Mathieu Hivet (directeur associé de Lafayette associés) : "Un titre RNCP constitue un véritable actif, qui peut se décliner pédagogiquement et économiquement"

Propos recueillis par Sophie de Tarlé
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De plus en plus d’établissements font appel à des cabinets spécialisés pour inscrire leurs titres au RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles). Mathieu Hivet, directeur associé du cabinet de conseil Lafayette associés, décrypte les enjeux de ce marché de plus en plus concurrentiel.

Pour les établissements de l’enseignement supérieur, est-ce important d’obtenir un titre certifié ?

L’inscription de leurs titres au RNCP est devenue stratégique pour tous les établissements quelle que soit leur taille. C’est d’abord une question d’image : cela rassure les étudiants et leurs parents sur la "valeur du diplôme" et les débouchés de la formation. Ensuite, il y a un aspect financier. Avoir un titre inscrit au RNCP permet de faciliter l’accès aux financements de Pôle Emploi, du Fongecif ou des OPCA (organismes paritaires collecteurs agréés), notamment pour les contrats de professionnalisation. C’est également une condition pour proposer de l’apprentissage. Enfin, un titre RNCP constitue un véritable actif, qui peut se décliner pédagogiquement et économiquement.

Quelle est la plus grande difficulté pour obtenir un titre RCNP ?

C’est de trouver la bonne personne pour le faire. La plupart du temps, les établissements confient cette mission à l’assistant(e) ou à un enseignant dont ce n’est pas la mission principale, et qui ne connaissent pas forcément les exigences de la commission. Ensuite, la difficulté est de faire le lien entre formation et compétences. Les enseignants ont souvent une vision formation, pas toujours une vision métier. L’idée est de raccrocher les sciences fondamentales enseignées en écoles d’ingénieurs par exemple avec les compétences attendues par l’entreprise. Il s’agit de bâtir un outil qui va permettre aux enseignants de dialoguer avec l’entreprise, ce qui est essentiel dans le cadre de l’apprentissage notamment.

Cela permet de savoir ce qu’on peut confier comme tâche à un jeune et à quel moment de sa formation. Mais ce n’est pas facile de définir le périmètre du métier, car plus le niveau est élevé, plus le périmètre du métier est large. Les enseignants peuvent dire ce que leurs étudiants savent, mais l’entreprise, elle, veut savoir ce qu’ils sont capables de faire. Et puis, c’est une démarche qui prend du temps. Il faut compter entre deux et quatre mois pour monter le dossier, puis huit à douze mois de la saisine du dossier jusqu'à l'inscription effective.

Pourquoi les universités et les écoles d’ingénieurs qui détiennent un titre certifié de droit font, elles aussi, appel à un cabinet de conseil ?

Il est vrai qu’au début nous travaillions plutôt avec des formations qui n’avaient aucun autre label à faire valoir. Aujourd’hui, nous collaborons aussi beaucoup avec les écoles d’ingénieurs et les universités. Nous les accompagnons notamment dans leur démarche visant à certifier leurs mastères spécialisés. Aujourd’hui, ces mastères ne sont pas reconnus par l’État et valent ce que vaut la réputation des établissements qui les délivrent. Et puis, même si les diplômes visés par l’État comme les titres d’ingénieur, les grades de master des écoles de commerce et les diplômes universitaires sont inscrits de droit au RNCP, ces établissements doivent tout de même élaborer une fiche RNCP afin d’y figurer. Aussi, ils ont compris l’importance de la démarche qui consiste à traduire une formation en compétences.

Le cabinet Lafayette associés réalise 800.000 € de chiffre d’affaires, dont 40% d'accompagnement pour le RNCP (facturé entre 6.000 et 14.000 €). Ce cabinet accompagne également les établissements dans le développement de l’alternance et la formation continue.

Mai 2012, remis à jour en mai 2014.



Propos recueillis par Sophie de Tarlé | Publié le