Reconnaissance de l'engagement étudiant : les universités posent leurs conditions

Delphine Dauvergne
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Université de Poitiers - Journée de l'engagement organisée pendant la semaine d'accueil des Etudiants en septembre 2013 ©Safire - Université Poitiers
Université de Poitiers - Journée de l'engagement organisée pendant la semaine d'accueil des Etudiants en septembre 2013 ©Safire - Université Poitiers
Valoriser l'engagement étudiant oui, mais pas n'importe lequel. Chaque université limite à sa manière les associations dans lesquelles les étudiants peuvent s’investir pour valider une UE (Unité d'enseignement) ou un DU (Diplôme universitaire) spécifique.

Les étudiants qui choisissent de s'investir dans des associations ont des hobbies très divers. "Ils peuvent s'engager à accompagner des personnes âgées, organiser un festival culturel, ou même brosser des chevaux dans un haras, on a de tout !", confie Maud Perez-Simon, responsable de la vie étudiante à Paris 3. Néanmoins, elle constate que "70% des engagements étudiants relèvent de l'accompagnement scolaire".

Associations apolitiques et laïques appréciées

Les universités posent souvent des limites sur les associations qui peuvent entrer dans le cadre d'une validation d'un engagement. "À Paris Descartes, on refuse les propositions dans des associations à l'idéologie trop marquée, comme les syndicats étudiants, même si on reconnaît l'engagement des élus étudiants, qui participent à la vie de l'université", explique Isabelle Jambaqué-Aubourg, vice-présidente du CEVU (Conseil des études et de la vie universitaire) de Paris Descartes.

La plupart des universités ne valident pas les expériences dans des associations politiques ou religieuses. Mais il existe quelques exceptions. À l'université François-Rabelais de Tours, "on n'exclut pas l'engagement dans une association à caractère religieux, du moment que le projet dans lequel s'investit l'étudiant n'est pas confessionnel", précise Bénédicte Delaunay, la vice-présidente chargée de la vie étudiante. À l'université de Franche-Comté, une UE engagement étudiant sera mise en place à la rentrée universitaire 2014, "sans limites fixées pour les associations, du moment que le public étudiant est visé, cela peut même être un syndicat", admet Clémentine Lab, la vice-présidente étudiante.

Autre stratégie mise en place à Paris 1 : la restriction aux associations internes à l'université. "L'objectif est de dynamiser la vie universitaire sur le campus avec des projets sportifs, culturels, à vocation éducative...", justifie un responsable de la vie étudiante à Paris 1.

La plupart des universités ne valident pas les expériences dans des associations politiques ou religieuses

Quant à l'université de Poitiers, elle a la particularité de dédier des UE libres à des associations spécifiques avec lesquelles elle a noué un partenariat. Les étudiants peuvent donc choisir, par exemple, "l'UE Afev" (Association de la fondation étudiante pour la ville) ou encore "l'UE Les petits débrouillards". "Le nombre d'accords augmente chaque année et le but est de les multiplier, même si nous gardons une UE ouverte à tout autre engagement associatif", souligne Sandra Choisy, la responsable de l'entrepreneuriat.

À Nantes, la démarche vis-à-vis des associations est différente. "Notre UE engagement associatif a un nom trompeur : les étudiants font un stage dans une association, non pas en tant que bénévoles mais avec une posture scientifique d'analyse, d'observation et d'entretiens", décrit Julie Bellei, la directrice de la vie étudiante. Mais elle constate que "la moitié des étudiants restent ensuite dans leur association où ils ont été en stage, car cela leur a plu".

European Move Week © M.LECOMPTU - ParisSudEuropean Move Week © M.LECOMPTU - ParisSud

Une reconnaissance croissante de l'engagement étudiant

En l'absence, pour l'instant, de directive nationale, chaque université reste ainsi libre de décider de quelle manière elle valorise ou non l'engagement étudiant. En 2011-2012, 43 universités s'inscrivaient dans cette démarche, 29 envisageaient cette possibilité, et seules 7 l'excluaient, d'après le bilan de l'utilisation du FSDIE (Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes). Si aujourd'hui certaines, comme Bordeaux, sont en train de réfléchir à la mise en place d'un dispositif, d'autres n'ont pas prévu de le faire. C'est le cas notamment de Paris 2 Panthéon-Assas, selon laquelle ces activités associatives "n'ont pas de caractère pédagogique".

La frilosité des universités peut parfois venir de "réticences des équipes pédagogiques", mais aussi de "réticences des responsables associatifs eux-mêmes qui craignent une vision utilitariste du bénévolat", constate le bilan de l'utilisation du FSDIE établi par le ministère pour l'année 2011-2012. Pour certains, en effet, l'engagement associatif doit rester du bénévolat désintéressé.


Delphine Dauvergne | Publié le