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Les universités d'été, la nouvelle vitrine des campus français

Morgane Taquet
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Conférence inaugurale de l'université d'été 2015 de Sorbonne Universités
Conférence inaugurale de l'université d'été 2015 de Sorbonne Universités // ©  Olivier Jacquet / Université Paris-Sorbonne

Très répandues dans le monde anglo-saxon, les summer schools s'implantent peu à peu dans les universités et grandes écoles françaises. Un nouvel outil de communication pour attirer des étudiants étrangers, des doctorants, entretenir son image de marque ou participer aux débats de société.

À chaque parti politique son université d'été et la vitrine médiatique qui va avec. Si l'événement estival est un passage obligé dans la sphère politique, il est moins fréquent dans le monde universitaire. Très pratiquées aux États-Unis, en Europe du Nord ou en Grande-Bretagne, ces initiatives sont moins répandues en France. Jusqu'en 2011, elles étaient pourtant financées via un label du ministère "Campus d'été", mais le programme a depuis été arrêté.

Alors que le site Summer School in Europe en recense environ 70 en France, l'université d'été à la française semble recouvrir plusieurs réalités. "Il peut s'agir de cycles de formation sur plusieurs semaines ou encore de colloques courts, explique Jacques Comby, vice-président de la commission des relations internationales à la CPU. C'est extrêmement variable : l'université d'été a des fonctions diverses en fonction des établissements."

Attirer les futurs étudiants étrangers

Premier attrait : attirer des étudiants étrangers. C'est la stratégie des Mines d'Albi : cette école d'ingénieurs de taille moyenne vise l'internationalisation de son corps étudiant. "Sur les 78 étudiants étrangers participant à la summer school en 2015, en majorité des Brésiliens et des Asiatiques, un seul est venu uniquement pour le cycle estival, les autres intègrent dans la foulée l'école d'Albi ou celle d'Alès à la rentrée 2015", explique Radu Barna, directeur des relations internationales.

Au programme pédagogique des deux mois : une vingtaine d'heures de français chaque semaine mais aussi des cours d'acquisition du vocabulaire technique et de méthodologie. Les heures restantes sont consacrées à la découverte de la ville. "Sans rentrer dans le cœur du cursus ingénieur, l'école entend fournir tous les outils pour bien débuter l'année scolaire en France", explique Radu Barna.

Même stratégie à l'Upec, qui reçoit chaque année 10% d'étudiants étrangers dans ses cursus. L'université a accueilli, début juillet, 37 étudiants étrangers dans une summer school qui intègre logement et activités. Organiser une université d'été est "une demande de nos partenaires internationaux notamment asiatiques et américains, avance Claire Sotinel, vice-présidente des relations internationales. Leurs étudiants, qui ne parlent pas français, ont parfois des réticences à partir loin et longtemps, d'autant plus qu'ils ne veulent pas forcément perdre le bénéfice de leur université d'origine, qu'ils payent parfois très cher..." Avantage pour l'Upec : la summer school peut attirer de bons étudiants "sélectionnés sur la motivation".

Une fois sur place, "nous leur proposons des cours qui présentent des formations de haut niveau, sur des axes scientifiques forts qui leur donnent envie de revenir", explique Claire Sotinel. Sur les 37 étudiants accueillis début juillet, trois ont ainsi décidé de revenir en 2016 à l'Upec. Deux d'entre eux n'en avaient pas l'intention au départ, assure-t-on à l'Upec.

créer un réseau De recherche

Plus spécialisée, plus restreinte, la summer school peut aussi être l'occasion de réunir et de développer un réseau d'étudiants et de chercheurs autour d'une thématique. À l'image de la summer school de l'IEHCA (Institut européen d'histoire et des cultures de l'alimentation ), qui accompagne le développement scientifique de l'université de Tours. Pour sa 13e édition, le cycle d'une semaine consacré au Food Studies attirera, fin août, environ 25 étudiants dont la majorité sont étrangers. Priorité est donnée aux thésards et post-doc choisis par un comité d'experts dès le début de l'année.

