Newsletter

Des écoles d'économie pour doper l'attractivité des facs

Morgane Taquet
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Conférence inaugurale d'Aix-Marseille school of economics (septembre 2015)
Conférence inaugurale d'Aix-Marseille school of economics (septembre 2015) // ©  amu

Toulouse, Paris et désormais Aix-Marseille... Les écoles d'économie prennent place dans le paysage de l'enseignement supérieur français. Créées au sein des universités, elles entendent cumuler les avantages de la fac aux atouts d'une école. Chacune à sa façon.

Et de trois. Petite dernière arrivée sur le marché, Aix-Marseille se lance dans la course des Schools of economics après Paris et Toulouse, à la rentrée 2015. Au point de départ, en 2012, la fusion des trois universités marseillaises a abouti à la formation d'une méga faculté d'économie-gestion, forte de 5.300 étudiants.

"Avec la fusion, il existe un rassemblement d'économistes de tout premier plan, parfaitement visible sur le plan de la recherche, mais peu lisible sur le plan de l'enseignement", explique Pierre Granier, doyen de la faculté d'économie et de gestion.

Faire connaître un potentiel de recherche au grand public, c'est tout l'intérêt de disposer de ce genre d'école universitaire, selon Pierre Granier. D'autant que "ce problème de visibilité existe bel et bien en économie. À part les carrières académiques, les étudiants ne connaissent pas vraiment les débouchés professionnels possibles, comme ils les connaissent en gestion par exemple."

De là à concurrencer les facultés d'économie ? Pas vraiment, répond Pierre Granier, d'ailleurs "AMSE préfigure ce que pourrait être à terme la faculté d'économie-gestion". À Toulouse, l'école d'économie est la faculté d'économie tandis que la structure de PSE n'induit pas de concurrence directe avec une faculté d'économie.

Des formations d'excellence

Du point de vue de l'enseignement, les School of economics se focalisent sur les programmes masters et doctorat. Seule Toulouse propose un parcours dès la licence, avec deux années de prépa intégrée communes avec l'IAE, suivies de trois années de master. Pour y entrer, pas de sélection, mais un système d'"orientation choisie" à l'issue des deux premières années.

La School of economics d'Aix-Marseille s'est, elle, positionnée sur un parcours de master et un magistère, avec pour ambition de former des économistes statisticiens conscients des enjeux du big data. "Cette formation d'ingénieur économiste nous permet de proposer une alternative aux étudiants de classes prépas. C'est aussi un terme qui rassure les parents tout en conservant des coûts à l'inscription très bas", explique la directrice de l'école AMSE, Carine Nourry.

Futur campus Jourdan de Paris school of economics

GAGNER EN VISIBILITÉ

En matière de recherche également, le credo des School of economics est de valoriser l'excellence. Elles revendiquent d'ailleurs leur filiation avec la London school of economics, qui existe, elle, depuis la fin du 19e siècle. À l'origine des écoles toulousaine et parisienne, l'appel à projet RTRA pour réseaux thématiques de recherche avancée, créés par la loi de programme pour la recherche de 2006.

Objectif des 250 millions d'euros alloués : valoriser la production scientifique française en réunissant sur une aire géographique une masse critique de chercheurs de haut niveau sur une thématique donnée.

À Toulouse, c'est bien autour d'un projet de recherche sur l'économie industrielle, initié par Jean-Jacques Laffont, qu'est née TSE. "Depuis lors, tout ce que nous faisons est guidé par la recherche", explique Joël Echevarria, directeur général des services de TSE. 

Du côté de Paris, même structuration autour de la recherche. "Historiquement, il existait un master excellent à Paris 1 et un master Analyse et politique économique, porté par de grandes écoles. Les équipes de recherche préexistaient, mais, seules, elles étaient petites. Pour s'installer à l'international, il nous fallait atteindre une masse critique," explique son directeur, Pierre-Yves Geoffard.

Résultat : sous l'impulsion de l'économiste star Thomas Piketty, six fondateurs ont présidé à la création de Paris school of economics, le CNRS, l'EHESS, l'École des Ponts ParisTech, l'ENS, l'INRA et Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Trois d'entre eux sont également à l'origine de TSE.

Nous devons faire tout ce qu'il faut pour garder Jean Tirole à Toulouse et Thomas Piketty à Paris !
(J. Echevarria)

SE FAIRE UNE PLACE A L'INTERNATIONAL

Exister à l'international est un des indicateurs de réussite de ces écoles hybrides. Pour les plus anciennes, la stratégie semble être payante. À la septième place, juste derrière Harvard, le MIT et Princeton, du classement mondial RePEc qui fait foi chez les économistes, PSE dispose d'un conseil scientifique quasiment intégralement international et prestigieux. Son attractivité auprès des étudiants étrangers est bien réelle.

