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L'Aeres évaluée par les universitaires

Camille Stromboni
Publié le
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AERES - entrée - Paris
AERES - entrée - Paris

L’Aeres est morte, vive le HCERES ! Le décret sur la nouvelle agence d’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche est paru le 16 novembre 2014. L'heure d'un dernier bilan pour l’institution de la rue Vivienne, supprimée par la loi "Fioraso". Si la cohérence apportée par une évaluation nationale est appréciée, l'utilisation de la notation est totalement désavouée par les universitaires.

Les points forts de l’AERES : indépendance et cohérence nationale

Marc NEVEU - Snesup - Enseignement supérieur - ©CS mars 2013Une évaluation externe et homogène

Marc Neveu (co-secrétaire général du Snesup) : "Il y avait besoin d’homogénéiser les procédures pour toutes les unités de recherche. L’évaluation était auparavant effectuée par le Comité national de la recherche scientifique pour les UMR (unités mixtes de recherche), tandis que les équipes d’accueil n’avaient pas ce retour. Les rapports détaillés de l’agence ont aussi permis aux élus du Cneser d’avoir une vision plus précise sur les formations notamment."

Frédéric Dardel (président de l'université Paris 5 et auteur d'un rapport sur le HCERES) : "La création de l’Aeres a 'secoué le cocotier', en faisant passer tout le monde dans la logique de l’évaluation et du ‘rendre-compte’. Le principe d’une évaluation externe est entré dans les mœurs, même dans les disciplines où ce n’était pas forcément très présent. C’est une avancée."

Une évaluation du projet de rechercheFrédéric Dardel

Frédéric Dardel : "Si en tant que chercheurs, nous sommes déjà beaucoup évalués, cela concerne les articles de recherche, à un niveau individuel, tandis qu'avec l'Aeres, c’est sur une stratégie collective, un projet de laboratoire. Cela permet d’arrêter de pédaler et de se poser des questions en menant une forme d’introspection."

Une évaluation nationale utile à l’heure de l’autonomie

Anne Fraisse - présidente de l'université Montpellier 3Anne Fraïsse (présidente de l’université Montpellier 3) : "Il faut une évaluation nationale, et l’Aeres fonctionne dans l’ensemble correctement. Avec les limites d’un système humain, il peut y avoir parfois des erreurs. Mais cela constitue une aide pour les universités, notamment concernant la formation."

Denis Bertin (vice-président recherche université d’Aix-Marseille) : "Pour la formation, cela a permis de ne plus être limité au système interne au ministère. Pour les établissements, cela apporte aussi une expertise utile à l’heure de l’autonomie."

Les points faibles de l’AERES : notation et procédures

La notation, c’est non !

L’agence censée évaluer et donner des conseils s’est transformée en agence de notation, marquant au fer rouge chaque laboratoire

Marc Neveu. "Ce qui s’est le plus mal passé, c’est l’évaluation des unités de recherche. L’agence censée évaluer et donner des conseils s’est transformée en agence de notation, marquant au fer rouge chaque laboratoire avec la lettre A, B, ou C. Elle signait par là-même la mort d’un certain nombre d’unités. Ce n’est pas une phobie d’enseignants-chercheurs qui refuseraient d’être notés : une agence d’évaluation ne peut être une agence de notation, ce fonctionnement a été dénoncé par l’agence d’accréditation européenne."

Fredéric Dardel. "Ce n’est pas forcément la faute de l’Aeres, mais c’est l’utilisation qui a été faite de ces notes qui pose problème. Outre les fermetures de labos, elles avaient des conséquences également sur le succès aux investissements d’avenir, où il ne servait à rien de candidater à un Labex si l’on n’était pas noté A+. Elles étaient prises en compte dans Sympa [modèle de répartition des moyens entre universités] pour la performance en recherche.

Certaines collectivités territoriales demandaient la note des labos pour décider de leur soutien financier. Sans oublier qu’elles étaient devenues un facteur important pour se voir attribuer des moyens au sein de son université. On ne lisait même plus les rapports, seule la note comptait, ce qui permettait aux décideurs de ne pas assumer véritablement leurs choix, en se reposant sur cet argument extérieur."

