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Loi Travail. 2006 VS 2016 : le vrai-faux de l'insertion professionnelle des jeunes

Erwin Canard
Publié le
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Le taux d'occupation d'emplois temporaires des jeunes diplômés du supérieur depuis moins de quatre ans est passé de 22% à 26% en dix ans. // ©  Nicolas Tavernier / R.E.A
Taux de chômage, déclassement, salaires, niveau de qualification... EducPros a comparé la situation professionnelle des jeunes diplômés ou non entre 2006 et 2016. Résultat : l'insertion professionnelle de la jeunesse d'aujourd'hui, qui se mobilise à nouveau le 31 mars contre le projet de loi El Khomri, apparaît plus difficile que celle qui est descendue dans la rue contre le CPE.

Une nouvelle journée de manifestations, le 31 mars, se profile contre le projet de loi de la ministre du Travail, Myriam El Khomri. La jeunesse, lycéens et étudiants essentiellement, s'y oppose depuis plusieurs semaines. Outre leur présence massive dans les cortèges, ils ont également bloqué quelques campus universitaires et lycées.

Une situation qui n'est pas sans rappeler celle de mars-avril 2006, lorsque la jeunesse s'était liguée contre le projet de loi du CPE (Contrat première embauche), poussée en partie par un contexte socio-économique difficile.

Alors, la situation des jeunes d'aujourd'hui est-elle similaire à celle des jeunes de 2006 ? Pour le savoir, EducPros a comparé, entre 2005 et 2015, cinq critères qui, évidemment, n'ont pas vocation à viser l'exhaustivité.

#1 Chômage. Les jeunes sont plus touchés qu'il y a dix ans

VRAI. En 2005, le taux de chômage des 15-24 ans était de 21%. En 2015, il avoisine les 25%. À titre de comparaison, tous âges confondus, le taux de chômage est passé de 8,5% en 2005 à 10% en 2015.

Le taux chômage des jeunes a donc grimpé de quatre points en dix ans, alors qu'il n'a augmenté "que" de 1,5 point pour l'ensemble de la population active. Surtout, il est beaucoup plus élevé pour les jeunes que pour l'ensemble de la population.

#2 Diplôme. Le chômage a augmenté pour tous les jeunes, quel que soit leur niveau de diplôme

VRAI, mais... Le taux de chômage est effectivement plus élevé pour tous les jeunes sortis de formation initiale depuis un à quatre ans en 2014 que pour ceux qui étaient dans le même cas en 2005. Toutefois, le taux de chômage des diplômés du supérieur a connu une augmentation relativement faible par rapport à celui des diplômés du secondaire ou des non diplômés. Autrement dit, le diplôme protège du chômage. D'ailleurs, neuf titulaires de master sur 10 ont un emploi 30 mois après l'obtention de leur diplôme, selon les derniers chiffres ministériels.

En effet, le taux de chômage pour les diplômés de l'enseignement supérieur sortis de formation initiale depuis un à quatre ans est passé de 9,5% en 2005 à 11,5% en 2014. Dans le même temps, celui des diplômés du bac, d'un CAP, BEP ou équivalent depuis un à quatre ans est passé de 17,8% à 24,1% quand celui des diplômés du brevet ou des non diplômés a, lui, augmenté d'environ 15 points, passant de 38,2% à 53%.

#3 CDD/CDI. Les emplois sont de plus en plus précaires, quel que soit le diplôme

VRAI. Le taux d'occupation d'emplois temporaires (CDD, intérim...) a augmenté entre 2006 et 2012, que ce soit chez les diplômés du supérieur, du secondaire ou du brevet. L'augmentation s'avère toutefois plus forte chez les diplômés du supérieur. En effet, le taux d'occupation d'emplois temporaires chez ceux ayant obtenu leur diplôme depuis moins de quatre ans est passé de 22% à 26%. Il n'a augmenté que de 2 points chez les diplômés du secondaire et de 0,5 point chez les diplômés du brevet ou non diplômés, qui restent néanmoins bien plus touchés par la précarité que les diplômés du supérieur (respectivement de 38 et 46%).

À noter qu'en 2014, sur l'ensemble des jeunes salariés, seuls 46% étaient en CDI alors que ceux âgés de 25 ans et plus étaient en CDI à plus de 80%.

