Les CEA Tech : complémentaires ou concurrents des organismes de transfert ?

Frédéric Dessort
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Lancées en 2013, les plates-formes CEA Tech s’installent à Nantes, Bordeaux, Toulouse et Metz. Enjeu : s’intégrer dans des écosystèmes régionaux déjà complexes d’organismes de recherche & développement.

En France, il est indéniable que le transfert de technologies a fait en quelques années un bond en avant. Mais la problématique du millefeuille, bien particulière de ce secteur, n'est pas encore réglée, loin s'en faut. Ainsi, plusieurs organismes de recherche ou de développement technologique sont apparus ces derniers mois : IRT (Instituts de recherche technologique), SATT (Sociétés d'accélération du transfert de technologies)... Puis, poussés par Geneviève Fioraso, une ministre aux origines grenobloises, les CEA Tech.

Ceux-ci ont été lancés sur quatre territoires régionaux, à Nantes, Bordeaux, Toulouse et Metz. Une implantation qui se traduit essentiellement par la mise en place d'équipes commerciales. Les prestations commandées par les entreprises sont menées dans les laboratoires grenoblois.

"Coopétition", coopération ou concurrence ?

"CEA Tech" est en fait l'apposition d'une marque à une activité qui existe depuis belle lurette au Commissariat à l'énergie atomique : la recherche et l'innovation technologique, qui représente environ 4.500 salariés sur 16.000. L'idée est ici de faire profiter les PME et les ETI d'un trésor de guerre : son large portefeuille de brevets, issu de recherches en propre ou avec de grands industriels, ou encore avec des PME de la cuvette grenobloise.

En fait, les régions d'implantation du CEA constituent déjà des bassins technologiques plus ou moins importants : de nombreux acteurs publics de R&D y sont déjà déployés. On y trouve des CTI (Centres techniques industriels), des CRITT (Centres régionaux d'innovation et de transfert de technologies), des laboratoires Carnot mais aussi des SATT, des IRT...La liste est longue. Question : alors que les technologies (électronique, nanosciences, énergie...) de l'organisme rhônalpin s'appliquent à de nombreux secteurs d'activités, celui-ci s'avance-t-il sur les plates-bandes des acteurs déjà implantés ?

Pour Hervé Pichon, président de l'association ­française des Centres de ressources technologiques (qui compte 72 adhérents, dont notamment les CRITT), "ceux qui interviennent sur les mêmes thématiques que les CEA Tech pourraient être impactés. D'autant que le CEA a des moyens de communication et des moyens commerciaux dont ne disposent pas les CRT. À l'échelle territoriale, il y a nécessité que les différents acteurs trouvent une cohérence. À Nantes, par exemple, l'articulation de l'IRT Jules-Verne et du CEA Tech soulève des questions."

"Les CEA Tech, dont j'ai soutenu l'implantation, ont pour mission de participer à des programmes de recherche partenariale uniquement avec des entreprises régionales", observe Gilbert Casamatta, président de l'IRT Aéronautique, espace et systèmes embarqués de Toulouse. "Mais Louis Gallois [commissaire général à l'investissement], venu à Toulouse le 8 octobre 2013, a demandé la mise en place de coopérations entre l'IRT et le CEA Tech. Il s'agira par exemple de savoir sur quelles thématiques nous pourrons intégrer des technologies du CEA, sans avoir à les développer, ou inversement, si nous réaliserons des recherches pour leur compte", ajoute-t-il.

Dans la "ville rose", l'antenne grenobloise devra s'intégrer au paysage de la technologie régionale et composer avec ses institutions. "La Région Midi-Pyrénées finance l'installation du CEA Tech : en contrepartie, elle en attend qu'il s'investisse sur un panel large de PME. Car, au tout départ, l'organisme visait essentiellement les entreprises high tech de pointe", explique Christophe Nicot, directeur de l'agence Midi-Pyrénées Innovation.

En fait, le CEA Tech prendra pied en 2016 dans le cadre du futur grand complexe de Toulouse, Aérospace Montaudran, en voisinage direct avec..., notamment, le CRITT Mécanique de l'INSA et l'IRT de Toulouse. Obligés de cohabiter, ces acteurs devront sans doute mettre en œuvre l'approche de la recherche que le Parti socialiste avait plébis­citée à l'occasion du forum sur l'ESR en 2011 : la "coopétition", synthèse entre la concurrence et la coopération. Réalité ou discours ? L'avenir le dira. Le CEA, sollicité par Interface, ne s'est pas exprimé.

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