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Khaled Bouabdallah : "L'université de Saint-Étienne a dans son ADN des valeurs d'ouverture et de prise de risque"

Sophie Blitman
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Khaled Bouabdallah, président de l'université de Saint-Étienne
Khaled Bouabdallah, président de l'université de Saint-Étienne // ©  Université de Saint-Étienne

Des liens renforcés avec le monde économique, des projets immobiliers pour redonner de l'attractivité aux campus, une refonte de l'identité respectueuse de l'histoire de l'établissement : tels sont les objectifs que poursuit Khaled Bouabdallah, à la tête de l'université de Saint-Étienne depuis 2007. Et ce, tout en restant cohérent avec la politique menée au niveau de la Comue (communauté d'universités et établissements) lyonnaise, qu'il préside également.

D'importants chantiers de rénovation sont en cours à l'université de Saint-Étienne  Quels sont les projets phares ?

Nous avons tout d'abord créé un ensemble important autour des questions de santé et d'ingénierie, à proximité du CHU, qui rassemble la faculté de médecine, un centre de recherche et développement sport et santé, et le centre ingénierie et santé de l'École des mines. Le tout pour un budget d'une cinquantaine de millions d'euros. Les laboratoires de recherche s'y installent en avril, les étudiants de médecine le feront à la rentrée 2015.

Par ailleurs, le prochain CPER (contrat de plan État-Région) prévoit la réhabilitation du campus des sciences humaines et sociales Tréfilerie, à hauteur de 20 millions d'euros environ et autour de deux axes : l'amélioration de l'efficacité énergétique des bâtiments et l'aménagement de lieux de vie étudiante.

En parallèle, nous allons poursuivre le déménagement de la faculté des sciences sur le campus de la Manufacture. L'objectif est de transférer les étudiants de physique, d'informatique, de mathématiques et de chimie, de manière à créer un Centre des savoirs pour l'innovation dans cet environnement extrêmement favorable qui abrite déjà Télécom Saint-Étienne, la Cité internationale du design, l'Esadse (École supérieure d'art et design de Saint-Étienne), des chercheurs de pointe en physique optique ainsi que nombre d'entreprises innovantes dans ce domaine.

Nous souhaitons faire de ce lieu une vitrine témoignant de la capacité de l'université à dispenser des formations de qualité et à mener une recherche de haut niveau, mais aussi à réaliser du transfert technologique et du développement économique. D'un montant global de 25 millions d'euros environ, le chantier doit débuter en 2017. L'idée, à plus long terme, est aussi de transférer l'ensemble du campus Métare à la Manufacture.

Enfin, l'ancien siège de l'université, aujourd'hui inoccupé, devrait accueillir la filière d'études politiques, centrée sur les questions urbaines et territoriales, que nous avons commencé à mettre sur pied avec Sciences po Lyon.

À quelle stratégie répondent ces opérations immobilières ?

L'objectif est double : d'abord rendre les campus attractifs pour les étudiants et les personnels, en les dotant d'outils pédagogiques et de recherche aux meilleurs standards internationaux.

Par ailleurs, alors que nos sites sont aujourd'hui assez dispersés, il s'agit de réorganiser l'université autour de trois grands pôles : les SHS en centre-ville, les sciences et technologies sur le campus de la Manufacture, l'ingénierie et la santé près du CHU. Chacun devant être relié par les transports collectifs et à la gare de TER de manière à ce qu'il soit facile de rejoindre Lyon.

Situé en centre-ville, le campus de la Tréfilerie rassemble près de la moitié des étudiants.

À ce sujet, comment l'université de Saint-Étienne trouve-t-elle sa place au sein de la Comue [communauté d'universités et établissements] Université de Lyon ? Vous en êtes le président mais la métropole lyonnaise a un poids très fort...

Saint-Étienne est parfaitement à l'aise dans la Comue : celle-ci nous permet par exemple de répondre de manière plus efficace aux appels à projets du PIA [programme des investissements d'avenir]. Nous avons tous tout intérêt à travailler ensemble : c'est ce que nous avons fait dans le cadre de plusieurs Labex et Equipex, et c'est ce que nous faisons actuellement pour préparer la candidature à l'Idex 2, sous la houlette de Jean-François Pinton. Il n'y a pas de concurrence entre Lyon et Saint-Étienne, c'est ailleurs que la compétition a lieu.

Dans quelle mesure cette complémentarité apparaîtra-t-elle dans la nouvelle identité visuelle de l'université de Saint-Étienne, qui doit être dévoilée d'ici à l'été 2015 ?

Au niveau de la Comue, nous travaillons pour savoir comment marquer l'identité à la fois du regroupement et de ses membres. Les établissements ne peuvent plus avoir cette réflexion chacun dans leur coin, il faut une cohérence générale.

L'identité graphique de l'université de Saint-Étienne a plus de dix ans et mérite en effet d'être rafraîchie. De même, notre site web, aujourd'hui obsolète, doit être refondu. L'idée que nous souhaitons mettre en avant est celle de l'"esprit pionnier" de notre université, qui a dans son ADN des valeurs d'ouverture et de prise de risque. Nous affirmons ainsi que, contre une attitude trop prudentielle, nous osons défricher. Depuis l'origine, nous fonctionnons comme une université interdisciplinaire, une dimension sur laquelle il nous faut aller plus loin aujourd'hui, tant sur le plan de la formation que de la recherche. Nous avons déjà commencé à le faire, à travers notamment notre master en design cohabilité par l'université, les Mines de Saint-Étienne et l'Esadse.

Autre exemple innovant : alors que beaucoup de friches industrielles subsistent dans notre région, un groupe de travail réunit des géologues, des géographes, des économistes ainsi que des experts de la santé autour de la problématique de la pollution des sols. Plus qu'un projet de recherche, il s'agit de voir comment la dépollution des sols peut créer de l'activité économique.

Il n'y a pas de concurrence entre Lyon et Saint-Étienne, c'est ailleurs que la compétition a lieu.

Vous mettez en avant votre souci d'être en prise avec la réalité économique. Comment cela se traduit-il concrètement ?

La proximité avec le monde de l'entreprise est très forte à Saint-Étienne et ce, depuis la création de l'université. En effet, celle-ci n'est pas née directement de la volonté de l'État, mais parce que les forces locales, politiques mais aussi socio-économiques, ont milité en sa faveur. Cet ancrage dans le territoire explique en partie le fait que 40% de nos cursus sont professionnalisants et que nous nous sommes attachés à rendre notre offre de formation lisible pour les entreprises : par exemple, dès 2010 nous avons publié un guide de compétences acquises en licence générale, en partenariat avec l'Apec et le Medef – une collaboration qui n'allait pas forcément de soi à l'époque.

Ces bonnes relations vous permettent-elles d'avoir des ressources supplémentaires ?

Les entreprises soutiennent la fondation que nous avons créée en 2011, mais il ne peut s'agir que d'un appoint. Aujourd'hui, plus de 80% de nos ressources proviennent de l'État. Si collecter 1 ou 2 millions d'euros est déjà beaucoup, c'est relativement peu par rapport à notre budget qui s'élève à 150 millions d'euros.


Comme la plupart des universités, nous sommes confrontés à une hausse très importante des effectifs étudiants, liée à l'accession plus large à l'enseignement supérieur. En soi, cette démocratisation est une bonne chose mais les recettes en provenance de l'État ont, elles, tendance à se restreindre. Résultat : il est de plus en plus difficile de fonctionner. Pour l'instant, nous faisons face, mais jusqu'à quand ?


Sophie Blitman | Publié le

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