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La réussite des bacheliers pro dans le supérieur à l'épreuve de la concertation

Laura Taillandier
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Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, avait choisi début septembre le lycée polyvalent Gustave-Monod, en Île-de-France, pour son déplacement de rentrée
Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, avait choisi début septembre le lycée polyvalent Gustave-Monod, en Île-de-France, pour son déplacement de rentrée // ©  ©Nicolas TAVERNIER/REA
Amélioration de l'orientation, augmentation des places en STS, année de remise à niveau, certification pour une insertion professionnelle… Les pistes pour améliorer la poursuite d'études des bacheliers professionnels se dessinent lors de la concertation sur l'accès à l'enseignement supérieur. Certaines se concrétisent déjà sur le terrain, sans faire l'unanimité.

"Vous faites du step !" plaisante Frédérique Vidal devant les élèves du lycée polyvalent Gustave-Monod, à Enghien-les-Bains. Pour son déplacement de rentrée, au début du mois de septembre, la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation avait choisi cet établissement de l'académie de Versailles pour illustrer une thématique centrale de la concertation sur le premier cycle universitaire : permettre aux bacheliers professionnels de passer le cap de l'entrée dans l'enseignement supérieur. Car si ceux-ci ne représentent que 5 % des inscrits à l'université, seuls 6 % d'entre eux parviennent à décrocher leur licence en trois ou quatre ans.

Augmentation des places en STS

"Dans les groupes de travail de la concertation, les choses se précisent. Deux solutions sont portées par le ministère de l'Enseignement supérieur pour les bacheliers professionnels : les STS, et l'insertion professionnelle après un bac+1 et par apprentissage", résume Sigrid Girardin, co-secrétaire générale du Snuep-FSU.

La première piste a déjà été annoncée clairement par la ministre de l'Enseignement supérieur, qui évoque une "augmentation substantielle" des places en BTS. "Les quotas fixés ne sont pas obligatoires et pourtant on les atteint", observe Frédérique Vidal. Actuellement, les bacheliers pro représentent 28 % des étudiants de STS en première année sous statut scolaire. Mais leur volonté d'intégrer cette filière sélective est très forte : 80 % des bacheliers professionnels inscrits sur APB ont choisi une STS comme premier vœu.

"D'une académie à l'autre, les quotas varient fortement. Mais on voit que quand il y a une volonté politique cela fonctionne. À Versailles, ce taux est supérieur à 50 % mais peut atteindre 80 % dans certains BTS", relève Franck Loureiro, du Sgen-CFDT. En parallèle, l'expérimentation de l'orientation des bacheliers pro en BTS sur avis du conseil de classe du lycée professionnel passera à la vitesse supérieure. Cette formule sera testée dans 23 académies.

Le BTS est également présenté par la ministre comme une alternative aux filières en tension à l'université, dont les licences Staps. La création en lycée professionnel d’une filière métiers du sport devrait ainsi être engagée pour permettre aux bacheliers de passer un BTS métiers du sport.

Améliorer la réussite des bacheliers pro

Entrer en STS est une chose, mais encore faut-il y réussir ! Actuellement, 43 % des bacheliers pro obtiennent leur diplôme en deux ans, contre 81 % des bacheliers généraux. Le premier impératif pour les acteurs : agir sur l'orientation. "Les bacheliers professionnels très motivés vont réussir. Il s'agit de ceux qui ne subissent pas leur orientation mais, au contraire, ont un projet professionnel construit", relève Fabrice Berjot, enseignant au lycée Gustave-Monod. L'établissement a noué un partenariat avec des classes de STS et organise des journées portes ouvertes pour présenter les différentes filières aux bacheliers. Des mini-stages sont également organisés : les élèves sont intégrés trois heures pour découvrir la formation et échanger avec les étudiants.

Les bacheliers professionnels très motivés vont réussir. Il s'agit de ceux qui ne subissent pas leur orientation mais, au contraire, ont un projet professionnel construit.
(F. Berjot)

Deuxième impératif : combler les lacunes des élèves. Car, de l'aveu même des bacheliers professionnels, la marche est haute entre le lycée et le BTS. "Je ne suis pas très fort dans les matières générales. En BTS électronique, il y a une grosse différence en mathématiques", illustre l'un d'eux, lors d'un échange avec la ministre. Un avis partagé par ses camarades. Pour combler cet écart, les enseignants du lycée proposent aux élèves de terminale des heures en plus. En BTS, du temps est également consacré à la remise à niveau. "Depuis quatre ans, j’interviens en aide personnalisée. Ce sont mes anciens élèves donc le contact est plus facile", relate l'un des enseignants de mathématiques.

