Mobilisation des étudiants infirmiers : les IFSI au service des ARS pendant la crise sanitaire

Pauline Bluteau
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Mobilisation des étudiants infirmiers : les IFSI au service des ARS pendant la crise sanitaire
Les étudiants en soins infirmiers ont été mobilisés au plus fort de la crise sanitaire, au détriment parfois du bon déroulement de leur formation. // ©  FABRIZIO BENSCH / REUTERS
Cours suspendus ou à distance, stages reportés ou annulés… les étudiants en soins infirmiers sont loin d’avoir été épargnés pendant la crise sanitaire. Derrière ces décisions, les agences régionales de santé (ARS), avec lesquelles les instituts de formation (IFSI) n’ont eu d’autres choix que de composer.

C’est une annonce qui avait largement retenti aux oreilles des étudiants en soins infirmiers à l’automne dernier. Les ARS (agences régionales de santé) peuvent suspendre leurs formations – cours et stages compris – au profit d’une mobilisation dans les hôpitaux ou toute autre structure médicale débordée par la crise sanitaire.

Après une première vague où les futurs professionnels de santé ont apporté leur aide, souvent de manière volontaire, cette décision a été perçue comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Or, si les IFSI (instituts de formation en soins infirmiers) sont chargés d’annoncer les mauvaises nouvelles aux étudiants, tout a été planifié en amont par les ARS. Elles-mêmes ont suivi le cadrage national donné par les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur.

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Une mobilisation mal vécue par les étudiants infirmiers

"La suspension de la formation nous a été annoncée du jour au lendemain, le jeudi pour le lundi, raconte Christophe Baillet, directeur de l’IFSI La Blancarde à Marseille. On ne peut pas dire que nous avons ‘collaboré’ avec l’ARS PACA sur cette décision car elle a été imposée par arrêté."

En novembre dernier, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur annonçait, par le biais d’un arrêté, l’interruption de la formation des étudiants de deuxième année en soins infirmiers pour une durée d’un mois. "Les étudiants n’ont pas compris. A ce moment-là, certains secteurs géographiques de la région avaient besoin de renforts mais Marseille était moins concernée. Or, une suspension de formation signifiait une interruption totale des stages et des enseignements même à distance", poursuit le directeur.

La suspension de la formation nous a été annoncée du jour au lendemain, le jeudi pour le lundi. (C. Baillet, IFSI La Blancarde à Marseille)

De son côté, Ludovique Loquet, responsable du département des ressources humaines en santé à l’ARS PACA, assure que cette décision n’a pas été anodine. "Nous avions la pression des établissements de santé qui n’arrivaient plus à faire face au niveau des moyens humains. Nous avons donc pris cette décision, très difficile, et finalement la suspension n’a duré que 15 jours, détaille la responsable. Les établissements se sont rendu compte qu’ils perdaient tous leurs stagiaires et que, pendant ce laps de temps, les étudiants avaient le choix de se mobiliser… ou non."

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Faire primer la formation, avant la mobilisation

C’est d’ailleurs pour cette raison que ce scénario n’a pas été renouvelé pour le troisième confinement. "La question s’est posée une nouvelle fois mais on a aussi appris de nos erreurs", plaide Ludovique Loquet. Aussi, comme la situation à chaque confinement est différente, IFSI et ARS doivent sans cesse s’adapter et négocier. Globalement, malgré la crise sanitaire, de moins en moins d’étudiants en soins infirmiers semblent être mobilisés.

Dans le Grand Est, plusieurs indicateurs permettent d’évaluer la situation. Parmi lesquels figurent "la situation sanitaire, les données épidémiologiques (taux d’incidence…), le taux d’occupation global et Covid des lits de réanimation, de médecine, les besoins exprimés par les établissements de santé (absentéisme)", précise l’ARS. La mobilisation des étudiants se décide "en dernier recours après épuisement des solutions internes aux établissements (report des congés, indemnisation des heures supplémentaires)".

Dans les Pays de la Loire, environ 3.000 étudiants, de toutes filières médicales et paramédicales, se sont rendus disponibles au printemps 2020. "Les étudiants doivent désormais retrouver une stabilité, ils sont les derniers acteurs à être mobilisés", précise Stéphane Guerraud, directeur des soins et conseiller pédagogique régional à l’ARS Pays de la Loire.

Les étudiants doivent désormais retrouver une stabilité, ils sont les derniers acteurs à être mobilisés. (S. Guerraud, ARS Pays de la Loire)

À Strasbourg et Suresnes, c’est déjà le cas, aucun étudiant en soins infirmiers n’a été mobilisé depuis la rentrée. "L’organisation est rodée, nous anticipons les demandes de l’ARS parce que nous savons aussi ce qu’il se passe dans les hôpitaux, explique Francine Lemoine, directrice de l’IFSI Foch à Suresnes. Nous réadaptons sans arrêt les calendriers des stages, des cours à distance, des TP… Tout est fait pour que ça se passe bien pour les étudiants."

"Il y a eu une concertation avec les autres IFSI pour éviter de solliciter les étudiants, il y va de la qualité de leur formation", complète Fabienne Groff, directrice des soins de l’IFSI Robertsau et coordinatrice des Instituts des hôpitaux universitaires de Strasbourg.

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Une équité de diplomation garantie par les ARS

Pour s’organiser, les ARS estiment avoir resserré leurs liens avec les IFSI. L’ARS d’Ile-de-France, qui a mobilisé 17.000 étudiants en soins infirmiers depuis mars 2020, aurait réalisé plus de 50 conférences téléphoniques avec les formations. Elle a aussi fait des "points réguliers" avec la FNESI (Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers) pour favoriser "un équilibre entre le déroulé des formations et le renfort aux équipes de soins dans le respect de la réglementation en vigueur".

Il y a eu une concertation avec les autres IFSI pour éviter de solliciter les étudiants. (F. Groff, IFSI Robertsau à Strasbourg)

Car, in fine, l’objectif est bien de garantir une équité de diplomation des étudiants infirmiers au sein des régions mais aussi sur le territoire national. "C'est pour cette raison que la suspension de la formation en novembre dernier à Marseille était valable pour toute la région PACA, c’est compréhensible, admet le directeur de l’IFSI marseillais. Cela n’a d’ailleurs pas mis la formation à défaut, les étudiants vont pouvoir récupérer leurs deux semaines de stage pour être diplômés."

En revanche, la fatigue se fait bel et bien sentir du côté des étudiants. "Ils ont peur de ne pas être performants et de ne pas valider leur année. Il y a toujours cette inconnue sur la fin de la crise et les étudiants éprouvent de la lassitude", soutient la directrice strasbourgeoise.

À Suresnes, l’IFSI a mis en place un soutien psychologique renforcé : "On est lessivé, nos étudiants aussi", conclut la directrice. L’ARS PACA anticipe aussi ces inquiétudes et pourrait prévoir des formations supplémentaires pour rassurer les futurs professionnels de santé lors de leur prise de poste, non plus comme stagiaires mais comme titulaires.


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