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L’université, un marché florissant pour les cabinets de conseil

Sophie Blitman
Publié le
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Le coût des missions de conseil est variable selon le périmètre d’intervention défini par les établissements. Mais une chose est sûre : le recours aux consultants est désormais devenu monnaie courante dans le monde universitaire, et devrait être amené à se développer.

Si le sujet reste tabou chez certains, d’autres en parlent plus ouvertement. Ainsi, l’université de Bordeaux assume avoir versé un total de 250.000 € aux cabinets Ineum, Erdyn et Alcimed, qui ont cumulé 244 jours de travail, pour un accompagnement global de la candidature du PRES, à la fois stratégique et technique. Une charge de travail qui n’est d’ailleurs pas toujours bien évaluée par les cabinets : l’université de Bordeaux a reçu des réponses propositions allant de 90.000 à 347.000 €. « Si certaines nous ont paru trop spécifiques, d’autres étaient vraiment sous-dimensionnées », raconte Hélène Jacquet, chargée de la stratégie et des grands projets du PRES.

En outre, ce budget alloué aux cabinets de conseil ne représente ici « qu'un quart de l'investissement total : si l’on prend en compte le temps d’ingénierie interne avec une équipe renforcée, le temps de montage des dossiers par les enseignants-chercheurs et le travail de l’équipe présidentielle, on n’est pas très loin du million d’euros sur l’année », estime-t-elle.

L'université de Lorraine, pour sa part, se contente de mentionner « 100 jours de travail ». Ce qui permet néanmoins d’estimer le montant à environ 100 000 €, la journée d’un consultant étant généralement facturée autour de 1 000 €. De son côté, le PRES lyonnais déclare, malgré l’important investissement en interne, « 350 000 € jusqu’à présent », les missions des cabinets étant susceptibles de se prolonger. Cependant, souligne Jean-Michel Jolion , délégué général du PRES de Lyon, « avec les appels d’offres que nous avons remportés pour Equipex et Cohortes , nous avons d’ores et déjà largement rentabilisé notre investissement, puisque nous avons dépassé les 50 millions d’euros, dont 10 millions de consommables ».

Un marché en plein développement

Certains contrats prévoient déjà les missions complémentaires qui pourront être confiées aux cabinets pour la mise en œuvre concrète des projets si ceux-ci sont retenus. Le signe, pour Loïc Jouenne, associé chez Deloitte et responsable du secteur éducation, d’« une maturation grandissante du marché ». « Les besoins sont de mieux en mieux exprimés, et on constate une évolution dans la nature du besoin, dans la mesure où nous sommes de moins en moins attendus sur le diagnostic et le plan d’action, mais davantage sur l’accompagnement à la mise en œuvre très opérationnelle des projets », observe-t-il. Et de se réjouir de cette tendance : « Il s’agit là d’une responsabilisation du consultant par rapport à ce qu’il prépare en amont. Ce qui est également positif pour les établissements, puisque l’engagement va jusqu’au déploiement des solutions préconisées. »

Parallèlement aux Investissements d'avenir, les réflexions autour d’éventuelles fusions et de la gouvernance des établissements, mais aussi la prise en main de l’autonomie, avec les nouvelles responsabilités que celle-ci implique, ou encore la mise en place des fondations constituent d’autres champs d’intervention pour les consultants. Les cabinets de conseil misent sur ce nouveau créneau. Deloitte confie l’avoir intégré dans son plan stratégique à cinq ans, tandis que Patrice Lefeu, directeur associé chez Ernst & Young et chef de projet sur les Investissements d’avenir, prévoit que « la structuration de l’innovation dans les territoires à l’échelle nationale et internationale, l’internationalisation des économies sont des sujets majeurs qui conduiront les établissements d’enseignement supérieur à se doter des conseils de cabinets tels que le [leur] pour contribuer à adapter leur modèle d’organisation interne et le développement de leur attractivité et de leur rayonnement international ».

Le mouvement semble donc enclenché. Mais, pour que ces nouvelles façons de travailler soient efficaces, encore faut-il que les personnels y adhèrent. Or, les méthodes sont radicalement différentes de celles qu’ils connaissaient et vont parfois à l’encontre de la vision qu’ils ont de l’université.

Sophie Blitman
Février 2011


Sophie Blitman | Publié le

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