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Pour répondre aux palmarès, les écoles d'ingénieurs avancent groupées

Laura Makary
Publié le
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ENAC - Simulateur de vol
La base de données destinée aux médias regroupe les chiffres de 149 écoles d'ingénieurs. // ©  A. Fouet/ENAC
En juin 2016 ouvrait la "première base de données d'indicateurs sur les écoles d'ingénieurs destinée à la presse", orchestrée par la Cdefi, la CGE et la CTI. L'objectif : centraliser sur un portail accessible aux médias les chiffres demandés pour les enquêtes et palmarès. Un changement dans le quotidien des écoles d'ingénieurs. Retour d'expériences.

Le travail a débuté dès la rentrée 2015, avec un vote en AG de la Cdefi (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs), suivi d'une série de réunions entre établissements et journalistes pour mettre en place une base de données sur les écoles d'ingénieurs. Le 1er juin 2016, le portail ouvre, les établissements peuvent entrer toutes leurs données, selon la même procédure que pour les données certifiées de la CTI (Commission des titres d'ingénieur), pendant trois mois. L'idée est que les journalistes puissent piocher à leur guise, au moment où ils le souhaitent, dans cette base de données, regroupant des chiffres liés aussi bien aux effectifs étudiants, aux enseignants qu'à la recherche. 149 écoles d'ingénieurs ont joué le jeu. L'Etudiant a été le premier à se servir de cette base de données pour créer son palmarès 2017.

C'est une grande nouveauté pour les écoles d'ingénieurs, qui, jusqu'à présent, répondaient à chaque média séparément. Gagner du temps, c'était justement la visée de toute cette opération, comme l'explique François Cansell, président de la Cdefi et directeur général de Bordeaux INP. "L’idée est venue des réseaux, notamment des INP et des Polytech, qui ont commencé à relever qu'ils recevaient trop d'enquêtes et que c'était lourd pour leurs services. Les écoles fournissent beaucoup de travail pour répondre à tous les médias, elles ne peuvent pas le faire tout le temps, d'autant que les questions couvrent des champs souvent un peu différents. D'où cette volonté de mettre toutes nos données dans une boîte et de laisser les médias se servir", détaille-t-il. Il ajoute que les données sont certifiées, car elles "engagent les directeurs". "Cela permet aux médias de travailler avec des données plus sécurisées", conclut-il.

Satisfaction du processus

Les établissements ayant participé à cette nouvelle façon de fonctionner se montrent globalement satisfaits de ce processus. "Les retours sont plutôt bons, la plupart des écoles se sont révélées favorables à ce projet, notamment via les réseaux, la Fesic, la Fédératin Gay-Lussac, les Insa..", cite le président de la Cdefi. 

Parmi ces réseaux : Polytech, qui regroupe 13 écoles internes à des universités. "Les questionnaires des médias étaient devenus trop nombreux et vécus comme une véritable contrainte par nos services, souvent sous pression. Nous sommes très satisfaits, car ce portail nous a permis de ne faire le travail qu'une fois", déclare Laurent Foulloy, président du réseau Polytech.

Cette expérimentation est également vue très favorablement par Brigitte Lindet, directrice de l'ENSTBB, membre de Bordeaux INP. "C'est un vrai gain de temps. J'étais d'accord dès le début avec cette démarche, les questionnaires de la presse nous prenaient trop de temps. Il faut aussi qu'on ait le temps de faire notre métier et de former nos étudiants", souligne-t-elle.

Au-delà du gain de temps, ce processus nous permet d'améliorer la qualité de nos réponses.
(N. Guillemot)

Quelques petits couacs

Ceux qui ont utilisé ce nouveau portail ne mettent en avant que des soucis à la marge, la satisfaction demeure globale. "Cette année, c'est normal, nous étions en pleine mise en place de tout le processus. Il y a eu quelques petits couacs, notamment informatiques", relève Brigitte Lindet. Des petits bugs sur la plate-forme sont ainsi mis en lumière par plusieurs établissements.

Autre difficulté : un questionnaire très étendu, comme le rapporte Nadine Guillemot, directrice de Grenoble INP-Esisar. "L'enquête est lourde à remplir, en particulier les données sur le recrutement demandées à la rentrée. Il y a peut-être un travail de simplification à effectuer, en tout cas il ne faut pas que cette enquête grandisse trop d'année en année", déclare-t-elle. La directrice parle ainsi d'"ajustements", mais reste positive. "Au-delà du gain de temps, ce processus nous permet d'améliorer la qualité de nos réponses. Nous avons organisé un pilotage au niveau de l'INP, qui a répondu à des questions centralisées, comme les effectifs ou la recherche", conclut-elle.

Plusieurs écoles encore réticentes

Cependant, toutes les écoles d'ingénieurs n'ont pas participé. C'est le cas de tous les membres de l'Institut Mines-Télécom, qui ont continué, comme les années précédentes, à fournir tous leurs chiffres directement aux médias. Contactée par l'Etudiant, la direction n'a cependant pas souhaité s'exprimer sur le sujet. 

Autre groupe important : les Écoles centrales, qui ont adopté la même posture face à ce projet de la Cdefi. "Nous avons préféré conserver la liberté de répondre ou non à chaque média et enquête, tout simplement. Nos périmètres changent, entre la fusion de Centrale et Supélec, et le rapprochement de Centrale Lyon et l'Enise. Il faut être certain que tous les médias analysent et comprennent bien les données qui leur sont fournies", explique Frank Debouck, directeur de Centrale Lyon. 

L'UTC (université de technologie de Compiègne), elle aussi, n'a pas souhaité y participer. Alain Storck, son président, l'explique simplement. "L'idée est bonne, mais je préfère garder la possibilité d'une relation directe avec la presse. De plus, il me semble important de conserver la maîtrise de données parfois stratégiques pour l'établissement. Je souhaite disposer du pouvoir de répondre ou de ne pas répondre si nous l'estimons plus judicieux", déclare-t-il. Aucune de ces écoles n'exclut cependant totalement de rejoindre un jour le portail et toutes restent en discussion avec la Cdefi sur le sujet.


Laura Makary | Publié le

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