Le sceau international : des bénéfices pour les étudiants comme pour l’établissement

Un dossier de Mathieu Oui
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Même si les diplômes internationaux ne concernent qu’une poignée d’étudiants, leurs bénéfices dépassent le seul aspect académique.

Une fois ces difficultés surmontées et au terme de douze à dix-huit mois de négociations, les bénéfices des diplômes internationaux peuvent se décliner à différents niveaux. Pour l’étudiant, d’abord, les parcours intégrés offrent une certaine garantie, en termes de qualité du partenaire (d’un niveau académique généralement équivalent à son établissement d’origine) et de retour sur investissement, puisqu’il ne verse pas de frais de scolarité dans l’établissement étranger.

« La formule rassure l’étudiant parce que son séjour d’études à l’étranger est validé et parce que le programme est relativement balisé », résume Jacques Gelas, délégué aux affaires internationales de la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs). « C’est un double passeport pour l’étudiant », soutient de son côté  Michel Guilmault, directeur des relations internationales de l’ESC Chambéry-Savoie. Selon ce dernier, un double diplôme démultiplie les possibilités d’insertion professionnelle. « Bénéficier d’une reconnaissance nationale dans le pays d’accueil donne de la crédibilité à un jeune diplômé dans sa recherche d’emploi sur place. Un tel CV arrive généralement au-dessus de la pile des candidatures », fait-il valoir.

Satisfaction des étudiants Erasmus Mundus

Selon une récente enquête de CampusFrance portant sur les masters Erasmus Mundus , le programme est évalué par les étudiants et alumni de façon globalement très positive. Les deux aspects les plus souvent mentionnés par les sondés sont la qualité de l’enseignement (28 % du total des réponses), suivie de l’environnement interculturel (possibilités de rencontres et d’apprentissage pour 26 %).

Se différencier par rapport aux autres établissements

Les bénéfices sont également à mettre au compte de l’établissement dans sa stratégie de différenciation. Pour les grandes écoles et universités confrontées à une compétition mondiale, nouer de bons partenariats devient un axe de développement stratégique. « Les classements comportent de plus en plus un volet international. Nous devons par exemple fournir le nombre d’étudiants formés dans le cadre d’un double diplôme, témoigne encore Michel Guilmault. Tout nouveau partenariat peut faire gagner quelques points sur ce volet. » Plus largement, la constitution d’un réseau international déborde le volet des échanges d’étudiants (souvent limités à une poignée d’élèves) et peut déboucher sur des projets de recherche et la réponse à des appels à projets.

Enjeu national

Enfin, l’enjeu est également culturel, voire politique, pour le pays d’accueil. « Nos étudiants repartent dans leur pays d’origine avec un lien direct avec l’industrie européenne », estime de son côté Philippe Gourbesville, coordonnateur du master EuroAquae, labellisé Erasmus Mundus. « Un étudiant chinois qui, de retour chez lui après deux ans passés en Europe, doit monter un réseau d’assainissement à Pékin sera peut-être plus enclin à contacter un fournisseur européen plutôt qu’un australien. »

Forts investissements humains

La signature de partenariats exige au final beaucoup de souplesse et de flexibilité. « Les rapprochements, la volonté ne suffisent pas. Et les échecs sont nombreux », relève Michel Guilmault. Le directeur des affaires internationales de l’ESC Chambéry-Savoie considère qu’il faut avoir plusieurs projets en cours pour espérer en concrétiser une partie. Face aux efforts consentis pour des projets qui vont concerner une poignée d’étudiants, le découragement pointe parfois. « La plus-value d’un double diplôme compense-t-elle vraiment les coûts administratifs ? s’interroge Bertrand Candelon, professeur en économie internationale à l’université de Maastricht.

Compte tenu des difficultés rencontrées, on peut légitimement se demander si une thèse obtenue avec six mois à l’étranger n’a pas autant de valeur sur le marché du travail qu’une thèse en cotutelle… » « Arrêtons de nous focaliser sur un parchemin : la valeur ajoutée d’une formation existe bien en amont du diplôme », tranche de son côté Béatrice Delpouve. Selon la directrice du développement international à Lille 1, à défaut d’un diplôme double ou conjoint, le supplément au diplôme Europass pourrait être utilisé pour « décrire à un employeur le caractère international d’une formation ». Reste là encore à ce qu’il entre dans les mœurs, et notamment dans celles de l’université française…

Un dossier de Mathieu Oui
Mars 2011


Un dossier de Mathieu Oui | Publié le