La lutte antiplagiat s’organise

Céline Manceau
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La lutte antiplagiat s’organise
Avec le développement des nouvelles technologies, les étudiants sont de plus en plus tentés par le plagiat. Pour les établissements d’enseignement supérieur, l’heure n’est plus au constat mais aux moyens à mettre en oeuvre pour remédier à cette nouvelle forme de triche. Désormais, ils sont nombreux à s’équiper de logiciels... quand ils ne développent pas eux-mêmes leurs programmes pour débusquer les tricheurs.

L’union fait le prix. La démarche du PRES de Lyon pourrait bien faire école. Ce dernier vient de négocier un très gros contrat, pour l’ensemble de ses établissements, avec un éditeur de logiciel antiplagiat : Compilatio.net. Le montant reste confidentiel, mais « le tarif obtenu est très avantageux », confirme Gilles Bertin, chef de projet TIC au sein du PRES. L’intérêt réside surtout dans les économies réalisées car jusqu’à présent les établissements avaient plutôt le réflexe de s’équiper individuellement. C’est le cas de Paris 10, qui a fait l’acquisition en avril dernier d’un concurrent de Compilatio, le logiciel suédois Urkund , suivie en juillet par l’IUT d’Évry et, en ce début d’année scolaire, par le CERAM et l’IDRAC. « Malgré les coûts engendrés, les établissements ne peuvent plus rester désarmés face au comportement des étudiants. Si nous visons un objectif d’excellence, il faut se donner les moyens de garantir un enseignement de qualité qui lutte efficacement contre la fraude », estime Gilles Bertin.

Payant ou gratuit ? Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, le marché pourrait bien exploser. En France, Compilatio.net a une longueur d’avance et le fait savoir. Il réitère, pour la deuxième année consécutive, son enquête sur « les comportements de documentation et de plagiat des étudiants ». Sauf que les résultats 2007 ne sont autres que ceux d’une étude conduite par le PRES lyonnais au sein de trois de ses entités : l’INSA, l’Institut catholique et l’ISARA. Un juste retour d’ascenseur et un bon coup de promo pour cet éditeur dont le risque est finalement que ses futurs clients deviennent ses principaux concurrents. Les écoles d’ingénieurs françaises ont en effet commencé à développer leurs propres programmes selon un modèle libre et gratuit.

Les premiers à avoir ouvert le ban, il y a quelques années, sont des étudiants de Centrale Lille avec Copytracker . Il s’agit d’un logiciel open source, c’est-à-dire accessible gratuitement à tous les utilisateurs qui peuvent l’améliorer en retour. Des étudiants de l’ESIEA proposent, depuis quelques jours, de télécharger librement et gratuitement un logiciel antifraude et antiplagiat dénommé Baldr . De son côté, un professeur de l’École des mines de Nantes, Romuald Debruyne, a mis au point Thémis.

L’arroseur arrosé. Tous ces logiciels sont nés d’une nécessité de détecter le plagiat des travaux informatiques, ce que n’offraient pas forcément les logiciels commerciaux plus axés sur le repérage du copié-collé dans des fichiers textes. Chaque programme a sa particularité. Thémis, dont une version 2 est en préparation, permet aussi de déceler la triche entre élèves à partir d’erreurs communes. Et d’offrir ainsi d’autres applications : « Un enseignant qui constate la même erreur sur un volume important peut estimer qu’il faut revoir un point du cours », détaille Romuald Debruyne.

Bien évidemment, d’autres logiciels anglo-saxons sont téléchargeables. Pour les connaître, un détour s’impose par le premier site Web « sur la fraude pratiquée via Internet et le plagiat des mémoires et des thèses ». Il est à l’initiative d’une enseignante de l’université de Genève : Michelle Bergada, qui souhaite créer une communauté d’enseignants organisée, à l’échelle internationale, pour repérer et poursuivre les fraudeurs. Quand les nouvelles technologies viennent en aide aux traqueurs et se retournent contre les tricheurs, c’est le principe bien connu de l’arroseur arrosé !


Céline Manceau | Publié le