Les certifications se développent dans le supérieur, mais pour quoi faire ?

Guillaume Mollaret
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Les certifications se développent dans le supérieur, mais pour quoi faire ?
Les certifications comme ISO 9001 (management de la qualité) ou ISO 26 000 (RSE) permettent d'attester l'attractivité des étbali // ©  plainpicture/Hadji
De nombreux établissements du supérieur se mettent en ordre de marche pour obtenir des certifications telles que les normes ISO 9001 (management de la qualité), ISO 26 000 (RSE) et le tout nouveau Qualiopi. A quoi servent ces certifications pour les établissements ? Décryptage.

Deux jours. C’est le temps qu’il a fallu à Sigma, école d’ingénieurs composante de l’université de Clermont-Auvergne, pour déployer son dispositif d’enseignement à distance, mi-mars 2020, quand le gouvernement français a pris la décision de confiner le pays et d’interdire l’accès aux lieux d’enseignement.

Si l’établissement public a pu réagir aussi vite, c’est notamment parce qu’il avait prévu une solution d’enseignement à distance en cas… d’incendie de ses locaux. "Nous sommes certifiés ISO 9001 (management de la qualité) par bureau Veritas depuis de nombreuses années. Notre guide contenait toutes les procédures à mettre en œuvre, ce qui nous a été d’un grand secours", explique Sylvie Ducki, professeur des universités et en charge de la qualité pour l’école auvergnate.

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Une certification en écho au monde de l'entreprise

Combien d’écoles ou d’établissements du supérieur ont, comme Sigma, obtenu cette certification ISO 9001 – qui s'adresse d’abord à l’industrie et que le supérieur s’est approprié ? Difficile à dire mais l’Afnor, un des principaux organismes présents sur le marché avec Bureau Veritas et BCS, certifie chaque année et pour une durée de trois ans, plus d’une centaine d’établissements, dont certains sont des nouveaux.

"Dans les universités et les organismes de recherche, la certification n’est pas très recherchée par les institutions elles-mêmes mais plutôt par des périmètres qui veulent être accrédités sur des zones particulières", explique Cathy Grevesse, déléguée à la Qualité au sein du Cirad, et présidente de l’Association pour la qualité en recherche et enseignement supérieur (Quares).

Une vision confirmée par la récente annonce de la faculté de sciences économiques et de gestion de l’université de Strasbourg qui se présente comme la première fac de la discipline à recevoir une telle certification. "Nous préparons nos étudiants à un master en management de la qualité, il est donc logique d’y souscrire nous-mêmes. C’est une façon de nous distinguer des autres établissements. Il s’agit aussi d’indiquer au monde industriel qui est notre partenaire que nous nous inscrivons dans une démarche similaire", explique Mélanie Weber, en charge de la relation entreprise et pilote de la démarche qualité de la faculté d’économie alsacienne.

Il s’agit aussi d’indiquer au monde industriel qui est notre partenaire que nous nous inscrivons dans une démarche similaire. (M. Weber, Unistra)

Même analyse du côté de Sigma. "C’est une personne de chez Michelin qui nous a aidés deux jours par semaine pendant plus d’un an dans la mise en place du cahier des charges. Le résultat, c’est que notre laboratoire de microbiologie est aux standards internationaux, ce qui permet d’assurer des travaux pour le compte de Michelin, Sanofi ou encre Fareva dans l’industrie pharmaceutique", détaille Sylvie Ducki.

"Jouer à armes égales avec des concurrents"

D’autres normes ISO 21001, dédiée à l’enseignement, et ISO 26000 (RSE), ont été adoptées par des établissements mais de façon très isolée. En matière de certification, la dernière-née, Qualiopi – une marque d’Etat – pourrait changer la donne et accélérer le mouvement vers la certification.

Pour ce label, beaucoup d’établissements sont déjà évalués par le comité consultatif pour l'enseignement supérieur privé (CCESP). Mais, la Commission des titres d'ingénieur (CTI), et le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres) sont aussi "réputés satisfaire l’obligation de certification qualité". Ainsi, plusieurs établissements – à l’instar des universités d’Avignon, Toulon, Cergy-Paris Université et Université de Technologie de Compiègne – ont tenu à obtenir ce label pour pouvoir l’afficher et mieux valoriser leur formation continue.

D’autres demanderont cette certification l’an prochain. "La situation vécue l’an dernier par les établissements a freiné son adoption. La formation professionnelle représentant un levier de croissance, certains souhaitent disposer du certificat Qualiopi pour jouer à armes égales avec des concurrents", Philippe Bourdalé de l’Afnor.

Sur le plan économique, la mise en place des outils qui mènent à la certification a un coût. L’audit lui-même coûte 12.000 euros sur trois ans à Sigma. Cependant, il est pour l’école hors de question de renoncer à son investissement dans le futur. Sylvie Ducki est catégorique : "Le plus cher, c’est de ne pas être certifié."


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