OCDE : la France mauvais élève pour les salaires des profs

Nalini Lepetit-Chella
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OCDE : la France mauvais élève pour les salaires des profs
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INFOGRAPHIES – De nombreux pays de l’OCDE peinent à recruter des enseignants. C’est notamment le cas de la France où leurs rémunérations sont inférieures à la moyenne de l’organisation, d’après le rapport "Regards sur l’éducation" 2022. Décryptage et détails des différences de salaires entre les profs selon les pays de l'OCDE.

"Tout notre système scolaire repose sur l'engagement des enseignants. S'ils ne sont plus assez nombreux, tous les efforts que nous pourrons engager par ailleurs seront inutiles. Or, nous constatons (…) partout des difficultés pour recruter", a déclaré le ministre français de l’Education nationale Pap Ndiaye, le 3 octobre.

La France paye-t-elle mal ses profs ?

Un mois après une rentrée marquée par le manque d’enseignants, il réagissait à la parution du rapport "Regards sur l’éducation" 2022 de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Rapport qui jette notamment une lumière crue sur le retard de la France en matière de rémunération de ses enseignants. Où se situe réellement la France en la matière ? EducPros fait le point en détail et en infographies sur la réalité des écarts de salaires entre profs selon les pays de l'OCDE.

Mais le problème est loin de concerner seulement la France. "Rendre la profession d’enseignant plus attractive" est une nécessité dans les pays de l’OCDE, estime de son côté le secrétaire général de l’organisation, Mathias Cormann. "Cela signifie que les salaires doivent gagner en compétitivité", mais également qu’il faut "offrir aux enseignants des carrières plus diversifiées et de meilleures opportunités de développement professionnel", estimait l’ancien ministre des Finances australien.

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Et la France a des efforts à faire pour y parvenir. Les professeurs des écoles y gagnent en effet "10% de moins que la moyenne de l’OCDE et, après 15 ans d’ancienneté, 19% de moins", a pointé Mathias Cormann.

Il faut offrir aux enseignants des carrières plus diversifiées et de meilleures opportunités de développement professionnel. (M. Cormann, secrétaire générale de l'OCDE)

La faiblesse des rémunérations est également visible dans le second degré, dès les premières années. En début de carrière, le salaire statutaire minimum d’un enseignant en France, pour les qualification minimales (la certification), n’atteint même pas la moyenne de l’OCDE en 2021 : il est 3% inférieur, primes incluses, d’après le rapport. En Allemagne, cette rémunération est plus de deux fois plus élevée qu’en France.

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Cette faiblesse des rémunérations est plus forte encore si on prend en compte les enseignants ayant le niveau de qualification le plus fréquent, qui n’est pas toujours le niveau minimal. Après leur recrutement, le salaire statutaire des professeurs de collège est ainsi 5% moindre en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE en 2021. Au lycée, l’écart est de 8%.

Et il s’accroît jusqu’à atteindre 16% au collège et 20% au lycée pour les enseignants ayant dix ans d’expérience.

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Les deux pays de l’OCDE où les enseignants de collège sont le mieux rémunérés, du début de leur carrière jusqu’à 15 ans d’expérience, sont le Luxembourg et l’Allemagne, d’après les chiffres du rapport. A ces différents stades de leur carrière, les professeurs y gagnent plus de deux fois plus qu’en France. Jusqu’à 2,6 fois plus au Luxembourg, pour les enseignants ayant 15 ans d’ancienneté.

Une progression des salaires en France plus faible que la moyenne de l'OCDE

Pourtant, les salaires des enseignants de collège ont progressé en France ces dernières années : +4,5% entre 2015 et 2021, à prix constants, pour les professeurs certifiés. Mais sur la même période, la hausse est de 6,2% en moyenne dans l’OCDE. Et de 9,6% en Allemagne, soit plus de deux fois l’augmentation française.

En outre, à la différence de l’Allemagne, les salaires français n’avaient pas crû de 8% entre 2010 et 2015. Ils avaient même légèrement régressé (-0,2%), à prix constants.

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Comment va se faire la revalorisation des "20 premières années de carrière" ?

Dans ce contexte de faiblesse des salaires, le secrétaire général de l’OCDE Mathias Cormann "salue l’annonce par le ministre français de l'Education nationale de l’augmentation du salaire minimum de tous les enseignants à 2.000 euros par mois à partir de septembre" 2023. La mesure entre dans le cadre des "10% d’augmentation moyenne des rémunérations" des professeurs mis en avant par le ministère lors de la présentation du projet de loi de finances 2023.

Un calcul qui inclut des dispositions prises lors du Grenelle de l’éducation, comme la prime d’attractivité, et la hausse de 3,5% du point d’indice des fonctionnaires en juillet 2022.

Cette revalorisation salariale concernera "les 20 premières années de carrière et peut-être un peu plus", a précisé Pap Ndiaye lors d’une audition à l’Assemblée nationale, le 19 octobre. "Ainsi, les 2.000 euros net en début de carrière augmenteront au fur et à mesure, si bien que la hausse de rémunération, à cinq ans d’ancienneté, tournerait autour de 13 à 14%."

Mais ces annonces sont à mettre en regard de l’inflation, qui grimpe. L’OCDE prévoit en effet qu’elle atteigne 5,2% sur l’année 2022 en France et 4,5% sur 2023. Un facteur supplémentaire à prendre en compte dans les réponses au "défi" que constitue l’attractivité du métier de professeur, selon Pap Ndiaye.

Et ce défi ne se résume pas aux salaires, pour le ministre. "D'autres facteurs, souvent complexes, jouent un rôle important : le déroulement et l'ouverture des carrières, la capacité à travailler en équipe, la confiance faite aux enseignants sont autant d'éléments essentiels pour attirer et retenir les talents qui feront grandir nos enfants."


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