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Santé : l'université Joseph-Fourier-Grenoble 1 mise sur la pédagogie inversée

Virginie Bertereau
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Etudiants de PACES à l'université Joseph-Fourier Grenoble 1
Etudiants de PACES à l'université Joseph-Fourier Grenoble 1 // ©  Virginie Bertereau

Joseph-Fourier-Grenoble 1 est la première université à avoir révolutionné sa pédagogie en PACES (première année commune aux études de santé). Aux cours en amphi bondé, l’établissement a préféré l’apprentissage multimédia et le tutorat.

Bien avant le boom des MOOC, l’UJF (université Joseph-Fourier) Grenoble 1 s’est révélée pionnière en matière d’enseignement numérique. Dès 2006, l’établissement a opté pour des cours multimédias accompagnés d’un tutorat personnalisé en première année de médecine, puis, à partir de 2009, en PACES (première année commune aux études de santé).

Le 2 octobre 2013, Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a ainsi cité en exemple "cette réforme pédagogique qui fait école" dans son discours de lancement de France université numérique.
La révolution est partie d’une insatisfaction. "On constatait bien que les amphis, avec 1.700 étudiants, étaient surchargés, les cours plus ou moins bien faits, plus ou moins bien pris. On voulait rendre l’étudiant plus acteur de sa formation que preneur de cours, stressé, condamné au bachotage", explique Patrice Morand, PU-PH (professeur des universités-praticien hospitalier) en virologie, assesseur du deuxième cycle de médecine.

Fac de santé - université Joseph-Fourier Grenoble 1

DVD, questions-réponses et tutorat

La faculté adopte alors le DVD. Une méthode qui, au départ, effraie beaucoup professeurs, parents et étudiants. Mais il ne s’agit pas simplement de fournir aux élèves des cours enregistrés et de les laisser errer dans la nature. Les étudiants reçoivent chacun un DVD en début de semestre. Ils le regardent, à leur rythme, pendant une semaine.
La deuxième semaine, ils posent des questions sur le site www.mediatice-grenoble.fr. La troisième, ils se retrouvent par groupes de cent environ, face au professeur, pour des séances de deux heures préparées à partir des questions formulées sur le site. Cela permet de réaliser des exercices sous forme de travaux dirigés.

Enfin, la quatrième semaine est consacrée à un entraînement dans les conditions du concours avec des tuteurs – des étudiants de troisième année – qui ont préparé des questions types avec le professeur. On compte environ un tuteur pour 15 étudiants. Deux séances hebdomadaires de deux heures sont programmées en soirée.

"Le tutorat est la condition sine qua non pour que le dispositif fonctionne. Mais, à Grenoble, les étudiants de troisième année sont motivés et payés", relève Patrice Morand. Cette PACES numérique a un coût : environ 180.000€ par an pour la plate-forme TICE dédiée, auxquels s'ajoute la rémunération de 900€ pour chacun des 150 tuteurs, soit un total de 315.000€ annuels.

Cette PACES numérique a un coût : environ 315.000€ par an

L’enseignement évalué par les étudiants

L’UJF est la seule université en France à proposer ce dispositif qui nécessite une implication forte des enseignants et de la cellule TICE. Pourtant, sept ans après son lancement, son bilan s’avère plutôt positif. "Les cours des professeurs se sont nettement améliorés en passant au DVD, estime Patrice Morand. Le support est vu par tout le monde et les étudiants évaluent tout ce qui est enseignement – qualité du cours, questions/réponses, tutorat – par ordinateur. En dessous de 75% de taux de satisfaction, on considère que les choses doivent être améliorées. Les tuteurs sont formés et évalués par les professeurs."

Fac de santé - université Joseph-Fourier Grenoble 1

En matière d'égalité des chances, l’université compte sur le tutorat personnalisé gratuit pour réduire les inscriptions en prépa privée et, par conséquent, les inégalités sociales.

Quant aux résultats, davantage d’étudiants réussissent un concours lors de leur première tentative : on compte aujourd'hui 50% de primants parmi les admis, contre 20 à 40% au temps des amphis chahutés. En outre, la faculté obtient des résultats stables à l’ECN, l’examen classant national de sixième année.

La révolution numérique après la PACES
Fort de son succès, l’UJF n’entend pas arrêter sa révolution numérique à la PACES, voire aux études de médecine. La pédagogie inversée devrait ainsi être proposée en deuxième et troisième années. "On veut diminuer le nombre de cours magistraux et inciter les étudiants à se poser des questions avant de voir le professeur. D’ici la rentrée 2014, nous serons prêts à passer 50% des cours en DVD. Seule limite : il n’y a pas de concours en deuxième et troisième années. La tentation sera grande pour les étudiants de venir au cours sans avoir regardé le DVD ou, inversement, de ne travailler que sur ce support", s’attend Patrice Morand.

L’UJF est déjà très impliquée dans les iECN – les épreuves classantes nationales sur tablette numérique – prévues pour 2016. "Les personnes qui s’en occupent sont des ingénieurs de Grenoble", se félicite Patrick Lévy, président de l’UJF mais également de l'UNF3S (Université numérique francophone des sciences, de la santé et du sport). Pour tester cet outil, les examens de quatrième, cinquième et sixième années de médecine ont été passés sur tablette en juin 2013. "Ce n’est pas du tout un gadget. C’est assez précurseur de ce qu’on pourrait faire dans d’autres domaines", souligne Patrick Lévy. À quand la révolution numérique pour tous les examens ?

Virginie Bertereau | Publié le

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