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Université Paris-Dauphine : un cas d'école

Marie-Anne Nourry
Publié le
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La bibliothèque de l'université Paris-Dauphine © M.-A.Nourry - février 2014
La bibliothèque de l'université Paris-Dauphine © M.-A.Nourry - février 2014

Installée dans le XVIe arrondissement de la capitale, l'université Paris-Dauphine détonne dans le paysage universitaire français. Avec près de 9.000 étudiants, tous triés sur le volet, elle se démarque de ses consœurs par des diplômes "maison" et des droits d'inscription supérieurs à la moyenne nationale. Université ou grande école ? Le grand établissement cultive l'ambiguïté. Nouvel épisode de notre série de portraits d’universités.

Le cas de Dauphine est complexe, mais Laurent Batsch, son président, assume en tous points ce qu'il nomme en souriant son "hybriditude". "Université ou école : nous ne jouons pas sur les deux tableaux, nous sommes les deux et incarnons une manière de dépasser les cloisonnements", défend-il. Grâce au statut de grand établissement, gagné en 2004 à l'issue d'un bras de fer avec l'État, l'université des beaux quartiers a conquis le droit de délivrer des diplômes nationaux tout en fixant librement les conditions de recrutement et les droits de scolarité.

Des étudiants triés sur le volet

Le premier effet de la sélection est le taux de réussite record en fin de première année : près de 90% des étudiants sont admis en L2. Il faut dire que Dauphine se donne les moyens de son ambition. Les trois quarts des candidats qui rejoignent les rangs des Dauphinois ont décroché une mention bien ou très bien au bac. Et force est de constater que le niveau s'élève d'année en année. Il y a dix ans, la barre était de 10,9 pour les bacheliers S et de 12,3 pour les ES.

Si le taux de boursiers a augmenté au cours des dernières années pour atteindre 15,7%, il reste néanmoins très inférieur au taux national de 36%. Toutefois, le recrutement en région et le programme égalité des chances contribuent doucement au mélange de la population dauphinoise.

Université Paris Dauphine © M.-A.Nourry - février 2014

Insertion professionnelle : vers un guichet unique pour les entreprises

Côté entreprises, il est clair que les DRH assimilent Dauphine aux grandes écoles. Mais pas toujours aux meilleures : "Nous associons les masters les plus courus aux écoles du top 6,  les autres entrent dans les mêmes grilles que les bonnes écoles de région", détaille Alexandre Groux, associé au sein du cabinet de recrutement Taste RH.

Conséquences pour les jeunes diplômés : la durée moyenne de recherche du premier emploi est de seulement deux mois et le salaire moyen brut de 47.000 € trois ans après la sortie, selon une enquête APEC pour Dauphine. "Des chiffres à nuancer en fonction de la spécialisation choisie en master", insiste Alexandre Groux.

Pour aller plus loin dans les relations entreprises, Dauphine a élaboré un mode d'emploi à leur usage sous forme de fiches pratiques : recruter un apprenti, confier une mission à la junior-entreprise de Dauphine ou encore verser la taxe d'apprentissage. "Cela répond à leur demande de disposer d'un guichet unique", explique Fabien Blanchot, vice-président de l'université.

Les DRH assimilent Dauphine aux grandes écoles. Mais pas toujours aux meilleures

À la conquête des alumni

À Dauphine, on est Dauphinois. Souvent davantage développé dans les écoles qu'à l'université, le sentiment d'appartenance existe bel et bien. "Un attachement extraordinaire lie le personnel, les étudiants et les intervenants extérieurs", rapporte Denis Bied-Charreton, professeur associé et directeur du CESP (Centre d'étude des supports de publicité). Et les diplômés sont susceptibles de promouvoir la marque tout au long de leur carrière. Reste à capitaliser sur ce trésor : "Dauphine est une université jeune et le réseau est sous-exploité par rapport à HEC ou Sciences po, concède Fabien Blanchot. Les anciens ont des fonctions remarquables, il faut discuter avec eux sur la façon de l'animer."

Université Paris Dauphine © M.-A.Nourry - février 2014

Recherche : réorganisation des laboratoires

Si, historiquement, Dauphine s'attachait avant tout à former des diplômés en phase avec le monde économique, elle se tourne depuis une quinzaine d'années davantage vers la recherche, en lien avec les entreprises. Une évolution qu'ont aussi connue les grandes écoles de management.

Les cinq principales disciplines de l'université sont organisées en cinq laboratoires, fruit d'une réorganisation valorisée par le rapport de l'AERES (Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur) en août 2013 : "L'université Paris-Dauphine a achevé son processus de rationalisation et d'organisation de la recherche."  "Avant, il y avait plusieurs petits laboratoires d'économie, aujourd'hui, nous n'en avons plus qu'un seul avec 75 chercheurs et 120 doctorants. C'est plus efficace", commente Patrice Geoffron, directeur du laboratoire d'économie.

La productivité des enseignants-chercheurs a, elle aussi, joué un rôle déterminant dans la progression en recherche de l'université parisienne. Toujours selon le rapport de l'AERES, le taux de professeurs publiants est passé de 63% en 2008 à 83% en 2011, effet "d'une politique d'incitation efficace et d'un recrutement ciblé".

"Nous recrutons des chercheurs investis dans des réseaux internationaux, qui publient dans des revues étrangères", indique Patrice Geoffron. Dans le cadre du dernier appel d'offre lancé à l'international, celui-ci a reçu une quarantaine de candidatures pour trois postes.

Face au mercato des enseignants-chercheurs qui sévit dans les business schools, Dauphine se dit plutôt préservée. "Si certains collègues sont attentifs aux conditions de travail, cela ne conduit pas à surenchérir sur les prix. Ils sont avant tout sensibles au statut universitaire et aux types de missions que nous poursuivons", rapporte Patrice Geoffron.

International : l'atout Equis

Pour accroître sa cote à l'international, auprès des enseignants-chercheurs et plus largement des institutions, Dauphine est allée chercher l'accréditation Equis, référence ultime pour les business schools. Après un an de préparation, elle a décroché le sésame en 2009, puis obtenu sa réaccréditation trois ans plus tard. Fabien Blanchot, vice-président et chef du projet, est formel : "Il y a un effet de club. Pouvoir se réclamer de cette accréditation commune permet d'établir un premier contact avec les institutions étrangères."

Si Dauphine est la seule université française à détenir l'accréditation Equis, elle est également la seule éligible. "Notre champ d'intervention – les sciences des organisations et de la décision – est proche de celui des business schools", explique Fabien Blanchot.

Depuis le début de l'année 2014, des rumeurs circulent sur la candidature de Dauphine à la CGE (Conférence des grandes écoles). Cette adhésion marquerait un nouveau tournant pour l'université puisqu'elle lui permettrait de développer des mastères spécialisés et des mastères en science, labels déposés par la CGE. Étape ultime pour marquer sa différence ?

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Marie-Anne Nourry | Publié le

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