#4 Déclassement. L'emploi des jeunes correspond toujours à leur niveau de diplôme

De moins en moins VRAI... Globalement, quatre diplômés du supérieur long sur cinq occupent un emploi de cadre ou de profession intermédiaire un à quatre ans après l'obtention de leurs diplômes, alors que cela est le cas pour un diplômé du supérieur court sur deux et un bachelier sur cinq seulement.

En 2004, 84% des diplômés du supérieur long occupaient un poste de cadre ou profession intermédiaire, contre 58% des diplômés du supérieur court et 23% des bacheliers.

Pour chaque niveau de diplôme, la part de cadres ou de professions intermédiaires est plus faible que pour ceux qui sont diplômés depuis 11 ans ou plus. Autrement dit, à niveau de formation équivalent, les générations plus anciennes occupent des emplois plus qualifiés. Une différence qui s'explique en partie par l'évolution des carrières, lorsque l'on "grimpe les échelons".

#5 Salaires. Les jeunes d'aujourd'hui gagnent moins qu'il y a dix ans 

FAUX, mais... Le salaire médian net des jeunes âgés de 15-29 ans en 2014 a augmenté par rapport à celui des jeunes du même âge en 2004. Cela concerne tous les diplômés, quel que soit leur niveau, du brevet jusqu'au supérieur, même si ces derniers ont de meilleurs salaires que tous les autres.

Toutefois, le salaire des jeunes diplômés de l'enseignement supérieur, qui progressait depuis le début des années 2000, a baissé à partir de 2010. Entre 2004 et 2014, l'augmentation globale s'est donc faite particulièrement entre 2004 et 2009.

En outre, le taux de pauvreté a davantage augmenté chez les jeunes que dans le reste de la population. Le taux de jeunes de 18 à 29 ans vivant sous le seuil de 50% du niveau de vie médian est passé de 10,1% en 2006 à 13% en 2012. Dans l'ensemble de la population, ce taux a augmenté de 1,1 point "seulement", en passant de 7% à 8,1%.

Salaires
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(Source infographie : INSEE)

Seul l'indicateur du niveau de salaire semble plus favorable aux jeunes de 2016 qu'aux jeunes de 2006 (en gardant en tête qu'il s'agit du salaire "médian", qui diffère du salaire moyen). De plus, ce niveau de salaire a, depuis 2010, commencé à diminuer.

Que ce soit au niveau du taux de chômage ou du taux d'emplois précaires, les chiffres ont grimpé depuis 2006. Une situation qui n'est sans doute pas étrangère à la mobilisation actuelle.

(Source des données utilisées, sauf mention contraire : INSEE)


Erwin Canard | Publié le

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Catherine.

Non, les culs de sac, c'est fini, ou presque, depuis que les cursus de sciences humaines ont changé leur fusil d'épaule et joué le jeu de la professionnalisation, comme l'université en général d'ailleurs. A preuve les derniers chiffres du ministère sur l'insertion professionnelle des diplômés (2014-2015) : "Dès 18 mois après l’obtention de leur diplôme, le taux d’insertion des diplômés de l’université est déjà élevé. Il atteint 85 % pour les diplômés de masters, 89 % pour les licences professionnelles et 82 % pour les D.U.T. ; Il existe encore des disparités entre disciplines : 91 % de taux d’insertion pour les diplômés de Master Droit-Économie-Gestion à 30 mois, 90 % pour les masters en Sciences-Technologies-Santé, 86 % pour les Masters en Sciences Humaines et Sociales et 86 % pour les masters en Lettres-Langues-Arts ; Les emplois occupés sont à plus de 90 % des emplois à temps plein à 30 mois. Ils sont d'un bon niveau : 85 % de cadres et professions intermédiaires pour les Masters, 68 % pour les Licences pro, 58% pour les D.U.T.." Il semble bien que l'université a mieux réussi à s'adapter à la société moderne que l'école...

Roger.

Instructif dès lors que l'on prend le temps d'analyser les chiffres. Je note en particulier que le salaire médian des CAP-BEP est maintenant supérieur à celui des Bac. C'eut été utile d'avoir pour les bac la distinction Bac Pro et Bac généraux. D'une manière générale ces chiffres bien utiles demandent à être affinés : qu'en est il des différentes filières du supérieur (le grand écart entre les filières ingénieurs et celles de sciences humaines, je pense; mais j'aimerai que cela soit quantifié: cela permettrai de savoir comment le salaire avec un CAP se positionne par rapport à certains cul de sac du supérieur long).