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La "chimie verte" : une filière, de nouvelles compétences

Frédéric Dessort
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Laboratoire de chimie à l'INP Toulouse. Avec INP Innov', l'Institut veut rapprocher entreprises et laboratoires autour de l'innovation © JPGphotographies
Laboratoire de chimie à l'INP Toulouse. Avec INP Innov', l'Institut veut rapprocher entreprises et laboratoires autour de l'innovation © JPGphotographies // ©  JPGphotographies

Les biotechnologies promettent de remplacer progressivement les matières fossiles dans l'industrie. Ce qui suppose de nouvelles compétences. L'enseignement supérieur répond-il à cet enjeu ? Éléments de réponse.

Depuis plus de trente ans, les biotechnologies se sont développées dans le monde, avec des applications variées : dans l'agriculture bien sûr, mais aussi la cosmétique, la santé (médicaments)... Depuis quelques années, c'est une nouvelle voie qui fait l'objet d'intenses recherches et de premiers développements économiques.

Il s'agit en l'occurrence de combiner la chimie et la biologie pour valoriser la biomasse, avec un objectif : remplacer progressivement les matières fossiles dans l'industrie – notamment le pétrole. Une nouvelle approche vertueuse qui vise en outre à exploiter certains déchets agricoles.

"Les tiges, les tourteaux de tournesol, les rafles de maïs, la paille... contiennent de la cellulose qui peut être transformée via de nouveaux procédés chimiques. L'enjeu est de produire des biokérosènes, des plastiques biosourcés, des agromatériaux, ou encore, des molécules 'vertes' qui seront utilisées par l'industrie de la chimie", détaille Philippe Evon, ingénieur de recherche au laboratoire de chimie agro-industrielle de l'INP de Toulouse.

Cinq tout nouveaux métiers

Une révolution ? "La difficulté est de trouver des débouchés économiques viables", prévient Guillaume Jolly, responsable animation territoriale et formation du pôle de compétitivité Industrie & Agro-Ressources (IAR), qui couvre la Picardie et la Champagne-Ardenne.

Mais, d'ores et déjà, de nouvelles filières se développent, générant un besoin de compétences. Selon une étude de l'Ademe, menée en 2012, la chimie du végétal, dont l'effectif atteint environ 23.000 personnes en France, pourrait compter 36.000 emplois en 2020.

Pour avoir une vision plus précise des enjeux en termes de compétences, le pôle IAR a commandé une étude à l'Apec. Résultat : "32 métiers stratégiques ont été identifiés, dont cinq véritablement nouveaux : responsable d'achat et responsable de logistique de matières végétales ; ingénieur en matériaux biosourcés ; ingénieur de méthanisation (transformation de matières végétales en biogaz) et, enfin, ingénieur analyste de cycle de vie. Ce dernier est essentiel : dans les entreprises, il étudiera la pertinence à la fois économique et ­environnementale du lancement d'un produit biosourcé à la place d'un autre, basé sur des matières fossiles", explique Guillaume Jolly.

Au plan national, les maquettes de certaines formations ont été adaptées aux besoins réels des entreprises.

38 formations labellisées par le pôle de compétitivité IAR

L'offre universitaire s'est-elle mise au diapason de ces nouveaux enjeux ? Rien que pour son territoire, le pôle IAR a labellisé pas moins de 38 formations, avec ce critère : exiger que les nouveaux enseignements correspondent à un réel besoin de ses entreprises adhérentes. Au plan national, certaines maquettes ont été adaptées : c'est le cas du DUT de génie civil, qui a pris en 2012 la dénomi­nation de "Génie civil construction durable".

"Cette évolution permet d'introduire les agromatériaux. Bien plus qu'une sensibilisation, il s'agit d'apprendre aux étudiants à déterminer les impacts économiques et écologiques de ces nouveaux matériaux et des écoconstructions", précise Camille Magniont, enseignante-chercheure à l'IUT de Tarbes.

Du côté de la biochimie, le socle de compétences "n'est pas fondamentalement remis en cause, explique Pierre Monsan, directeur de la Toulouse White Biotechnology. Les nouveaux bioprocédés – notamment la fermentation des matières cellulosiques – mis au point dans les laboratoires sont transposés dans bon nombre de cursus d'ingénieurs et universitaires."

Un constat qui n'est pas partagé chez Oléon. Cette filiale du groupe Sofiprotéol élabore par exemple des émulsifiants "verts" pour la chimie. "Pour cela, nous avons besoin de techniciens et d'ingénieurs ayant une connaissance pratique du pilotage de la fermentation industrielle, ce qui manque dans les formations universitaires, trop théoriques", regrette Manuel Allain, responsable de la R&D. La prise de conscience est claire, jusque sur les bancs de l'université.

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