Les quatre critères clés de la demande d’enregistrement au RNCP

Dossier réalisé par Sophie de Tarlé
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Identifier le métier, s’enquérir du devenir des anciens, recenser les besoins en termes d’emploi et les professionnels impliqués. Tels sont les quatre critères sur lesquels la CNCP (Commission nationale de la certification professionnelle) va fonder ses avis.

Les formations qui ne délivrent pas de diplôme national doivent effectuer une demande d’inscription au répertoire via le site de la CNCP en téléchargeant le dossier. La notice explicative doit être lue attentivement avant d’assaillir de questions les instructeurs de la CNCP, qui sont peu nombreux (sept au niveau national, un par région, deux en Île-de-France) et forcément quelque peu débordés. Malgré cette précieuse notice, la constitution du dossier peut se révéler fastidieuse. C’est pourquoi un grand nombre d’écoles font appel à des cabinets de consultants.

Pour George Asseraf, président de la CNCP, c’est un non-sens car, explique-t-il, "c’est en établissant le dossier soi-même qu’on sera à même de réfléchir sur le bien-fondé de sa formation et sur sa finalité en termes professionnels. De plus, ajoute t-il, il est essentiel d'y associer les professeurs qui pourront avoir un regard neuf sur ce qu'ils enseignent".  Que ce soit en faisant appel à un consultant ou en prenant en main le dossier, il faut compter entre trois et quatre mois de travail. Ensuite, il s’écoule environ sept mois  (contre treize mois en 2007) pour que le dossier soit traité par la commission.

À savoir : lorsqu’une école fait partie d’un réseau d’établissements, la certification est accordée à un site, et reste valable pour toutes les écoles du réseau. En revanche, si l’un des membres du réseau se sépare de l’école "mère", il ne bénéficiera plus de la certification.

Premier critère pour l’inscription au répertoire : identifier le périmètre du métier

C’est la phase la plus fastidieuse, car il faudra décrire les différentes tâches que doit savoir effectuer un diplômé en sortant de sa formation. "Établir un dossier RNCP permet de théoriser ce qu’on fait instinctivement", affirme Dominique Savard, directrice de l’atelier Chardon Savard.

Directrice de MLR Consultants, Marie-Luce Raigneau renchérit : "C’est une approche très différente de celle de l’Éducation nationale puisqu’on va vous demander de rapprocher les tâches réalisées en situation professionnelle avec les compétences demandées." Pour simplifier, on ne va pas s’intéresser au fait qu’on fasse des maths et de la physique dans une école d’ingénieurs, mais aux tâches effectuées par un ingénieur et aux compétences que cela exige pour les mener à bien.

Deuxième critère : recenser les anciens des trois dernières promotions

Cette phase nécessite de s’informer sur ce que gagnent et les postes qu’occupent les anciens. La difficulté est que l’école doit recontacter ses diplômés, leur envoyer un questionnaire et attendre… qu’ils daignent répondre. Ce qui n’est pas évident surtout quand on demande des données un peu sensibles, comme leur salaire ! Une démarche qui oblige l’établissement à établir un annuaire d’anciens à jour, ce qui n’est pas forcément le cas jusqu’alors.

"Nous considérons qu’il faut au moins 60% d’une promotion au niveau demandé par la certification", note George Asseraf, qui ajoute : "concrètement, l'école nous donne une liste d'anciens, avec leur poste, leur salaire, et nous vérifions ensuite ces informations".

Alors que les diplômes étaient jusqu’à présent construits sur la base des savoirs disciplinaires, le RNCP amène à penser ces diplômes en termes de compétences (G.Asseraf)

Troisième critère : justifier la pertinence du métier

Il faut alors expliquer qu’il y a une demande dans le champ professionnel visé, qu’il y a un vrai besoin. Car la commission s’intéresse en premier lieu au fait que la certification mène à un emploi à la sortie. "Certaines formations sont recalées car elles ne débouchent pas sur un métier, mais sont juste complémentaires d’un métier", souligne Mathieu Hivet, directeur associé de Lafayette Associés.

Quatrième critère : recueillir des informations sur les professionnels impliqués

Qui sont les professionnels impliqués, quelle est leur part dans la formation, qui sont les membres du jury qui attribuent le diplôme par la voie de la VAE, qui fait partie du conseil de perfectionnement… sont autant de questions auxquelles il faudra répondre. Cette étape va pousser l’établissement à nouer des contacts avec des professionnels et à prendre en compte leurs avis. "Bref, conclut George Asseraf, alors que les diplômes étaient jusqu’à présent construits pour l’essentiel sur la base des savoirs disciplinaires, le RNCP amène à penser ces diplômes en termes de compétences, ce qui est très différent."

Une fois le dossier traité, il faut encore attendre environ six mois pour l'inscription officielle au Répertoire. Environ 8%  des dossiers sont refusés chaque année.

Une démarche simplifiée pour les diplômes nationaux
L’enregistrement est de droit pour les diplômes nationaux, notamment ceux délivrés par l’université. Si la démarche est beaucoup plus simple puisqu’elle consiste à adresser une fiche décrivant le diplôme, la tâche est néanmoins jugée complexe par les intéressés. En effet, reconnaît Jean-Marc Meunier, chargé de mission à Paris 8, "traduire des programmes de formation en termes de compétences demande un important travail de la part des équipes de formation. Ce travail est en décalage avec la culture universitaire et les enseignants n'y ont pas été formés."

Le rôle de la CNCP a d’ailleurs été renforcé en 2009 avec l'obligation faite aux universités de solliciter un avis d’opportunité auprès de la CNCP avant de créer un nouveau diplôme. Un avis qui permet d'évaluer la pertinence d’une création, notamment au regard des opportunités d'emplois et de la cohérence avec l’offre de formation régionale et nationale.


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