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Pierre Sineux (université de Caen) : "La transdisciplinarité est une force à développer"

Sandrine Chesnel
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Pierre Sineux, président de l'université de Caen
Pierre Sineux, président de l'université de Caen // ©  UCBN

Pierre Sineux a pris les rênes de l’université de Caen (UNICAEN) en mai 2012, succédant à ce poste à Josette Travers. Ancien vice-président du conseil des études et de la vie universitaire, ce professeur d’histoire grecque a choisi de miser sur la pluridisciplinarité.

L’université de Caen est la seule université dans sa région : avantage ou lourde responsabilité ?

Nous sommes effectivement la seule université de Basse-Normandie, mais c’est une petite région et sa situation fait que nous devons compter avec la concurrence de régions fortement attractives comme la Bretagne et l’Île-de-France.

Il faut aussi attirer vers nous les bacheliers bas-normands, dont la poursuite d’études dans le supérieur est inférieure à la moyenne nationale, alors même que leurs résultats au bac sont un peu meilleurs. Ce paradoxe s’explique par une plus grande part des bacs pro et techno, mais aussi par une méfiance de beaucoup de familles vis-à-vis de l’université, perçue comme un "monstre" qui proposerait des diplômes sans reconnaissance sur le marché du travail.

Dans une région où il y a une proportion importante de catégories modestes, le choix des études courtes du type BTS et DUT est vu comme une sécurité. Ainsi on observe qu’un certain nombre de bacheliers généraux ayant des mentions très bien choisissent ces filières courtes, alors qu’ils pourraient réussir en licence. Enfin, une forme d’autocensure des lycéens en détourne encore certains des études supérieures. L’un de nos grands chantiers est donc de faire évoluer cette image de l’université.

Comment faire pour améliorer l’image d’une université ?

Un des points importants est la collaboration avec le rectorat : c’est pourquoi nous coorganisons depuis dix ans les Journées du lycéen. À cette occasion, nous accueillons des lycéens dans nos laboratoires, nos chercheurs se déplacent dans les lycées, tandis que certaines de nos composantes animent des journées pour faire connaître la recherche. Nous sommes aussi très présents sur les salons d’orientation.

Pour améliorer l’image de l’université, il est également important de travailler sur l’insertion professionnelle de nos étudiants et de faire connaître la qualité de celle-ci, y compris pour les doctorants. C’est l'une des raisons pour lesquelles nous nous sommes dotés de notre propre observatoire de l’insertion professionnelle, avec le soutien financier de la région, et c’est pourquoi nous avons un vice-président délégué à la communication.

L’université est parfois perçue comme un ‘monstre’ qui proposerait des diplômes sans reconnaissance sur le marché du travail

Le bâtiment de l'ESIX Normandie, sur le campus principal © S.Chesnel - novembre 2013Le bâtiment de l'ESIX Normandie, sur le campus 1 © S.Chesnel - novembre 2013

Quelles sont vos autres priorités ?

Je souhaite valoriser la pluridisciplinarité à l’université. Celle-ci a longtemps été présentée comme une quasi-faiblesse, avec cette image négative de l’université "où l'on fait un peu de tout". C’est une mauvaise lecture : aujourd’hui, toutes les universités veulent aller vers la pluridisciplinarité, raison pour laquelle certaines se regroupent.

L’enjeu consiste à relever le défi de la transversalité, c'est-à-dire faire travailler ensemble nos composantes pour proposer des formations innovantes capables d’attirer les étudiants et de multiplier les pistes de poursuite d’études. C'est ce que nous faisons avec nos masters droit et géographie ou droit et biologie.

Cette recherche de transdisciplinarité vaut aussi pour la recherche : nous avons un potentiel très développé, avec 43 unités différentes, dont au moins la moitié en cotutelle avec un grand organisme. L’objectif est de concilier recherche de pointe et développement de thématiques transversales dans les domaines qui nous sont chers à Caen, comme l’environnement, la mémoire, l’imagerie, le numérique.

Ce chantier implique de réorganiser les composantes de l’université pour en diminuer le nombre et mieux lutter contre leur trop grand cloisonnement, afin de constituer des ensembles de formation et de recherche de taille plus homogène. Avec moins de composantes, nous pourrons développer le dialogue entre disciplines.

Comment ce projet est-il accueilli par la communauté universitaire ?

Il a été validé par le conseil d’administration. Certains collègues y restent hostiles, mais pour d’autres il y a une véritable attente. Nous avons incité les directions des composantes à échanger entre elles, je les rencontrerai ensuite individuellement au premier semestre afin d’être en mesure de soumettre un projet de nouvelle organisation de l'université au printemps 2014, pour une mise en œuvre progressive à partir de septembre 2014 et jusqu’en 2016.

Beaucoup d’universités connaissent actuellement des difficultés financières. Quelle est la situation de l’UNICAEN ?

Quand je suis arrivé à la tête de l’université en 2012, nous étions à un moment charnière de la vie de l’établissement avec le début du nouveau contrat quinquennal avec l’État. Un contrat élaboré sur une base de concertation très large dans l’établissement, faisant suite à de très nombreux groupes de travail et d’autoévaluation. Ma volonté était de mettre en œuvre ce projet d’établissement, alors que le contexte financier devenait tendu. L’université de Caen ayant terminé l’année 2012 en déficit, la priorité immédiate était donc de réfléchir à une gestion qui permette de retrouver l’équilibre dès 2013, un objectif qui sera vraisemblablement atteint.

Lire aussi
• La biographie de Pierre Sineux.

Sandrine Chesnel | Publié le

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