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L'EPFL, l'âme entrepreneuriale

Sophie Blitman
Publié le
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Vue aérienne de l’Innovation Park de l’EPFL © Alain Herzog - EPFL
Vue aérienne de l’Innovation Park de l’EPFL © Alain Herzog - EPFL

Des partenariats avec de grands groupes industriels à la création de start-up, l'entrepreneuriat se décline au pluriel à l'EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne) qui s'est dotée d'un quartier de l'innovation il y a plus de vingt ans. Focus sur un écosystème en mouvement.

En bordure du campus, mais dans le campus. C'est à côté de la faculté d'informatique, à quelques centaines de mètres du célèbre Rolex learning center que l'EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne) a installé depuis 1991 son quartier de l'innovation et son parc scientifique, rebaptisés en 2013 EPFL Innovation Park. Des incubateurs et laboratoires d'entreprises, des multinationales (PSA Peugeot-Citroën, Nestlé, Logitech) comme des PME, y côtoient des start-up, le tout construisant un écosystème de quelque 80 sociétés. Leurs membres sont réunis à l'occasion de conférences et d'événements conviviaux destinés à animer le réseau comme le "lunch des managers" ou le challenge d'idées Fusebox, ouvert également aux étudiants du campus.

Marie-Laure Berthié, adjointe à la vice-présidence innovation de l'EPFL, chargée des relations avec les grandes entreprises © Alain Herzog - EPFL

L'une des allées piétonnes qui serpentent entre les bâtiments mène aux bureaux de la vice-présidence pour l'innovation et le transfert technologique. Créée en 2004 et rassemblant aujourd'hui une trentaine de personnes, elle est le signe concret de l'importance que l'EPFL accorde à la valorisation de la recherche.

"Transférer les connaissances vers l'économie est dans la culture de la Suisse mais aussi dans l'ADN de l'école, cela fait partie de nos missions, rappelle Marie-Laure Berthié (photo), une Française devenue adjointe à la vice-présidence innovation de l'EPFL, chargée des relations avec les grandes entreprises.

Des porteurs de projet encadrés et épaulés

Outre la mise en place de partenariats de recherche et l'installation d'entreprises sur le campus, le service apporte aussi son aide aux chercheurs de l'école qui souhaitent protéger une idée ou créer leur entreprise. "On met de l'huile dans les rouages, on simplifie, on accompagne, décrit Marie-Laure Berthié. Au total, on supprime un quart du temps de travail que demande le montage d'un projet."

Un soutien apprécié, qui contribue à entretenir l'esprit entrepreneurial. L'EPFL compte 300 professeurs et une centaine d'inventions par an. La moitié donnant lieu à un dépôt de brevet.

On supprime un quart du temps de travail que demande le montage d'un projet
(M.-L. Berthié)

Hervé Lebret, responsable du dispositif de soutien aux start-up Innogrants de l'EPFL © Alain Herzog - EPFL

Des start-up créées essentiellement par des chercheurs voient aussi régulièrement le jour, au rythme moyen d'une par mois. Certains porteurs de projet, sélectionnés sur dossier, peuvent bénéficier d'une bourse avant même la création de la start-up, dans le cadre du programme Innogrants : 80.000 €, qui correspondent à un an de salaire. Un montant conséquent mais, rappelle Hervé Lebret (photo), responsable du dispositif, "le coût de la vie en Suisse est deux fois plus élevé qu'en France".

Depuis le lancement d'Innogrants en 2005, 70 projets ont été soutenus et plus de 40 start-up ont vu le jour, se réjouit cet autre ressortissant de l'Hexagone, séduit par "la simplicité des processus de décision, la flexibilité inhérente à l'EPFL, et les multiples initiatives bottom-up favorisées par la culture fédérale du pays".

"La France est à la Suisse ce que la Suisse est à Boston, et ce que Boston est à San Francisco", résume Hervé Lebret. Qui pointe une différence majeure avec les États-Unis, où "l'esprit entrepreneurial se diffuse jusqu'aux étudiants, ce qui n'est pas le cas à l'EPFL. Seuls 9% de nos élèves demandent une bourse pour monter leur start-up". Susciter davantage d'envies de création d'entreprise chez les étudiants : le prochain défi à relever pour l'école suisse ?

Pix4D, une success story suisse

Pix4D, l'une des start-up phares de l'EPFL, a été créée fin 2011 par Olivier Küng et Christoph Strecha // DR
C'est l'une des start-up phares de l'EPFL, exemplaire de l'écosystème d'innovation initié par l'école suisse. Créée fin 2011 par Olivier Küng et Christoph Strecha, Pix4D vend des logiciels qui transforment un ensemble de photos prises à différents endroits, notamment grâce à des drones, en images en trois dimensions. L'intérêt ? Faire des mesures précises à moindre coût. Un outil utilisé notamment par les géomètres pour leurs relevés topographiques, qui pourrait aussi trouver de nouvelles applications dans le domaine de l'agriculture.

Doctorant à l'EPFL au moment de l'émergence du projet, Olivier Küng souligne, au-delà du soutien financier de 80.000 € qui a permis de payer un salaire, l'importance du coaching dont lui et son associé, alors post-doctorant, ont bénéficié. "Nous étions des chercheurs, pas des entrepreneurs. Ce n'est pas évident de passer d'un état d'esprit à l'autre. Il faut notamment comprendre que ce n'est pas la technologie qui compte, mais le service que l'on apporte au client, analyse-t-il. Nous avons pu faire ce cheminement parce que nous étions bien encadrés."

Selon lui, "le fait d'être à l'EPFL facilite les choses parce que, en plus de faire partie des bons laboratoires de recherche, on est très vite en lien avec le réseau entrepreneurial. On peut dédier de l'énergie à son projet, au lieu de se battre pour essayer d'ouvrir des portes". Comptant aujourd'hui une petite trentaine de salariés, Pix4D s'apprête à ouvrir des bureaux en Chine et aux États-Unis. En 2012, le géant français d'objets connectés Parrot a pris un tiers de participation dans la start-up. Un investissement à hauteur de 2 millions d'euros.

Sophie Blitman | Publié le

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