Les universités numériques thématiques seront-elles sauvées par la grippe A ?

Fabienne Guimont
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Les universités numériques thématiques seront-elles sauvées par la grippe A ?
Les universités numériques thématiques (UNT) seront-elles sauvées par la grippe A ? Valérie Pécresse les a brandies à la dernière rentrée comme « l'arme » des universités si la pandémie les obligeait à fermer. Un joli coup de pub ! Mais cela suffira-t-il à résoudre toutes leurs pesanteurs ? Tour d'horizon des enjeux et des défis à relever alors que lesalon Educatec/Educatice ouvre ses portes du 18 au 20 novembre 2009 à Paris.

La consigne vient pour une fois d'en haut. Pendant un an, toutes les universités numériques thématiques (UNT) doivent mettre en ligne en accès libre auprès de tous les étudiants leurs ressources pédagogiques. Conséquence : les universités ont adhéré plus massivement aux UNT, les auteurs de ressources ont davantage mutualisé leurs ressources gardées jalousement dans les universités, les enseignants ont ouvert des comptes pour déposer des cours dans les universités... Des signes tangibles d'une révolution vers la pédagogie numérique. Mais qui ne lèvent pas toutes les contradictions qui traversent les UNT depuis leur démarrage.

La grippe A arrive dix ans après le lancement des campus virtuels

Car ce coup d'éclairage arrive à un moment charnière de l'histoire des UNT. Alors que les premiers campus numériques ont été lancés il y a une dizaine d'années, la survie des sept UNT soutenues par le ministèreUNJF , UNF3S , UNIT , Unisciel , UOH , Aunege et UVED – dépend toujours pour la plupart de ses subventions, remise en jeu chaque année. Leur modèle économique repose aussi sur les cotisations plus ou moins élevées des établissements adhérents. La moins « gourmande » des UNT réclame 2.000 € et la plus onéreuse 25.000 € au maximum, calculés pour un nombre plafond d'étudiants.

Des ressources sous-utilisées

« Le problème des UNT aujourd'hui, c'est qu'elles ne sont pas viables en l'état. Les usages ne sont pas suffisamment importants pour que les établissements soient prêts à payer davantage », analyse Françoise Galland, responsable de la nouvelle Université numérique de pharmacie et chef de projet UNR (université numérique en région) pays de la Loire. Manque de communication autour des ressources dans les universités, réticences des enseignants à prescrire aux étudiants des ressources conçues par leurs collègues, mauvaise accessibilité aux ressources, ENT mis en place tardivement...

Les causes de la sous-utilisation des UNT sont partagées par beaucoup, même si aucune enquête générale sur les usages n'a encore été rendue publique. « Les UNT ont une politique d'offre et non une politique fondée sur les usages », déplore Michel Armatte, fondateur de Aunege (UNT en gestion et économie). L'UNIT (UNT en ingénierie et technologie), qui a réalisé sa propre étude en 2009 auprès de ses adhérents, estime : « Il n'est pas sûr qu'un étudiant sur dix connaisse l'UNIT, mais dans les universités et grandes écoles partenaires, on estime que la proportion est de un sur deux. »

Une masse critique de ressources numériques est aussi une condition nécessaire pour faire décoller la fréquentation des UNT. Les succès d'audience sont par exemple la base d'exercices bien fournie d'Unisciel, les tests pour les ECN ou les cours d'anglais médical sur l'UMVF... « Les usages ne sont pas à la hauteur des ressources. Les UNT resteront sous-utilisées jusqu'à ce que les ressources soient produites collégialement par les enseignants. En santé, les collèges disciplinaires nous permettent de travailler plus facilement ensemble », constate Françoise Galland.

