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Quels sont les obstacles à un voyage scolaire ?

Anne Mascret
Publié le
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L’organisation d’un voyage scolaire relève encore du parcours du combattant. Selon une étude du SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale), il y aurait entre 0 et 6 voyages organisés par année et par établissement, selon la taille de ce dernier. « On est donc loin d’un phénomène galopant préjudiciable aux apprentissages », note Bernard Vieilledent, membre de la cellule juridique du SNPDEN. En réalité, tout dépend de la bonne volonté des enseignants et de leur esprit d’initiative. Ce sont en effet eux les chefs de projet, sachant qu’ils n’ont pas du tout été formés pour cela.

Les IUFM (instituts universitaires de formation des maîtres) font l'impasse sur l'intérêt pédagogique des activités périscolaires, simplement pour des raisons de surcharge des programmes. « De plus, les vieux routiers du voyage scolaire partent progressivement à la retraite. Ce n’est pas facile pour les néophytes de se lancer, notamment à cause du durcissement de la législation ces dernières années, explique Sylviane Halphen, déléguée générale de l’Unosel (Union nationale des organisations de séjours éducatifs, linguistiques et des écoles de langues). Sans compter que la violence et le déni d’autorité sont partout. Il est donc plus difficile pour les jeunes enseignants de quitter l’école et ses murs. »

Dans son rapport sur les voyages scolaires , Béatrice Pavy, députée de la Sarthe, préconisait que soit instaurée « une reconnaissance professionnelle pour les enseignants, en termes de notation et de mérite ». Ce à quoi le ministère répond que c’est impossible pour le moment, faute d’outils pour mener une évaluation qualitative des VSE (voyages scolaires éducatifs).

D’autant qu’une fois en poste, les enseignants ne sont pas toujours soutenus par les autorités académiques. En 2005-2006, certains rectorats avaient par exemple émis des restrictions, enjoignant aux enseignants de rattraper les cours qu’ils manquaient pendant leur voyage, ou leur demandant de financer leur part. Il s’agissait en fait d’une mauvaise interprétation de la loi Fillon de 2005 : « Ce fut un coup très dur. Nous avons observé une baisse de 15 % du nombre de voyages cette année-là, se souvient Sylviane Halphen. Les profs se sont sentis humiliés. On leur demandait de faire du bénévolat ! »

La situation a été éclaircie et assouplie par la suite via une circulaire Eduscol de février 2006. « Nous exerçons un simple contrôle de légalité financière afin d’éviter les dérives. Il est par exemple illégal qu’un organisateur offre le voyage des accompagnateurs : la ristourne doit profiter aux familles », explique le rectorat de Versailles.

Se pose aussi la question de la féminisation du corps enseignant : « On peut aisément comprendre qu'il est beaucoup plus difficile pour une enseignante mère de famille de partir plusieurs jours, d'autant plus si elle ne bénéficie pas d'aide financière complémentaire pour la garde de ses enfants par exemple », explique Jacques Chauvin, chargé de mission Classes de découverte à la Ligue de l’enseignement.

Autre difficulté de taille : venir à bout des réticences parentales. La médiatisation de certains accidents, comme celui du Drac en 1995, où le lâcher d’eau d’un barrage avait emporté six enfants et une accompagnatrice, la multiplication des affaires de pédophilie ou le contexte géopolitique instable ont eu raison de la sérénité des familles. Du coup, certains enseignants redoutent la responsabilité qui leur incombe et craignent  les conséquences en cas d’accident.

Sans compter les éventuels obstacles culturels : « Chaque année, j’ai des parents, qui refusent de laisser partir leur fille pour des raisons religieuses. Ils ne veulent pas qu’elle se retrouve dans un milieu différent du sien, dans une famille qu’elle ne connaît pas », explique Michèle Olivain, professeur de français. Il est donc très important pour les enseignants d’associer le plus tôt possible les parents à leur projet, afin de les rassurer.

Autre obstacle, l’organisation. Pas question de compter ses heures. Organiser un voyage, c’est monter un dossier pédagogique voué à convaincre le chef d’établissement et les éventuels partenaires financiers, c’est récolter les accords et les autorisations de sortie de toutes les familles, c’est trouver de l’argent, choisir une destination, un moyen de transport, d’hébergement, construire un programme de visites et trouver les intervenants, élaborer un support de travail pour les élèves une fois sur place, une évaluation au retour… Autrement dit, c’est beaucoup de travail.

Pour se soulager, les enseignants font de plus en plus souvent appel à des entreprises organisatrices de voyages. Un gage de sérieux et de sécurité dans le choix des prestations. Pour cela, il est recommandé de piocher parmi les 90 entreprises affiliées à l’une des deux fédérations : l’Unosel (Union nationale des organisations de séjours éducatifs, linguistiques et des écoles de langues) ou l’Office national de garantie des séjours et stages linguistiques. « Passer par une entreprise n’enlève rien à la responsabilité des accompagnateurs, mais cela met toutes les chances de leur côté. On leur évitera de choisir un chauffeur de bus polonais qui conduira sur autoroute pendant seize heures d’affilée », résume l’Unosel.

Ces entreprises peuvent délivrer des séjours clé en main, mais sont aussi très à l’écoute des attentes des enseignants. « Ils viennent avec des projets pédagogiques de plus en plus précis, et nous assurons simplement la logistique pour que tout puisse se faire dans le temps imparti », explique Françoise Taillard, directrice d’Envol-Espace, un tour-opérateur. Il est bien sûr recommandé de faire jouer la concurrence et de demander au moins trois devis avant de choisir son entreprise partenaire : on observe des variations de 10 à 70 % selon les transporteurs !


Anne Mascret | Publié le

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