Le titre d’ingénieur diplômé

Sylvie Lecherbonnier
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La CTI  (Commission des titres d’ingénieur) protège le titre d’ingénieur depuis 1934. Quelque 200 écoles d’ingénieurs délivrent un ou plusieurs titres, qui confèrent le grade de master. Ce sont donc près de 30.000 titres d’ingénieur qui sont décernés chaque année. Depuis 1997, la CTI renouvelle son feu vert pour une durée de six ans au maximum. Elle peut réduire la durée d’habilitation à trois, deux ou un an, voire la supprimer dans des cas extrêmes.

Les critères d’attribution

Les démarches pour habiliter une formation d’ingénieurs diffèrent quelque peu selon le caractère de la demande : première accréditation, renouvellement, nouvelle voie d’accès (l’apprentissage par exemple), changement de statuts... Selon les cas, la CTI demande un dossier plus ou moins complet et organise ou non une visite sur site. Références et Orientations, le document qui résume les principes et le fonctionnement de la Commission, décrit ces différentes procédures. À noter : la première demande peut intervenir au moment où l’école le souhaite. Le renouvellement doit attendre la fin de l’habilitation en cours. La CTI examine les formations par grand secteur géographique tous les six ans. À chaque fois, la qualité du recrutement des étudiants, leur insertion professionnelle, leur exposition à l’international mais aussi la stratégie et l’organisation de l’école sont auditées.

La procédure comprend trois phases : la préparation, l’audit et l’habilitation proprement dite. Pour l’élaboration du dossier, l’école peut s’appuyer sur le Guide d’autoévaluation des formations d’ingénieurs réalisé par la Commission. Une mission d’évaluation, composée d’un rapporteur principal et de deux à six membres, selon la taille et le nombre de formations à évaluer, est alors constituée pour effectuer une visite sur site. La mission rédige ensuite un rapport qui pointe les forces et faiblesses des formations auditées. Le directeur de l’école peut y ajouter ses remarques. En séance plénière, la CTI entend l’exposé du rapporteur principal et, dans le cas d’une école privée, auditionne le directeur de l’établissement. Puis le président de la Commission soumet au vote une proposition de durée d’habilitation (de 0 à 6 ans) et des recommandations.

Décision ou avis... La CTI rend une décision pour les écoles privées et un avis pour les écoles publiques. L’habilitation de ces dernières est prononcée par leur ministère de tutelle. Une fois par an, une liste des écoles habilitées paraît au Journal officiel. La durée totale de la procédure dépend du calendrier élaboré en début d’année par la CTI, et souvent de la réactivité de la mission d’audit. Depuis peu, les écoles contribuent aux frais de la Commission en versant une cotisation annuelle de 6 € par diplômé.

Les limites du titre d’ingénieur

Une fois le titre en poche, finie la liberté ! L’école doit se conformer au cahier des charges de la CTI et entrer dans une démarche d’amélioration continue. Lors du renouvellement de son habilitation, elle devra prouver qu’elle a suivi les recommandations de la Commission, sous peine de voir la durée de son accréditation réduite.

Des contraintes qu’illustrent les débats qui ont eu lieu ces dernières années entre les écoles et la Commission sur les formations en apprentissage. Certains établissements auraient voulu mettre en place l’alternance pour un ou deux ans, mais la Commission est restée ferme : l’apprentissage doit être proposé sur l’intégralité du cycle d’ingénieur, à savoir trois ans, et doit faire l’objet d’un cursus particulier, quitte ensuite à accepter des admissions parallèles pendant le parcours.

En contrepartie, le titre d’ingénieur est incontestablement un gage d’attractivité et de sérieux pour les écoles qui le possèdent. Il donne également l’opportunité à un établissement d’entrer dans la communauté des écoles d’ingénieurs, de demander son adhésion à la CGE (Conférence des grandes écoles) et/ou à la CDEFI (Conférence des directeurs d’écoles françaises d’ingénieurs).

Sylvie Lecherbonnier

6 mai 2010

Joël Courtois, directeur de l’Epita : « L’habilitation oblige à rester vigilant et à répondre aux recommandations édictées »
Il aura fallu près de dix ans à l’EPITA, l’école d’ingénieurs en informatique du Kremlin-Bicêtre fondée en 1984, pour obtenir l’habilitation de la CTI. « Nous avons décidé d’aller vers le titre d’ingénieur dans les années 1996-1997 pour se conformer à la mutation des métiers de l’informatique. Depuis quinze ans, un grand nombre d’informaticiens sont passés de rôles très techniques à des postes d’ingénieur plus transversaux. L’EPITA a pris en compte ces évolutions et a peu à peu formé des ingénieurs sans avoir l’accréditation. Une position difficilement compréhensible pour les jeunes.
Nous avons donc changé nos règles du jeu, élevé nos exigences scientifiques pour entrer dans l’école, mis en place une vraie prépa intégrée, embauché des enseignants et développé des activités de recherche. L’école a déposé son premier dossier en 2000, mais il est difficile d’être accepté la première fois. Il faut faire ses preuves !
Notre première habilitation pour trois ans date de 2007. Nous l’avons vécue comme une véritable reconnaissance. Un moyen aussi d’affirmer notre positionnement par rapport aux autres écoles d’informatique et aussi par rapport à la petite sœur EPITECH qui s’est, elle, située comme une école d’experts. L’habilitation oblige à rester vigilant et à répondre aux recommandations édictées. Pour preuve, nous repassons cette année devant la Commission. »


Sylvie Lecherbonnier | Publié le