L'accent est mis sur la qualité et non sur la quantité d'étudiants accueillis. "Sélectionner seulement 10 étudiants ne serait pas un problème", explique Olivier Rollin, responsable du développement. "Nous accueillons aussi bien un thésard qui dégrossit son sujet de thèse que des gens plus aguerris. Notre objectif est de travailler avec des profils disciplinaires différents autour d'une thématique, et de voir si la mayonnaise prend", assure-t-il. Au-delà de l'interaction créée, la summer school permet de “créer du réseau par la recherche, et donc provoquer d'éventuels partenariats pédagogiques", analyse-t-il.

Tout le monde va en colloque, aller à une université d'été c'est plus prestigieux.
(A. Mougniotte)

renforcer sa marque

De 17 à 80 ans ! Si l'université d'été de Sorbonne Universités accueille une part non négligeable d'étudiants étrangers, elle attire tous les types de profils et tous les âges. Car pour le regroupement parisien, c'est avant tout un moyen d'entretenir sa marque. Lancé il y a cinq ans à Paris 4, l'événement est désormais porté par la Comue. "L'université d'été permet de promouvoir notre établissement en misant sur la bonne image de la Sorbonne", raconte Sandrine La Néelle, responsable du service de la formation continue.

Au cœur de la summer school tous les mois de juillet, la diffusion de la culture française à travers 11 cycles, assurés par une cinquantaine de professeurs, consacrés à l'Europe des Lumières, les femmes françaises ou encore à la Ville de Paris. Atout non négligeable : l'inscription à un cycle donne droit à une visite guidée des bâtiments historiques de la Sorbonne. Chaque année, "les cycles qui font recette sont maintenus et des nouveaux sont introduits en fonction de l'actualité mais aussi des évaluations des participants", détaille Sandrine La Néelle. Une stratégie de fidélisation qui fait ses preuves : en cinq ans, l'événement est passé de 70 à plus de 200 participants. "Nous avons même un chercheur de Berkeley qui revient tous les ans", se félicite Sandrine La Néelle.

Une manière de faire à la fois rayonner notre école et avancer la science.
(D. Peyron)

Participer au débat public

Autre exemple à l'ESC La Rochelle, qui organise avec l'EIGSI, l'E5T (Énergie, efficacité énergétique, économie d’énergie et territoires), une université d'été cycle de deux jours qui mise sur la thématique de l'environnement et du développement durable. Pourquoi ce thème ? "C'est un des axes sur lesquels nous développons un domaine d'expertise depuis une quinzaine d'années. Avec cet événement, nous cherchons à créer de la valeur et à participer au débat public en invitant les politiques et les médias locaux, souligne Daniel Peyron, directeur de l'école de management. C'est une manière de faire à la fois rayonner notre école et avancer la science."

De la même manière, l'Espé de Lyon a proposé cette année pour la première fois une université d'été sur la transmission des valeurs de la République. Ouvertes à tous, les deux journées de conférences ont réuni environ 400 participants. Alain Mougniotte, directeur de l'Espé, tient à cette dénomination d'université d'été : "Tout le monde va en colloque, aller à une université d'été c'est plus prestigieux." Alors, effet de mode ? Pour Jacques Comby, cela va plus loin : "Plutôt qu'une mode, je parlerais d'une prise de conscience de l'intérêt de l'outil." Fini, les vacances dans les universités...

Summer school : un coût plus qu'un gain
Il existe une multitude d'universités d'été et les coûts des cycles sont aussi très variables. De quelques centaines d'euros pour un cycle d'une semaine à l'université à plusieurs milliers d'euros dans une business school, difficile de considérer la summer school et les quelques centaines d'étudiants par an comme une manne financière.

Pour l'Inseec, qui propose, en France et à l'étranger, des summer schools allant de 2.000 à 3.500 euros, ces dernières ne représentent pas un gain financier considérable, assure Olivier Guillet, directeur du développement international. "Les prix pratiqués sont assez modestes, nous considérons les summer schools comme une corde supplémentaire de notre politique internationale. C'est avant tout une vitrine et un gage de visibilité de notre groupe à l'étranger."

Les cours, dispensés par des professeurs volontaires, sont prévus dans leur charge d'enseignement, mais le plus souvent payés en heures complémentaires. Un coût qui peut expliquer que certains établissements privilégient des summer schools très courtes sur une ou deux journées.

Morgane Taquet | Publié le

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