L’après-Idex, une bonne affaire pour les cabinets de conseil ?

Dossier réalisé par Fabienne Guimont
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La mise en œuvre des projets d’Investissements d’avenir se fera-t-elle avec ou sans les cabinets de conseil ? Eux sont dans les starting-blocks. Dans les universités, on élabore les scénarios qui leur font une place plus ou moins importante.

Le 20 décembre 2011, l’avis publié par l’Université de Bordeaux au span style="FONT-STYLE: italic">Bulletin officiel des annonces des marchés publics a ouvert le bal de l’après-grand emprunt auprès des cabinets de consultants. Lauréate de l’Idex au premier tour des Investissements d’avenir, elle veut conclure un accord-cadre avec un pool de deux ou trois cabinets de consultants auxquels elle pourra recourir sans passer par des appels d’offres. «Étant donné le grand nombre de projets sur le site, on peut en effet devoir faire appel ponctuellement à telle ou telle compétence – juridique, expertise, audit… – au fil de la mise en œuvre et de l’évaluation [du programme Investissements d’avenir]», précise Manuel Tunon de Lara , président du PRES Université de Bordeaux.

Évoquant le recours marginal aux cabinets de consultants dans la phase de sélection des Idex, le président du PRES bordelais prépare d’ores et déjà une mise en œuvre opérationnelle de son Initiative d’excellence avec les consultants. Même s’il s'en défend : «Notre priorité est de savoir comment articuler les projets à l’intérieur des établissements sans externaliser de compétences.»

L’équilibre à trouver entre consultants et recrutements

Un scénario scruté de près par les autres universités. «La question est en train de se poser : faut-il faire appel aux cabinets de conseil sur les Idex pour les grands changements organisationnels ? L’avantage, c’est qu’ils ne sont pas juge et partie par rapport aux personnels concernés, mais, comme c’est un processus long, ne faudrait-il pas embaucher des personnes en interne ? Les consultants pourraient venir en appoint. On pourrait aussi former en interne des cadres, des personnels administratifs à la conduite du changement», réfléchit Marie-France Barthet, directrice exécutive du PRES Université de Toulouse, lauréate de l’Idex au second tour. «L’argent prévu pour la gouvernance des projets permettra d’embaucher. En revanche, en cas de mutualisation des services, comme les budgets sont contraints, les cabinets pourraient intervenir, de façon ponctuelle, sur la conduite du changement ou encore l’analyse des risques», poursuit-elle.

Pour d’autres, en revanche, les cabinets de conseil ne se justifient pas pour la mise en œuvre des Idex, contrairement à la phase opérationnelle du Plan campus. Pour Guy-René Perrin, délégué général des Investissements d’avenir à l’Université de Strasbourg, les dirigeants de l’université ne doivent pas déléguer la stratégie des projets aux consultants. «Nous n’avons pour l’instant pas de nouveaux marchés avec les cabinets. J’ai de temps en temps des coups de fil de grands cabinets, mais pas de pression énorme. Contrairement aux collectivités locales qui font beaucoup appel aux cabinets de conseil, les universités n’ont pas beaucoup d’argent et réfléchissent avant d’investir. Je ne crois pas que ce marché puisse prendre de l’ampleur», avance-t-il.

Les cabinets de conseil veulent capitaliser sur le marché des universités 

«L’enseignement supérieur et la recherche sont un terrain de jeu très large d’après ce qu’on observe à l’étranger» (Loïc Jouenne)

Du côté des cabinets de conseil, grands et petits, les espoirs sont tout autres et chacun se positionne sur l’après-grand emprunt. Deloitte compte doubler le nombre de ses consultants dans l’enseignement supérieur et la recherche d’ici à trois ans. Le cabinet Sopra Consulting table sur une croissance de 15% à 20% de son chiffre d’affaires sur les universités dans les deux ans. «C’est un marché récent, avec une croissance assez forte mais pas non plus au niveau des télécoms dans les années 1990. Ce n’est pas un marché de prestations à la durée mais un marché de la valeur ajoutée : les consultants doivent apporter chaque jour leur valeur ajoutée », analyse Laurent Toussaint, directeur associé chez Sopra Consulting.

«L’appel aux consultants par les universités va monter, même s’il ne faut pas tomber dans le travers des collectivités locales qui ont énormément fait appel aux cabinets et qui ne savent rien faire elles-mêmes dix ans plus tard, projette Maxime Legrand, président-fondateur de Project Education. Nous plaidons pour la formation des managers dans les universités qui manquent de chefs de projet avec des compétences financières, juridiques et capables de discuter avec des scientifiques.» En 2011, le marché des universités a représenté 40% de son chiffre d’affaires sur la partie consulting.

«Une fois que les dotations seront versées aux Idex, il faudra les distribuer en interne et mettre en œuvre la promesse d’Idex qui est sur le papier. On peut à ce moment-là apporter notre savoir-faire, prévoit Loïc Jouenne, associé secteur public de Deloitte. D’autres sujets peuvent également émerger, comme la qualité de vie sur les campus, les parcours professionnels des étudiants, l’attractivité envers les enseignants-chercheurs. L’enseignement supérieur et la recherche sont un terrain de jeu très large d’après ce qu’on observe à l’étranger.»

Plan campus avec la mise en place des PPP, regroupements d’établissements, stratégie numérique, autonomie de gestion des universités… Autant de perspectives de nouveaux contrats pour les cabinets de conseil. Le terrain de jeu semble encore accueillir des prolongations.



Universités : d’autres marchés en vue
Schémas immobiliers, schémas numériques ou appels à projets sur l’égalité des chances et l’alternance gérés par la Caisse des dépôts et consignations… les consultants trouvent des terrains où se déployer. L’Agence nationale de la recherche (ANR) et le Commissariat général à l’investissement (CGI) ont également lancé un nouvel appel d’offres pour accélérer la contractualisation avec les établissements lauréats des Investissements d’avenir.

De nouveaux marchés en vue pour les cabinets, qui sont notamment sollicités par l’AMUE. L’Agence de mutualisation des universités et des établissements a, de son côté, passé, en octobre 2011, un accord-cadre présélectionnant une demi-douzaine de cabinets de conseil qui pourront intervenir auprès des universités souhaitant réaliser un audit organisationnel. Des cabinets qu’elle va par ailleurs solliciter en interne pour son nouveau plan stratégique.

Laurent Wauquiez, ministre de l’Enseignement supérieur, a annoncé qu’il soutiendrait le refinancement de celui-ci à hauteur de 20 à 30 millions d’euros. «D’ici à quelques semaines, nous devrions boucler sa recapitalisation avec la Caisse des dépôts. Cette mutualisation de certains outils [systèmes d'information notamment] et services [contrôle de gestion, achats...] est un levier d'aide aux universités», indiquait le ministre le 22 janvier 2011 à latribune.fr . De bons augures pour les cabinets qui se sont placés sur le créneau de l’enseignement supérieur et de la recherche.


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