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Vues sur mer à l’université du Littoral Côte d’Opale

Céline Manceau
Publié le
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Université du Littoral Côte d'Opale  : la bibliothèque universitaire de Dunkerque // © Céline Manceau
Université du Littoral Côte d'Opale : la bibliothèque universitaire de Dunkerque // © Céline Manceau

Contrairement à la chanson, c’est bien l’université du Littoral Côte d’Opale qui a pris la mer. Elle l’a prise pour mettre le cap sur l’excellence en matière de recherche et de formation autour des activités maritimes. Entreprises et collectivités ont embarqué à ses côtés, parties prenantes de tous les axes de développement de l’Ulco. Étudiants et enseignants-chercheurs sont aussi sur le pont, mobilisés autour de multiples projets – parmi lesquels un Campus de la mer créé en 2010 – qui devront être en vitesse de croisière à l’horizon 2020.

Elle aurait pu être baptisée, dès sa naissance, en 1991, université du Littoral Côte d'Opale, mais l'Ulco (en version acronyme) a mis du temps à se faire un nom, du temps à afficher une même visibilité sur ses quatre sites - trois côtiers à Boulogne-sur-Mer, Calais, Dunkerque, et un, à l'intérieur des terres, à Saint-Omer -, du temps à assumer et affirmer sa vocation maritime.

Son patrimoine génétique est marqué par l'existence d'antennes des universités nordistes dans le Pas-de-Calais (62). Celles-ci se sont transformées, lors de la création de l'Ulco, non pas en UFR, mais en quatre centres de gestion universitaires, un par site. "C'est un statut dérogatoire unique dans une université qui implique aujourd'hui une modification de nos statuts pour être en conformité avec la loi ESR", indique Elena Dupré, qui officie à la communication de l'Ulco depuis bientôt douze ans.

Cette organisation atypique, qui permet une gestion de proximité, a longtemps été un frein pour donner aux étudiants et personnels le sentiment d'appartenance à une seule université. Une identité commune d'autant plus difficile à établir que les collectivités locales, bonnes fées qui se sont penchées sur le berceau de l'Ulco, et qui continuent à suivre sa croissance, ne vivent pas de la même manière des ressources de la mer.

La mer a plusieurs visages et nous devons l'interpréter en tant que porte d'entrée et de sortie d'un territoire

Un projet dans chaque port

Boulogne-sur-Mer est un port de pêche (le premier sur le plan européen). Il concentre de nombreuses industries halieutiques. Calais est le deuxième port européen pour le transport de passagers. C'est aussi un port de frêt. Quant à Dunkerque, c'est un port industriel : le premier en France pour le transport de minerais et de charbon. À ces trois grands domaines d'activité, s'ajoutent des implications dans l'arrière-pays, en termes de commerce et de tourisme (avec, entre autres, cinq ports de plaisance et de nombreuses stations balnéaires).

"La mer a plusieurs visages et nous devons l'interpréter en tant que porte d'entrée et de sortie d'un territoire", résume Franck Giuliani, directeur du CUEEP Littoral.

En 2010, l'université s'est dotée d'un campus de la mer, sous la forme d'un GIS (groupement d'intérêt scientifique). C'est le projet phare de son programme stratégique 2010-2020, qui comprend aussi son implication dans l'Ireni – un programme de recherche sur la qualité de l'air dans la zone portuaire de Dunkerque – et dans l'association Innocold, spécialisée sur les technologies du froid basse température (de – 270 degrés à 0 degré), une activité cruciale à Boulogne-sur-Mer.

Un campus amiral

Tous ces projets fédèrent, à chaque fois, une multitude d'acteurs universitaires, économiques, institutionnels. Au Campus de la mer, par exemple, sont associées les universités de Lille 1, Lille 2, l'Ulco, l'université Jules-Verne en Picardie, des entreprises, notamment celles du pôle de compétitivité Aquimer (qui a labellisé une plate-forme d'innovation dénommée Nouvelles Vagues en 2011) et, bien sûr, les collectivités locales.

"Notre but est de créer des synergies autour de la gestion des ressources marines et des espaces littoraux, explique Joseph Jeanfils, directeur du Campus de la mer. Les projets peuvent avoir un volet scientifique autour de la connaissance des ressources dans une approche durable, mais aussi culturelle. Nous avons, par exemple, un projet de learning center avec l'aquarium Nausicaa à Boulogne-sur-Mer."