Une année de remise à niveau

Certains iraient-ils jusqu'à faire une année supplémentaire de mise à niveau ? Haussement d’épaules des élèves de BTS présents lors de la visite de la ministre. "Un an de plus ? J'aurais eu une grosse hésitation avant de choisir", confesse l’un d’eux. Cette année de propédeutique est déjà testée par l'université de La Réunion sous le nom de cycle préparatoire aux études supérieures et à l’insertion professionnelle. Ce parcours, sanctionné par un DU, est "destiné aux étudiants qui n'ont pas tous les prérequis nécessaires à la réussite des études universitaires" et "notamment [à] ceux qui ne sont pas passés par une voie d'enseignement général". Mais il ne permet pas d'obtenir une première année de licence par équivalence.

Le premier semestre vise l'acquisition des compétences du socle commun, avec au programme : méthodologie concernant l'organisation du travail, culture générale, anglais, informatique. Le second semestre est davantage centré sur la préparation du projet professionnel (concours, stages…). Dans la concertation, aucun consensus ne se dégage autour de cette sorte "d'année tremplin", d'autant qu'elle va de pair avec l'instauration de prérequis. "Une année de ce type peut être proposée quand l'élève n'a pas les prérequis nécessaires et souhaite intégrer une filière en tension, mais il faut que ce qui est fait soit évalué et pris en compte pour la suite", commente Stéphane Leymarie, co-secrétaire général de Sup-Recherche-Unsa.

De nouveaux cursus mais pas de nouveau diplôme

Face à l'engorgement des demandes de bacheliers pro dans les filières sélectives, la ministre souhaite aussi "la création de nouvelles filières de formation d'un an à l'issue du baccalauréat, construites en lien étroit avec les acteurs économiques, à destination [de ceux] qui cherchent une insertion professionnelle rapide mais progressive et qualifiante". Cette idée avait été annoncée en juillet par le Premier ministre, qui parlait alors de "diplômes de qualification à bac+1" après le baccalauréat professionnel.

"Il ne s'agirait visiblement pas d'un nouveau diplôme – comme dans les discussions sur le rapport Lerminiaux –, mais plutôt, comme il en existe déjà, de mentions complémentaires ou de FCIL (formations complémentaires d’initiative locale)", relève Sigrid Girardin.

Une formation en alternance ou en apprentissage

Dans le lycée polyvalent visité par la ministre de l'Enseignement supérieur début septembre, le rectorat de Versailles expérimente ainsi depuis la rentrée une certification ouverte aux bacheliers professionnels. "Certains lycéens souhaitent aller en BTS mais d’autres ne se destinent pas à des études longues et souhaitent surtout s’insérer" sur le marché du travail, explique Brigitte Colin-Thomas, déléguée académique à la formation professionnelle initiale et continue. Il ne s’agit pas "d’un diplôme pour l’instant" mais d’une "certification" qui correspond à un besoin local. "Dans le Val-d’Oise, nous avons un fort besoin de sous-traitants dans l’aéronautique et les entreprises recherchent des compétences sur des machines conventionnelles", détaille Brigitte Colin-Thomas. Concrètement, 12 jeunes ont débuté le 25 septembre ce cursus réalisé à "50 % en alternance". 

Ce n'est pas la seule initiative de ce type lancée à la rentrée. La région Île-de-France expérimente ainsi un "parcours d’excellence en apprentissage" porté par un CFA avec cinq établissements (l’université Paris-Diderot, l’université Paris-Descartes, l’université Panthéon-Assas, l’Edhec et l’université Paris-Dauphine). 

Fini l'université pour les bacheliers pro ?

Ces nouveaux cursus bac+1 "ne sont pas étudiés dans les groupes de travail mais seulement évoqués de temps en temps comme un objet de perplexité", souligne François Germinet, président de la commission formation et insertion professionnelle de la CPU (Conférence des présidents d'université). "L'intérêt du bac+1 n'est pas confirmé par les entreprises. Nous ne sommes ni pour ni contre, mais le cahier des charges et les attendus ne sont pas précisés", note-t-il. La CPU plaide pour la création d'une licence professionnelle en trois ans ouverte aux bacheliers pro et techno. Car "l'augmentation des places en BTS ne suffira pas pour répondre à l'ensemble des besoins", estime François Germinet.

