Les chaires, véritables labos de recherche des entreprises

Jean Chabod-Serieis
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Au sein des grandes écoles et des universités, les chaires de mécénat se consacrent à la recherche fondamentale, les chaires industrielles à la recherche applicative. Entre ces deux modèles, on trouve une multitude de formules adaptées aux objectifs de leurs partenaires.

Il existe tellement d'usages du mot – usages dopés par la mode – qu'un recadrage s'impose. Ici, pas de chaire professorale, c'est-à-dire le poste d'université tenu par un enseignant. Encore moins de chaire épiscopale, quoique le mot "chaire" vienne de la cathèdre, le siège de l'évêque. Les chaires évoquées dans ce dossier désignent des labos de recherche financés par des entreprises. C'est leur seul point commun. Leur budget (de 10.000 à 5 millions d'euros), leur objectif (marketing, recherche fondamentale, recherche applicative), leur positionnement (industriel ou mécénat), leur montage (mono ou multipartenaires) ou encore leur fonctionnement sont différents. La question est de savoir comment s'en servir et dans quel but.

"Nous souhaitions faire participer les industriels à la recherche et promouvoir les activités de recherche, explique Stéphan Clémençon, responsable de la chaire Machine Learning for Big Data à l'école d'ingénieurs Télécom ParisTech. Le mécanisme de la chaire donne de la visibilité."

Souvent, le but premier d'une entreprise qui investit dans une chaire est d'offrir une plus grande visibilité. "Nous avons une chaire d'étude sur la génération Y, détaille Benoît Meyronin, responsable des chaires Digital Natives et Ingénierie du service à Grenoble École de management, qui a elle-même été montée avec le responsable de la marque employeur de l'entreprise. C'est dire que l'image est importante." Au point qu'on parle parfois de "chaire d'image"... entendez une chaire dont le seul but est la communication.

L'enjeu de l'image va au-delà de la sphère du marketing puisque, pour certaines écoles, il s'agit aussi de séduire les partenaires externes et les services internes. "La chaire nous donne du crédit auprès des financeurs, se félicite Frédéric Dehais, responsable de la chaire Facteurs humains et neuro-ergonomie pour la sécurité aérienne à l'Institut supérieur de l'aéronautique et de l'espace, par exemple auprès de l'ANR (Agence nationale de la recherche) ou dans le cadre d'appels à projets européens. De même, les financements que nous avons décrochés auprès d'AXA – 1 million d'euros sur vingt ans – peuvent convaincre la direction de l'Isae de débloquer d'autres fonds. C'est un outil de crédibilité en interne."

Pour certaines écoles, il s'agit aussi de séduire les partenaires externes et les services internes.

Les objectifs d'une chaire peuvent dépasser la stratégie propre au seul établissement pour viser un objectif national. "Grâce à la chaire, estime Alain Coutrot, directeur adjoint recherche et technologie du groupe Safran, partenaire d'une chaire à Télécom ParisTech, les entreprises françaises s'unissent et atteignent une masse critique pour pouvoir avancer sur un sujet sans avoir à faire appel à des entreprises étrangères." Un objectif patriotique que l'on retrouve dans le programme des chaires industrielles de l'ANR, lancé en 2010 dans le but de "favoriser l'accueil ou la rétention [...] d'enseignants-chercheurs éminents, français (expatriés ou non) ou étrangers". La fameuse guerre des cerveaux s'incarne dans ce programme qui a financé cinq chaires en 2013 (4,5 M€ investis) et trois en 2014 (3 M€ investis) dans des établissements publics.

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