Denis Bertin : "On sait que la notation est un processus compliqué : assurer une cohérence nationale, disciplinaire, et par site, avec cette complexité de critères, était impossible. Cela devenait irrationnel.”

[La notation a progressivement été supprimée par l’Aeres, pour disparaître totalement lors de la dernière vague d’évaluation, NDLR.]

Les procédures en question

Frédéric Dardel. "L'agence a fait une sorte de crise d’adolescence, en voulant établir seule ses procédures et en n’en faisant qu’à sa tête."

Denis Bertin. "L'Aeres est allée trop loin dans le détail. Analyser la qualité scientifique à travers les publications de chacun, ou dire que tel chercheur ne publiait pas assez, ce n'était pas son rôle. C’est d'une évaluation macro dont nous avons besoin."

Marc Neveu. "Il est problématique de ne pas avoir une majorité d'élus en charge de l'évaluation, mais des personnes nommées ou cooptées."

Les rapports sont devenus des filets d’eau tiède, les évaluateurs n’osant plus dire de choses désagréables

Les risques de la publicité

Frédéric Dardel : "Au fur et à mesure, les rapports sont devenus des filets d’eau tiède, les évaluateurs n’osant plus dire de choses désagréables, vu l’impact que cela a pu avoir pour les labos ou les universités. L'effet était en effet dévastateur, mais à l'inverse, les rapports très consensuels, où tout le monde a 10/10 comme à “l'École des fans”, cela ne sert plus à rien. Si une synthèse peut être publique, l'évaluation détaillée ne doit pas l'être."

Didier HOUSSIN - président AERES - © C.Stromboni - mars 2013L'auto-évaluation de l'Aeres par l'Aeres
Quel bilan tire l'Aeres de sa petite décennie d'existence ? Didier Houssin, président de l'agence depuis 2011, en fait l'auto-évaluation.

Points forts

- La compétence, après sept ans d’existence, de cette institution spécialisée dans l’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche.
- L’impartialité, avec un statut d’autorité indépendante, assurant une égalité de traitement à l’ensemble des entités évaluées.
- La reconnaissance européenne de l’Aeres, de plus en plus sollicitée sur la scène internationale pour accompagner la création d’agences similaires ou pour évaluer.

Points faibles

- L'agence a eu des difficultés à se faire accepter par l'ensemble de la communauté scientifique. À ses débuts, il a pu y avoir une confusion entre isolement et indépendance.
- L'agence a peiné à clarifier les objectifs de l’évaluation : entre l'accompagnement dans une démarche de progrès, l'aide à la décision et l'information du public. L'abandon de la notation a contribué à cette clarification, l'accompagnement étant la priorité.
- La suppression de l’autorité indépendante en charge de l’évaluation, six ans après sa création, a affaibli le rôle de l’évaluation, même si l’agence a été remplacée par un objet ressemblant.

Camille Stromboni | Publié le

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Marlis Krichewsky.

Évaluer = identifier et reconnaître la valeur de quelque chose... Et si l'évaluation était cela: identifier et mettre en avant l'originalité de chaque laboratoire et de chaque cursus universitaire ? Après on pourrait laisser aux étudiants et aux doctorants le soin de donner des avis éclairés sur leur parcours de formation au sein des institutions et sur l'accompagnement qu'ils ont reçu (ou non) dans les écoles doctorales. Une chose est certaine: nous avons besoin d'enseignants-chercheurs réflexifs et auto-et co-évaluateurs. Que fait l'université pour encourager l'innovation pédagogique et la "vie de laboratoire" ? On pourrait créer des prix ...

Pierre Dubois.

Une couche de plus dans le mille-feuille institutionnel. La "lutte des places" pour être dans le Conseil du Haut Conseil va commencer http://histoiresduniversites.wordpress.com/2014/11/17/evaluation-hceres-le-decret/

Jean Termont.

Et la formation?

dudul.

et les établissements ?