La réussite des bacheliers professionnels à l'université est donc aussi sur la table. Avec une option : revoir plus globalement le rythme de la licence pour permettre aux bacheliers qui n'auraient pas le niveau d'avancer à leur rythme. "Il y a quelque chose à penser sur la semestrialisation", glissait Frédérique Vidal lors de son déplacement de rentrée. Une idée arrivée sur la table du groupe de travail 4 de la concertation, intitulé Des formations pour tous les publics, mercredi 4 octobre. Sur le papier, un premier semestre serait organisé en contrôle continu jusqu'à début décembre et un second permettrait à ceux qui n'ont pas la moyenne de recevoir un accompagnement. Une piste qui, pour l'instant, laisse sceptiques les acteurs de la concertation, qui doivent se mettre d'accord d'ici le 19 octobre. 


Laura Taillandier | Publié le

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jogo.

Merci Aymeric pour la réponse à l'analyse totalement fausse de jpjohet.... Effectivement les universités ne sélectionnant pas, personne ne peut empêcher les bacheliers d'une académie de l'année de s"inscrire en PACES , MALGRE toutes les actions menées par les services d'orientation (ne vous en déplaise ) pour faire comprendre les enjeux et difficultés de ce Cursus pour un bachelier pro/ A Nice, nous avons mis en place des séquences d'immersion en PACES , des Webconférences, des rencontres en Journées Portes ouvertes pensées pédagogiquement pour informer sur tout ce que signifie " être étudiant en PACES" ...l'objectif étant justement d'éviter les inadéquations entre séries de bac et cursus universitaire....mais malgré tout cela , l'hypocrisie du système veut que le bachelier , in fine , va rentrer des voeux contre toute logique académique....je ne sais quelle est la fonction de jpjohet mais ses propos ne l'honorent pas, montrent une totale méconnaissance du fonctionnement d'un adolescent face à son orientation , ainsi qu'une colossale ignorance du travail au quotidien des professionnels de l'orientation , une analyste simpliste effrayante des rapports de cause à effets dans ce phénomène complexe que représente un choix de formation car il est à la croisée de beaucoup d'enjeux , représentations, et pressions de toutes sortes....Pour un universitaire c'est surprenant...

aymeric.

Je ne suis pas d'accord avec la proposition finale. Réorganiser toute la formation de la première année autour des plus faibles n'a pas de sens et sacrifie les autres (en plus que de sacrifier l'Université...). D'autant qu'il ne faut pas se leurrer : s'ils ne réussissent pas, c'est parce qu'ils ont des lacunes qu'ils traînent depuis la maternelle (manque terrible de vocabulaire, totale méconnaissance du français littéraire, etc.). Ce n'est pas en 3 mois à l'Université qu'on reviendra sur 16 ans de retard. Vous voulez l'égalité sociale ? Mettez le paquet sur l'accueil des tout-petits, puis sur le primaire. A l'Université, c'est trop tard.

LéaSeg.

J'ai enseigné en master 1 & 2 par apprentissage 8 ans, au sein d'une excellente formation universitaire. Je confirme les propos d'Aymeric : ceux qui ne savent pas rédiger et qui râlent car on enlève 3 ou 4 points à leur mémoire de recherche en M2 ... sont ceux qui n'auraient pas dû être pris en cycle master : des bacs pro qui font plus de 20 fautes par page sur 60 pages, et qui n'ont pas amélioré leur niveau en langue française sur les 5 ans post-bac. Tout simplement insupportable pour tout le monde : leurs camarades, leur tuteurs industriels et leur corps enseignant. Rares sont ceux qui brillent en cycle M, issus du bac pro : faut-il garder le système en place pour 1 ou 2 pépites rencontrées en 8 ans ?

jpjohet.

Vous pouvez me dire pourquoi les universités acceptent des bacs pros SSS (Sciences sanitaires et sociales) en PACES où ils se font éjecter à la fin du S1, réponse 1 la démagogie des autorités universitairse (et en plus cela leur fait du chiffre concernant les effectifs) réponse 2 la démagogie et la nullité des conseillers d'orientation (lycées et facs) qui leur font miroiter qu'ils peuvent être classés lors du concours PACES. Personnellement sur 45 ans de carrière hospitalo-universitaire j'ai rencontré un seul bac pro en DCEM!! ( une brillante et intelligente étudiante!!) réponse 3 tout le monde s'en fout ainsi ils sont casés pour 2 ans et s'inscriront plus tardivement au chômage;

aymeric.

Votre remarque montre une complète ignorance du système malgré votre carrière (donc bravo pour votre "analyse" en toute méconnaissance des données et votre participation à la post-vérité contemporaine) : les universités n'acceptent rien du tout, elles n'ont pas le choix de leurs étudiants. Si elles l'avaient, les bacs pros ne seraient pas acceptés.