Des parrains pour les bacs pro de l'université Lyon 2

Isabelle Dautresme
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Le campus Porte Alpes de l'université Lyon 2 - Tous droits réservés Serge Tanet - Université Lumière Lyon 2
Le campus Porte Alpes de l'université Lyon 2 - Tous droits réservés Serge Tanet - Université Lumière Lyon 2
Les bacheliers professionnels sont de plus en plus nombreux à franchir les portes de l’université alors que leurs chances d’y réussir sont très faibles : moins de 5% décrochent une licence en trois ou quatre ans. Face à la chronique d’un échec annoncé, certains établissements réfléchissent à des dispositifs permettant d'accompagner ces étudiants tenus éloignés des enseignements conceptuels. Zoom sur deux bonnes pratiques.

Les bacheliers professionnels ne sont pas, a priori, censés poursuivre des études supérieures. Il n’empêche, ils sont de plus en plus nombreux à le faire. Prioritairement en STS mais aussi, faute de places, à l’université, alors même que leurs chances d’y réussir sont extrêmement minces. En 2008, seulement 5% d’entre eux franchissaient les portes de l’université, ils sont 8% en 2013. Pour accompagner ces jeunes, l’université Lyon 2 expérimente depuis la rentrée 2012 le parrainage entre pairs.

La crainte d'être stigmatisé

Entre janvier et décembre, chaque semaine pendant deux heures, Manon, un bac pro métiers de la mode et du vêtement en poche, a retrouvé Colombine, sa marraine, en M1 de pyschologie. Au programme : méthodologie, explication de concepts, révision des partiels…

Colombine fait partie des 55 bacheliers pro sur les 246 qu’a accueillis l’université à la rentrée 2013 qui ont demandé à être encadrés. “Pour s’inscrire, il faut avoir conscience de ses difficultés et vouloir les surmonter, souligne Catherine Lopez, en charge du parrainage au SCUIO (service commun universitaire d'information et d'orientation) de l’université lyonnaise. Or, certains pensent ne pas en avoir besoin, ou n’ont tout simplement pas envie d’être stigmatisés. Ils craignent d’être considérés comme des ‘sous-étudiants’, sous prétexte qu’ils ne sont pas titulaires d’un bac général. D’autres, enfin, s’inscrivent à l’université pour une question de statut. Pour ceux-là, la L1 est une année de transition, ils ne se projettent pas dans un cursus universitaire, il n’y a donc aucune raison qu’ils se fassent accompagner.”

Le dispositif, qui entame sa deuxième année d’existence en 2013-2014, se déroule, pour l’essentiel, au premier semestre. Au deuxième semestre, pour des raisons budgétaires, le parrainage se limite à deux heures... au total . “Mais si j’ai un problème, une question à poser ou une précision à demander, je contacte ma marraine par mail ou par texto, et elle me répond toujours”, glisse Manon.

Certains bacs pro craignent d’être considérés comme des ‘sous-étudiants’, sous prétexte qu’ils ne sont pas titulaires d’un bac général (C. Lopez)

Donner confiance

L’objectif du dispositif ? “Fournir aux bacheliers pro qui ont reçu jusqu'à présent un enseignement très peu conceptuel, les outils pour leur permettre de trouver leurs repères à l’université, explique Catherine Lopez. Les parrains, rémunérés à hauteur de 9,56 € bruts de l'heure, sont recrutés parmi les étudiants de L3 ou de master de la même filière, en passant un petit entretien. “On essaie, dans la mesure du possible, de constituer des binômes dont on pense qu’ils vont bien s’entendre”, précise la jeune chef de projet. C’est d’autant plus important que le parrainage ne se limite pas à un accompagnement purement scolaire. “Les parrains soutiennent le moral des étudiants, ils leur donnent confiance et les motivent”, constate Catherine Lopez. Manon en témoigne : “Sans Colombine, il me semble que j’aurais renoncé très vite. Je pensais ne jamais y arriver. Elle m’a donné confiance et m’a mis le pied à l’étrier.”

Au final, en 2012-2013, sur les 66 étudiants parrainés, 8 sont passés en L2, soit un taux de réussite de 12%, contre 6% pour l'ensemble des bacheliers professionnels de l'université. D’autres redoublent ou se réorientent vers une autre filière, si bien qu'au total ils sont 44% à avoir poursuivi leurs études à l’université l'année suivante. “Des résultats somme toute, parfaitement honorables”, commente Katia Zakharia, directrice du SCUIO.

Idéalement, il faudrait pouvoir étendre le dispositif à tous les étudiants de L1, y compris aux bacheliers généraux (Victoria, L3)

Un parrainage pérenne ?

Quant à savoir si l’opération sera reconduite à la rentrée 2014, la question reste entière. Le dispositif – d’un budget de 20.000 € qui correspond à la rémunération des parrains et au poste de chef de projet –  est  financé par la Région Rhône-Alpes. Or, celle-ci n’a toujours pas rendu son arbitrage.

“Mais nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour maintenir un dispositif à destination de ce public”, affirme Katia Zakharia. Et à ceux qui pointent le coût d’une telle opération au regard du nombre d’étudiants concernés, la directrice du SCUIO de rétorquer : “Nous devons absolument éviter que nos étudiants ne se perdent à l’université, y compris les bacheliers professionnels.” Un avis largement partagé. “Idéalement, il faudrait pouvoir étendre le dispositif à tous les étudiants de L1, y compris aux bacheliers généraux”, lâche Victoria en L3 de droit et deux fois marraine. Un moyen de réduire le taux d’échec en licence ?

En savoir plus
Au niveau national, 8,3% des bacheliers pro ont été orientés en L1, 4,6% ont décroché leur licence en trois ou quatre ans, contre 39,5% pour l’ensemble des étudiants. (Source : MENR)

Isabelle Dautresme | Publié le

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