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Laurent Batsch (université Paris-Dauphine) : "Je me réjouis du statut de grand établissement"

Marie-Anne Nourry
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Laurent Batsch président Université Paris Dauphine // DR
Laurent Batsch président Université Paris Dauphine // DR

Laurent Batsch, président dauphinois depuis 2007, assume le caractère hybride, parfois déviant, de son université. International, budget, fondation, APB… Il fait le point pour EducPros sur les actualités du grand établissement.

Quelles sont vos priorités pour l'année à venir ?

Notre premier axe stratégique est l'international. À la rentrée 2014, nous ouvrons la première année de licence à Londres pour accueillir les lycéens français de l'étranger.

Nous avons aussi récemment signé un accord avec la Singapore Management University. Ce partenariat est le noyau d'une alliance qui a vocation à s'étendre à d'autres établissements. C'est aussi une alternative à l'investissement direct à l'étranger. Nous possédons un campus à Tunis et n'excluons pas d'en ouvrir d'autres, mais pas à Singapour, où nous préférons nous engager avec un excellent partenaire local.

Que pensez-vous de la nouvelle nomenclature qui prévoit de simplifier l'offre de formation des universités ?

Je trouve qu'il y a un paradoxe. L'État nous demande de développer des licences pluridisciplinaires mais les rapporte, dans le cadre de cette nomenclature, à des intitulés disciplinaires. Par ailleurs, nous sommes supposés imaginer des masters orientés vers des métiers, qui par définition mettent en œuvre plusieurs disciplines, mais là encore l'État les enferme dans des références disciplinaires.  Les diplômes "grand établissement" ont un certain degré de liberté dans l'appellation.

Cours à l'université Paris Dauphine © M.-A.Nourry - février 2014

Dauphine est la seule université qui n'a pas intégré le portail APB. Pourquoi ?

Nous sommes sélectifs postbac, au même titre que Sciences po et d'autres établissements. Notre système fonctionne très bien. Et nous répondons aux lycéens avant la clôture d'APB [Admission-postbac]. Après, il se passe ce qu'il se passe dans toutes les classes préparatoires et filières sélectives : les étudiants arbitrent. Certains, qui ont reçu une réponse positive, préfèrent aller ailleurs. Et ce n'est pas APB qui réglerait ce problème.

Dans une interview à EducPros, en janvier 2012, vous dénonciez le traitement de faveur accordé par l'État à Sciences po. Avez-vous été entendu depuis ?

J'ai dit ce que j'avais à dire, je ne souhaite pas prolonger. L'État donne toujours, chaque année, 25 millions d'euros de plus à Sciences po qu'à Dauphine. Le chiffre a été confirmé par la Cour des comptes.

Cependant, Dauphine apparaît comme privilégiée par rapport aux autres universités…

Pas du tout. Les chiffres sont parlants. La seule différence avec d'autres établissements est que nous nous battons pour trouver des ressources propres. Ainsi, sur un budget de 90 millions d'euros, nous comptons 30% de ressources propres qui proviennent de la taxe d'apprentissage, des droits d'inscription et surtout de la formation continue.

Dans le contexte budgétaire actuel, la question de la formation des cadres est clé. Il y a des parts de marché à prendre et tous les établissements peuvent s'y mettre, ce n'est pas un privilège. D'autant que faire de la formation continue, pour une université, permet à la fois de récupérer des ressources et d'assainir le marché. Beaucoup d'opérateurs sont d'une qualité discutable. Mais pour cela, il faut accepter de devenir un opérateur de marché et mériter le client.

Enfin, au-delà des sujets financiers, le statut de grand établissement donne à Dauphine des degrés de liberté supplémentaires. Et je m'en réjouis.

Dans le contexte budgétaire actuel, la question de la formation des cadres est clé

La Fondation Dauphine a été créée en 2008. Quel bilan tirez-vous de ses premières années d'existence ?

La fondation est dédiée au développement et sert à des projets complémentaires. Son budget n'est pas consolidé, c'est du plus. Elle a permis le lancement du programme égalité des chances, pour intégrer les jeunes des quartiers par exemple. Cette année, nous avons admis 51 étudiants sur une promotion de 640 [soit environ 8%, ndlr], ce n'est pas cosmétique et ce chiffre va augmenter. La fondation est aussi derrière les chaires, les bourses de mobilité internationale, l'incubateur ou le développement du logement étudiant. C'est indéniablement une réussite mais nous devons la faire croître.

Et au sein de PSL, que vous avez rejoint en 2011, quelle est la prochaine étape ?

Nous sommes en pleine discussion sur le contrat quinquennal qui va être signé à l'été, avec un volet commun et un volet par établissement. Les projets sont nombreux. Nous prévoyons l'ouverture d'un collège doctoral et la création d'un institut de technologie et d'innovation, qui constituera un prédoctorat pour les ingénieurs et permettra ainsi de booster la formation doctorale des écoles d'ingénieurs.

En outre, Dauphine accueillera en L3 les étudiants du cycle pluridisciplinaire d'études supérieures du lycée Henri-IV, ouvert en 2012. Nous travaillons aussi sur des projets de masters innovants avec nos partenaires, et notre école de journalisme, l'IPJ, multiplie les passerelles.

 


Marie-Anne Nourry | Publié le

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Charlet.

Bonsoir, Je ne connais pas le contexte exact du bras de fer mais le résultat est là : Dauphine est un université Technologique (UT) au même titre que Compiègne ou Troyes ou Belfort et peut, à ce titre, sélectionner à l'entrée. Ce que les universités normales n'ont pas le droit de faire. C'est simple et c'est toute la différence, en particulier au niveau de la réussite en fin de 1re année.