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Luc Hittinger : "Nous n'avons pas un modèle particulier de fusion"

Marie-Anne Nourry
Publié le
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"Mariage", "organisation de la cérémonie"... Depuis les votes de leurs conseils d'administration favorables à la fusion, l'Upec et l'Upem s'en donnent à cœur joie pour filer la métaphore. À deux ans de la création d'une université unique, prévue au 1er janvier 2017, Luc Hittinger, président de l'université de Créteil depuis 2012, fait le point pour EducPros.

Quel est l'état d'avancement de la fusion entre l'Upec et l'Upem ?

Côté recherche, nous avons aujourd'hui sept laboratoires en commun et, dans le cadre du projet Investissements d'avenir, nous avons pu obtenir ensemble cinq Labex (laboratoires d'excellence).

Concernant la formation, voilà maintenant deux ans que nous travaillons sur une offre commune. Nous l'avons déposée en octobre et elle est coaccréditée au niveau licence à plus de 50% et en master à moins de 45%. Les chiffres varient selon les domaines, et pour les spectres communs nous grimpons jusqu'à 70%.

Maintenant que les choses sont organisées en matière de recherche et de formation, nous pouvons nous interroger sur de nouvelles implantations. Je discute notamment avec la députée-maire de Nemours, où il n'y a pas de formation proposée après le lycée. Nous essayons de mettre en place des projets avec Fontainebleau et nous avons rencontré l'université de Bourgogne, car le sud de la Seine-et-Marne est l'équivalent du nord de la Bourgogne. Avec Alain Bonnin, président de l'université de Bourgogne, nous réfléchissons à des projets que nous pourrions partager car il rencontre des problématiques similaires.

Vous êtes-vous inspirés d'un modèle dans votre projet de fusion ?

Nous sommes allés visiter plusieurs universités pour étudier leur approche de la fusion mais nous n'avons pas un modèle particulier, c'est un peu la difficulté. Strasbourg a rassemblé quelque chose qui avait éclaté il y a cinquante ans. Aix-Marseille est installée sur un territoire bien plus vaste que le nôtre. Le modèle de Bordeaux est plus ramassé mais il ne correspond pas non plus à notre réalité, la réalité francilienne, où nous devons faire en sorte de présenter un modèle différencié par rapport aux grandes universités parisiennes. Cela va être l'objet de nos réflexions en 2015 et nous regarderons ce qui se fait au niveau international.

La question, à présent, est de savoir comment nous allons faire vivre notre nouvelle université au sein de la Comue, sachant qu'elle va correspondre à 80% de ses moyens.

Avez-vous des craintes liées à la fusion ?

Au-delà de la question budgétaire – je sais que l'Upem a une santé financière complexe –, la première crainte est celle des étudiants qui redoutent de devoir voyager d'une université à l'autre. En ce sens, nous avons observé ce qui caractérisait chacun des sites pour décider de ce qu'on allait maintenir sur l'un et sur l'autre.

Nous sommes très attentifs à la question des transports et nous sommes d'ailleurs en lien avec la RATP, qui est prête à prendre en considération les flux d'étudiants et de personnels. Depuis cinq ans, un bus relie Créteil à Marne-la-Vallée en quarante minutes.

Où en est la constitution de la Comue Paris-Est ?

Nos statuts ont déjà été votés. Le décret n'est pas encore sorti mais nous sommes passés au Cneser le 20 octobre avec un vote négatif. C'est souvent le cas mais cela ne s'est joué qu'à une voix, ce qui est tout de même encourageant : nous avons obtenu 19 pour, 20 contre et 6 absentions.

La question, à présent, est de savoir comment nous allons faire vivre notre nouvelle université au sein de la Comue, sachant qu'elle va correspondre à 80% de ses moyens. L'idée est de trouver l'équilibre d'une université unique avec de grandes écoles comme l'École des ponts ParisTech et l'École nationale vétérinaire de Maisons-Alfort.

Débat sur la sélection : Luc Hittinger ne veut aucune barrière
"Concernant la réussite en licence, je ne considère pas que la sélection soit une partie de la solution, indique Luc Hittinger, président de l'Upec. Derrière "université" il y a "universel", ce qui signifie que le devoir de l'université est d'accueillir tout le monde. Il y a donc une antinomie à dire qu'on est une université et qu'on ne prend pas tout le monde. Quand les gens entrent à l'université, il faut trouver des solutions pour les accompagner, même dans l'échec."
Le débat reste ouvert car Gilles Roussel, président de l'Upem, défend à l'inverse la mise en place de prérequis à l'entrée de la licence. 

Marie-Anne Nourry | Publié le

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