Cabinets de conseil : le jeu en valait-il la chandelle ?

Dossier réalisé par Fabienne Guimont
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Délais serrés de réponse aux appels d’offres, manque de compétences spécifiques en interne, aide d’un tiers pour satisfaire aux attentes d’un jury international… Les services des cabinets de conseil ont été un investissement rentable aux dires des dirigeants universitaires pour gagner Idex, Labex et autres Equipex. Les détracteurs du recours aux consultants dénoncent, eux, des honoraires dispendieux. Points de vue entre pro et anti.

«Gaspillage indécent», «opacité organisée», «détournement, à l’échelle du pays, de plusieurs dizaines de millions d’euros qui auraient dû être dévolus aux missions d’enseignement et de recherche du service public». Le SNESUP, principal syndicat du supérieur, réprouve le recours aux services des cabinets de consultants en avançant des chiffres : «Plus de 150.000 € pour un dossier d’Idex, de 25.000 € pour celui d’un Labex, 50.000 € pour une SATT [société d’accélération du transfert de technologie]». Même son de cloche du think tank Terra Nova, proche du PS, pour lequel les Investissements d’avenir aboutissent à la «mainmise des chasseurs de primes». «Les cabinets de conseil ont capté une part importante de la rente du grand emprunt pour la mise en valeur purement formelle des dossiers de présentation», écrit Olivier Ferrand, son président-fondateur dans une note de juin 2011 .

Conformisme scientifique

Dénoncée également, la rupture d’égalité entre ceux qui ont recours aux cabinets de conseil et les autres, ainsi que le conformisme des propositions soumises. «Ce qui est le plus redoutable, c’est bien qu’à terme, si ce système devait perdurer, ce sont quelques cabinets de conseil qui se partageront le marché, fixant la norme, décidant de la nature de “l’excellence requise”, définissant le bon ton et le conformisme», prévient le fondateur de Sauvons la recherche, Henri Audier, sur son blog .

Retours sur investissements rentabilisés par les lauréats

"Dans les délais impartis, sans cabinet, nous n’aurions pas pu gagner" (Guy-René Perrin)

Les porteurs de projets, en revanche, défendent des retours sur investissements très corrects, surtout une fois leurs projets sélectionnés. Les quelque 205.000 € déboursés par l’Université de Strasbourg auprès d’Ineum et de Dual Conseil ont ainsi été largement rentabilisés, selon Guy-René Perrin, son délégué général aux Investissements d’avenir. «Le retour sur investissement est très bon puisque, en ne comptant que l’Idex, 25 millions par an nous seront versés [750 millions en capital] et plus d’un milliard sur l’ensemble des appels à projets. En tout, cela nous aura coûté 500.000 € sur les dix-huit mois de préparation.» Pour lui, «dans les délais impartis, sans cabinet, nous n’aurions pas pu gagner. Les cabinets sont intervenus six mois avant le dépôt de dossier et ont permis sa formalisation. Sur le fond, cela a permis de mettre nos idées au clair.»

Manuel Tunon de Lara, président du PRES Université de Bordeaux, nuance : « Dans certains projets, les cabinets peuvent nous fournir une aide précieuse sur certaines compétences pointues. En revanche, sur le montage stratégique, la gouvernance des projets, qui touche au cœur de l’université, le DRH et le DGS [directeur général des services, Ndlr] sont plus importants : quand un jury nous demande notre politique de ressources humaines, de gestion prévisionnelle des emplois, c’est avec eux que ça se règle ». 

À l’Université de Lyon (UdL), le recours aux cabinets de consultants pour quelques milliers d’euros au premier tour, pour un Equipex et une SATT, est à comparer aux 400 millions d’euros déjà acquis en janvier. Pour Jean-Michel Jolion, chargé des grands projets à l’UdL, il faut avoir recours aux cabinets de conseil de manière judicieuse : «sur les quelque 80 projets montés, nous n’aurions jamais pu nous payer un cabinet à chaque fois. L’université n’a pas forcément 500.000 € pour soutenir tous les projets».

Adhésion en interne à trouver

«Pour nous, la question était d’être compris et par le jury et par notre communauté. Les Idex qui ont gagné sont celles qui ont reçu un très fort soutien de leur communauté en interne. L’adhésion en interne est plus importante que le fait d’avoir eu recours à un cabinet ou pas», estime Jean-Charles Pomerol, ancien président de l’UPMC. Sorbonne Universités n'avait pas fait appel aux cabinets de conseil au premier tour mais au second.

Entre porteurs des dossiers et enseignants-chercheurs, l’enjeu sera désormais, après la bataille, de mettre en musique les projets. Avec ou sans consultants ? Certains des cabinets attendent avec impatience que les dotations soient versées aux lauréats pour recevoir leur bonus. Une somme forfaitaire qui peut représenter jusqu’au tiers des contrats conclus en cas de sélection.


Dossier réalisé par Fabienne Guimont
Février 2012


Dossier réalisé par Fabienne Guimont | Publié le