Avec son cursus entièrement en anglais, elle accueille 300 étudiants dans ses trois programmes de master. Si, depuis trois ans, la proportion de candidats étrangers se stabilise autour de 50% en moyenne pour les deux années de masters, au niveau doctoral, sur les 50 nouveaux doctorants accueillis en 2013, 45% sont étrangers.

Toulouse school of economics s'est définitivement installée comme une école de renom dans le paysage mondial, avec un prix Nobel d'économie en la personne de Jean Tirole, et une entrée en solo dans le classement de Shanghai en 2015.

Trois écoles d'économie en France, et pourtant, entre Toulouse, Aix et Paris, point de concurrence, assure Joël Echevarria de TSE. "Il y a le jeu médiatique bien sûr, mais nous ne raisonnons pas comme ça. Notre objectif commun est bien de retenir et de faire revenir les chercheurs partis ou qui seraient tentés de s'expatrier. La concurrence se situe davantage outre-Atlantique, avec le MIT ou Princeton. Nous devons faire tout ce qu'il faut pour garder Jean Tirole à Toulouse et Thomas Piketty à Paris !"

Toulouse school of economics (Toulouse 1 Capitole)

Des levées de fonds inégales

Si Toulouse et Paris ont bénéficié de crédits RTRA pour se lancer, ce n'est pas le cas d'Aix-Marseille. En tant que département de la faculté, AMSE fonctionne donc avec les crédits de l'université pour la prise en charge de la masse salariale et les locaux, tout en bénéficiant de crédits de la fondation Amidex d'Aix-Marseille Université et du labex AMSE, sélectionné en 2011, soit de 840.000 euros sur deux ans.

Son budget est donc encore loin de ceux de ses consœurs toulousaine et parisienne. Pour abonder sa dotation, une fondation pourrait toutefois voir le jour. "Le thème du big data est un sujet qui intéresse les entreprises et qui pourrait attirer le mécénat", assure Carine Nourry, directrice de l'école AMSE.

Au lancement de la fondation toulousaine, l'école avait récolté la coquette somme de 33 millions d'euros, qui, si elle ne concurrence pas les universités américaines a largement permis de lancer l'école, et de recruter les meilleurs chercheurs internationaux. Tournée vers l'économie industrielle, le financement de l'école toulousaine se fait depuis toujours avec les entreprises.

Axa, BNP, Total et EDF font bien sûr partie des donateurs privés parmi une dizaine d'autres. D'ailleurs, l'école toulousaine réfléchit à lancer une deuxième campagne de levée de fonds reposant sur la marque TSE, désormais connue, et sur la renommée de leur Nobel.

Quant à PSE, elle vit sur les intérêts du capital de 23 millions d'euros, dotation initiale de l'État, et de contributions privées (16% de cette dotation). Après huit années d'existence, la structure est à l'équilibre budgétaire depuis deux ans, se félicite son directeur, Pierre-Yves Geoffard, qui souligne également l'apport du Grand Emprunt.

Pour abonder ses finances, PSE met en avant ses activités d'expertise avec les entreprises à travers l'Institut des politiques publiques, qui ont représenté en 2013-2014 un volume de 1,6 millions d'euros. Consolider ses finances, mais aussi se fédérer davantage en se structurant sur un campus unique, c'est l'objectif de PSE. Aujourd'hui dispersé sur cinq lieux différents, une installation est prévue sur le campus Jourdan depuis... 2007.


Morgane Taquet | Publié le

Vos commentaires (2)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
Compta Contrôle.

Je lis que l'AMSE à Aix-Marseille sera une future école de pointe dans une faculté d'éco-gestion fusionnée. Juste une petite question: combien d'étudiants à l'AMSE sur les 5300 étudiants, nous dit-on, de la faculté. 500? 600? Que fait-on des 4700 autres? Quels sont les moyens attribués au 600 étudiants de l'AMSE par rapport aux 4700 autres? Juste pour avoir une petite idée.

Coquet.

Maintenant que les universités publiques se lancent dans une compétition directe avec les écoles de commerce privées le temps déjà bien sombre va tourner à l'orage . Gare aux écoles en cours de développement à Paris et dans les cinq continents et en recherche de fonds depuis que la taxe d'apprentissage est réduite de 60% (ce n'est qu'un début) et celles qui voient se réduire l'aide financière des CCI (comme peau de chagrin).Je leur souhaite des dirigeants exceptionnels pour résister aux tempêtes qui ont déjà balayées F.B.S .

bisiou.

Grâce à NVB la question va être réglée: plus de sélection en master 2 pour ces "écoles d'excellence" ; le secteur privé va retrouver des opportunités.