté, l'université de Lyon a elle aussi estimé avoir les compétences nécessaires en interne pour les Equipex et Labex, d’autant qu’elle a pu bénéficier du soutien de sa filiale Lyon Ingénierie Projets , experte en gestion de projet. Le PRES est même allé plus loin dans cette démarche, dans la mesure où son délégué général, Jean-Michel Jolion , considère que « ces Investissements d’avenir sont un projet trop sensible pour être laissé aux mains de cabinets extérieurs ». Et d’ajouter : « À l’origine, il était prévu qu’ils aillent plus loin, jusqu’à la phase de rédaction. Mais on s’est heurtés à un problème de culture : il n’est pas possible de laisser à des consultants le soin de dire à des universitaires ce qu’ils doivent faire… »

Sophie Blitman
Février 2011


Sophie Blitman | Publié le

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