UNT cherche modèle de développement

Côté ministériel, le discours en la matière ne donne pas de solutions très tranchées. Le sous-directeur de la SDTICE, Jean-Yves Capul, expliquait au printemps 2009 que les UNT devaient acquérir « leur autonomie financière », même si le ministère se défend de ne plus vouloir les soutenir. « Il y a une double injonction du ministère : faites gratuit et concevez un modèle économique qui soit autosuffisant », rapporte Michel Armatte, fondateur d'Aunege. « Aujourd'hui, certains présidents sont sommés par le ministère de faire de l'enseignement à distance », appuie-t-il. De fait, à côté de la formation initiale pour laquelle elles ont été créées, plusieurs UNT se tournent vers la formation continue payante. L'UNIT, transformée en fondation partenariale, espère capter les subsides des entreprises en leur proposant des formations sur mesure à partir de début 2010. Les formations payantes de l'UNJF dispensées à quelque 500 « apprenants » lui permettent en partie d'avoir trouvé un équilibre. L'UVED permet aussi à ses adhérents de vendre ses ressources à condition de lui reverser un pourcentage du prix des formations. Des formations professionnelles que toutes les thématiques ne peuvent décliner.

« Les UNT sont dans l'œil du cyclone : ou elles vont être fédérées, mais le ministère doit créer une agence, ou un seul modèle statutaire est proposé, mais le ministère doit nous dire lequel », estime Michel Armatte. Les statuts des UNT sont effectivement multiples : association de droit privé, groupement d'intérêt public (GIP), fondation... Une multiplication qui vire à la confusion avec la tentation de rationaliser l'offre autour de grands domaines disciplinaires pour éviter les recouvrements entre UNT.

Les dernières disciplines non encore couvertes n'ont eu d'autres choix que d'intégrer des UNT existantes. De quoi raviver le clivage entre les pionnières (médecine, droit, sciences de l'ingénieur), plus richement dotées au démarrage, et les nouvelles venues (pharmacie, odontologie...).

Donner plus ou donner moins ?

« Les UNT se sont développées lentement en France, mais les budgets étaient aussi très faibles », considère Jean-Charles Pomerol, le nouveau président de l'UNF3S (UNT médecine). « L'enjeu de l'UNF3S est d'augmenter ses ressources. Nous avons reçu la plus grosse subvention avec 600.000 € pour intégrer la pharmacie, l'odontologie et le sport, et le ministère des Affaires étrangères va nous verser 3 millions d'euros sur quatre ans pour le programme de diplômes à distance mère-enfant. Nos défis sont d'offrir davantage de contenus aux pays du Sud, notamment aux médecins et infirmiers, et de dispenser de l'éducation thérapeutique à destination des malades en longue durée », poursuit-il. Pour sa part, Françoise Galland estime qu'« on aurait pu faire plus avec moins d'argent. Mais cette étape était obligatoire car on ne fait pas travailler des gens ensemble du jour au lendemain. »

Une étape que les UNT doivent aujourd'hui dépasser en trouvant leur place dans un paysage numérique de plus en plus touffu avec le développement des plates-formes pédagogiques sur les ENT (environnement numérique de travail) des établissements ou l'importance accrue accordée aux UNR (universités numériques en région) pour fédérer des canaux de diffusion auprès de communautés d'étudiants. Pour Bernard Michon, « c'est au niveau de l'ENT que doit se faire l'offre de formation. Les UNT doivent produire et les ENT diffuser pour que les universités restent en première ligne. On aura ainsi beaucoup de succès car on aura beaucoup de ressources. » Yann Tanguy, fondateur de l'université numérique juridique, estime pour sa part que « l'UNJF est un éditeur de ressources numériques ». Un débat qui reste en suspens à un moment où plusieurs têtes devraient ou sont en train de changer tant au niveau ministériel qu'à la direction des UNT (UNF3S, Aunege, UNJF). Les nouveaux et anciens pilotes devront dire dans quel avion et vers quelle destination elles embarquent les UNT.

Toutes les UNT en fiches

Voir notre dossier complémentaire : Les universités numériques thématiques en fiches


Fabienne Guimont | Publié le