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Roger Durand (Ulco) : "Il a fallu se démarquer des universités lilloises, pour ne pas devenir un collège universitaire"

Céline Manceau
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Université du Littoral Côte d'Opale. Centre universitaire de la Citadelle à Dunkerque // © Céline Manceau
Université du Littoral Côte d'Opale. Centre universitaire de la Citadelle à Dunkerque // © Céline Manceau

Roger Durand, réélu à la tête de l’université du Littoral Côte d’Opale en avril 2012, officie à ce poste depuis 2009 avec, pour carnet de bord, le projet stratégique 2010-2020 de l’Ulco. Cette jeune université de proximité, née du plan U2000, s’est donné dix ans pour renforcer son identité autour des activités de la mer. Un travail au long cours qui commence à porter ses fruits.

Roger Durand, président de l'Ulco // © DRL'Ulco, depuis quelques années, se positionne comme une université tournée vers la mer et ses activités. Quelle est votre légitimité par rapport aux autres universités côtières ?

Nous n'allons pas faire croire que le Nord-Pas-de-Calais est une région maritime, comme peut l'être la Bretagne. Mais notre positionnement autour des activités de la mer est légitime. Nous avons fait le choix de nous spécialiser sur des niches d'excellence en nous appuyant sur les particularités de notre territoire.

Le port de Boulogne-sur-Mer est la première plate-forme de transformation des produits marins en France. 300.000 tonnes par an passent dans nos usines, comment ne pas s'intéresser aux questions économiques ou environnementales que cela implique ?

Il fallait aussi que nous nous démarquions des autres universités de la région, notamment les grandes universités lilloises, pour ne pas devenir un collège universitaire. Tout en gardant une offre de formations pluridisciplinaire au niveau de la licence, la nouvelle carte de nos formations prévoit des spécialisations, au niveau master, dans le domaine de la mer. Dans le pôle droit, éco, gestion, par exemple, qui concentre le plus d'étudiants, il est possible de poursuivre des études en droit du littoral ou en logistique portuaire.

Il y a un vrai problème de confiance entre les présidents des universités de la région

Quelles sont vos relations avec les autres universités de la région Nord-Pas-de-Calais ?

Nous possédons six écoles doctorales régionales en commun, et l'Espé [école supérieure du professorat et de l'éducation] est portée par la Comue [communauté d'universités et établissements], ce qui est plutôt atypique dans le paysage universitaire français.

Mais, malgré ces points forts, nous avons des difficultés à nous mettre d'accord sur d'autres sujets, et non des moindres, comme la représentativité de chaque université régionale dans la Comue. Il y a un vrai problème de confiance entre les présidents des universités de la région.

Alors que l'Ulco était partie prenante du premier appel à projets Idex 1, qui a été recalé, nous avons appris qu'un projet Idex 2 avait été déposé par les trois universités lilloises. Finalement, leur projet a également été recalé. J'espère qu'en décembre on arrivera à un consensus pour le troisième appel à projets : le PIA 2.

il nous paraît essentiel de déplacer le centre de gravité de la région vers le Nord de l'Europe, pour amoindrir la forte attractivité de Paris

Vous souhaitiez développer un axe transmanche avec l'Angleterre mais, dans la réalité, les échanges sont quasi inexistants...

En 2004, lorsque Jacques Chirac a fait le déplacement au Touquet pour le centenaire du traité de l'Entente cordiale, nous avions bon espoir de voir aboutir, dans la foulée, de nombreux partenariats avec les universités britanniques. Mais nous n'avons reçu aucun soutien du ministère par la suite.

Et puis, la culture britannique en matière d'accueil des étudiants étrangers est très différente de la nôtre : ils sont considérés comme des clients qui doivent payer pour étudier. Aujourd'hui, nous nous tournons vers la Belgique.

Au sein de la Comue, il nous paraît essentiel de déplacer le centre de gravité de la région Nord-Pas-de-Calais vers le Nord de l'Europe, pour amoindrir la forte attractivité de Paris sur nos universitaires et les étudiants. Dunkerque n'est qu'à 80 kilomètres de Gand, tandis que les universités lilloises pourraient se rapprocher des universités de Mons et de Louvain.

Quels sont les prochaines étapes du plan de développement 2010-2020 ?

Plusieurs de nos projets ont été lancés et ils doivent passer maintenant en phase opérationnelle. Le Campus de la mer, par exemple, doit mettre en place des formations nouvelles autour des sciences de la mer. La plate-forme de l'Iren (Industries de réseau et économie numérique), en fin de construction, doit se faire labelliser au niveau national, puis européen.

L'institut Innocold, lui, doit donner naissance à des partenariats public-privé innovants, capables de réunir des équipes de recherche sur des projets à durée déterminée. Notre école d'ingénieurs doit monter en puissance. Il faut l'aider à tisser des liens avec notre école de commerce pour former un centre polytechnique qui pourrait proposer un cursus spécialisé dans l'agroalimentaire et l'halieutique.

Surtout, nous devons réaliser un bilan à mi-parcours de notre projet stratégique, avec un regard extérieur, celui d'un cabinet d'audit ou d'un conseil scientifique international.

Votre université est jeune et pourtant, elle ne compte ni réseaux d'anciens ni fondation : n'est-ce pas un handicap pour développer votre attractivité ?

Il est très compliqué de mettre en place un réseau d'anciens en raison de notre organisation en centres de gestion universitaires. Pour la fondation, c'est différent : dans chacun de nos projets sont investies les collectivités et les entreprises, des PME comme des grands groupes (tels que Veolia, Total ou EDF par exemple avec Innocold). Nous n'avons donc pas besoin de porter une fondation pour les mobiliser, d'autant qu'il est question que la Comue en crée une.

Si nous devions mettre en place une fondation, de notre côté, ce serait sur un projet identifié comme le soutien à l'excellence dans leurs études de bons étudiants. Qu'ils soient en licence ou en filière courte, nous les accompagnerions jusqu'au master, voire au doctorat, via des bourses et des stages.

Aujourd'hui, 8% des étudiants de l'Ulco atteignent ou dépassent le niveau bac+5, alors que la moyenne nationale est de 11%. Mais, pour le moment, tout cela n'est qu'à l'état de réflexion.


Céline Manceau | Publié le

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