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La dévolution, un levier de développement pour l’université de Bordeaux

Guillaume Mollaret
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En devenant pleinement propriétaire de son patrimoine immobilier, l'université de Bordeaux compte générer de nouvelles ressources et se garantir une capacité de réinvestissement autonome.
En devenant pleinement propriétaire de son patrimoine immobilier, l'université de Bordeaux compte générer de nouvelles ressources et se garantir une capacité de réinvestissement autonome. // ©  A_Pequin
C’est par une procédure de dévolution que l’université de Bordeaux va prendre en main son patrimoine immobilier. Ce transfert de propriété effectué par l’État devrait lui permettre d’engager les chantiers qu’elle estime nécessaires. Les universités de Clermont 1, Toulouse 1 et Poitiers s’étaient montrées pionnières en ce domaine dès 2011.

L’université de Bordeaux sera bientôt pleinement propriétaire de ses murs. D’ici 2020, l’établissement présidé par Manuel Tunon de Lara, aura pris possession de quelque 572.000 m2 de 293 bâtiments répartis sur 187 hectares. L’université reprend en fait un peu plus de 86 % de son patrimoine appartenant jusqu’ici à l’État. Certains bâtiments historiques demeurent propriété du Département et de la Ville. "Nous souhaitons contribuer à la transformation actuelle de Bordeaux. Notre métropole est en train de passer d’une attractivité résidentielle à une attractivité économique. L’université doit y prendre sa part", explique le président girondin.

Faire de l'immobilier un levier de développement

L’ambition de l’université est de valoriser son patrimoine de sorte que celui-ci ne soit plus un secteur de coût mais qu’il serve de "levier de développement". À quelles fins spécifiques ? "D’une part, financer les missions régaliennes de formation, de recherche et de vie universitaire et, d’autre part, répondre aux besoins de l’environnement économique tant en matière de logement, étudiant ou non, que d’accueil d’entreprises en devenant par ailleurs valorisable et privatisable", précise Manuel Tunon de Lara.

Nous ne voulons pas être un simple promoteur immobilier. L'université a un rôle social à jouer en tant qu'acteur économique à part entière.

Disposer de la propriété pleine et entière de son patrimoine permettra à l’université de le valoriser, c’est-à-dire de louer des bâtiments ou de construire sur les terrains actuellement vides. 29 hectares correspondant à un potentiel de 450.000 m2 constructibles ont ainsi été identifiés. L’accès à la pleine propriété permettra en parallèle de générer de nouvelles ressources pour contribuer à l’entretien et au renouvellement du parc immobilier existant et de garantir une capacité de réinvestissement sur les campus.

Ne plus attendre l'État pour initier les chantiers

D’un point de vue environnemental, l’université affiche un vœu d’exemplarité : "Dans la rénovation comme la construction, nous devrons nous montrer innovants. En créant, par exemple, des logements mixtes pour étudiants et seniors ou bien encore en intégrant des réflexions numériques et domotiques avec nos laboratoires de recherche et en collaboration avec des entreprises privées, plaide son président. Nous ne voulons pas être un simple promoteur immobilier. L’université a un rôle social à jouer dans la métropole en tant qu’acteur économique à part entière".

Grâce à cette opération, qui s’inscrit dans la logique de la loi LRU, l’université n’aura plus besoin d’attendre un grand plan d’État tel que l’opération Campus pour initier les chantiers dont elle a besoin. "Cette opération a permis de renouveler environ un tiers de notre patrimoine, avec 400 millions d’euros. Nous espérons que la dévolution de patrimoine nous permettra d’en faire autant sur 20 ans."

Lire aussi. Dévolution du patrimoine : des universités propriétaires enthousiastes

Pour la construction de bâtiments nouveaux, l’université a conduit des audits lui permettant d’affirmer qu’elle possède un potentiel de construction neuve – hors démolition/reconstruction – de 400.000 m2. Pour financer ce type d’opération, elle compte créer prochainement, avec des partenaires publics et privés, une société universitaire de recherche, dont l’un des objectifs est précisément la valorisation immobilière.

Un mouvement amorcé en 2011

Avant l’université de Bordeaux, d’autres établissements (Clermont 1, Toulouse 1 et Poitiers) avaient, dès 2011, fait le choix de se porter propriétaire de leur patrimoine comme en témoigne un rapport de l’IGF (Inspection générale des finances) et de l’IGAENR (Inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche) qui en dresse le bilan en septembre 2016.

On demande aujourd'hui aux universités d'avoir une stratégie immobilière. L'avantage de la dévolution, c'est que l'on peut planifier nous-mêmes nos propriétés.

Un choix pleinement assumé du côté de la Vienne. "Les financements courants ne permettent que d’entretenir l’existant", confirme Laurent Brizzi, vice-président en charge du patrimoine au sein de l’université de Poitiers (150 bâtiments, 27.000 étudiants). "On demande aujourd’hui aux universités d’avoir une stratégie immobilière. Et l’avantage de la dévolution, c’est que l’on peut planifier nous-mêmes nos priorités", poursuit Laurent Brizzi.

Décider de sa propre stratégie immobilière

Pour sa part, l’université de Poitiers a choisi comme fil rouge de sa stratégie immobilière la transformation en éco-campus au travers de constructions et réhabilitations réalisées dans un souci de réduction de l’empreinte environnementale. "Cela donne une identité supplémentaire à notre établissement. Par ailleurs, au niveau de l’agglomération, nous sommes devenus en quelque sorte leader en matière énergétique, ce qui positionne l’université comme force de proposition et moteur pour la collectivité", poursuit-il.

Nice fait le choix d'une dévolution partielle

À l’heure où les universités de Tours, Aix- Marseille et Caen s’apprêtent également à prendre pleinement possession de leurs murs, d’autres réfléchissent à une solution intermédiaire, à l’instar de l’université de Nice (Unice). Ici, les 300.000 m2 qui composent l’université sont pour la plupart propriété de l’État. Majoritairement construit dans les années 1970, ces bâtiments vieillissants obligent l’Unice à un effort de maintenance sur l’ensemble de son parc.

"Nous aimerions, dans notre prochain schéma pluriannuel de stratégie immobilière (SPSI), une dévolution partielle de notre patrimoine", livre Marc Dalloz, vice-président de l’université azuréenne. "Cette solution intermédiaire, qui n’était pas possible il y a cinq ans, nous permettrait de céder une partie de notre patrimoine pour construire de nouveaux bâtiments plus adaptés aux standards pédagogiques et environnementaux." Volontariste, l’université attend toutefois avec impatience de pouvoir échanger avec l’université de Bordeaux sur le montage juridique choisi.

"Il y a quelques années, nous avons déclaré l’inutilité d’un bâtiment. L’État nous a assurés que nous toucherions une partie de la transaction sur cet immeuble qui lui appartient. Cependant, et nous le comprenons, la procédure exécutée par le service des Domaines est longue, ce qui ne nous permet pas de financer pour l’heure les opérations que nous aimerions mener", poursuit Marc Dalloz, alors que la Métropole de Nice a réservé des espaces fonciers pour l’université dans son éco-vallée de la plaine du Var.


Guillaume Mollaret | Publié le

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Derycke Alain.

Il faudrait regarder ce qui se passe à l'étranger lorsque les universités deviennent des promoteurs immobiliers. J'ai le souvenir de grosses difficultés financières lorsque l'université du Québec à Montréal a fait des opérations immobilières ayant entrainé sa quasi-faillite lorsque il y a eu une crise du marché immobilier.

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