Une dizaine de formations initiales et continues ont également été auditées et labellisées par le Campus de la mer. De nouveaux cursus doivent voir le jour. Dans le cadre de la remise à plat des intitulés de master, l'Ulco prévoit de rebaptiser, à la rentrée 2015, son master fonction et gestion des écosystèmes marins et son master droit de l'environnement marin en unique master sciences de la mer.

L'Ulco peut aussi compter sur des valeurs sûres comme le master QPAH (qualité des procédés agroalimentaires et halieutiques) ou le DU GIZC (gestion intégrée des zones côtières), proposé uniquement en formation continue et à distance.

Compte tenu des frais élevés de scolarité dans les universités britanniques, c'est très compliqué de monter des programmes d'échanges pour nos étudiants

Des ponts à travers les océans

Le projet stratégique, solide sur le volet recherche et en devenir du côté des formations, pèche encore sur le plan des échanges au-delà des mers et océans.

S'il y a bien un axe de rapprochement transfrontalier évident, c'est avec l'Angleterre. "Mais, compte tenu des frais élevés de scolarité dans les universités britanniques, c'est très compliqué de monter des programmes d'échanges pour nos étudiants", explique Myriam Courco, responsable du service des relations internationales de l'Ulco. Ces derniers sont encore peu nombreux à partir durant leurs études (127 en 2012).

Université du Littoral Côte d'Opale Centre universitaire Saint-Louis à Boulogne // © Céline Manceau

Un pari avec la mer côté face

Il est encore un peu tôt pour prédire si la jeune université du Littoral Côte d'Opale (avec ses 8.000 étudiants, ses quelques 300 chercheurs et ses 11 labos) saura s'imposer sur la scène nationale et internationale comme pôle d'excellence autour des activités de la mer, aux côtés d'autres établissements confrontés eux aussi à des problématiques littorales (comme la pollution industrielle portuaire à Dunkerque, mais également au Havre ou à Marseille) et qui se sont regroupés, en 2010, au sein d'un réseau des universités marines françaises.

Selon Mathieu Rauch, responsable du service de la recherche et de la valorisation de la recherche, "l'Ulco ne manque pas d'atouts avec sa vaste façade littorale (1 320 kilomètres, à l'échelle du département, de Dunkerque à Berck-sur-Mer) qu'on ne retrouve pas forcément dans les 15 universités du réseau" et "qui peut s'étendre, via des partenariats avec d'autres établissements, de la Belgique à la baie de Somme, autour de problématiques identiques d'estuaire et de détroit", ajoute Joseph Jeanfils.

Pas de vents contraires ?

Pour garder le cap, l'Ulco doit aussi composer, dans certaines domaine de recherche, avec des laboratoires qui restent sur le rivage. Ils étaient là bien avant que l'Ulco se tourne vers le grand large. Mais le président de l'université, Roger Durand, biologiste de formation, croit à la porosité de son projet stratégique 2010-2020.

Les problématiques portuaires ont des implications bien au-delà de l'environnement et des sciences dures

Peu ou prou, chaque composante de son université devra s'amarrer aux deux axes d'excellence du projet stratégique : environnement-milieux marins littoraux et marins, et environnement industriel-énergie. Les moyens financiers sont concentrés en priorité sur les gros projets structurants : l'Ireni (qui va devenir une plate-forme technologique de recherche dans le domaine atmosphérique, le bâtiment devant être livré fin 2014), Innocold et le Campus de la mer.

Sont directement servis ensuite les labos qui jouent le jeu quelle que soit leur thématique. "Les problématiques portuaires ont des implications bien au-delà de l'environnement et des sciences dures", précise Mathieu Rauch, citant deux colloques organisés au premier semestre 2014, l'un d'histoire et de littérature, autour de la figure du roi Arthur, et l'autre, en droit, sur le juge maritime. La plan de route est limpide : il prévoit que plus personne ne reste à quai, à l'horizon 2020.

Ouverture sociale : les pieds sur terre
La solidarité est une composante de l'Ulco, qui ne peut (et ne veut) renier ses origines. Elle porte une mission de démocratisation de l'enseignement supérieur dans un contexte économique difficile avec des taux de pauvreté et de chômage dans le Nord-Pas-de-Calais supérieurs aux moyennes nationales.

L'université accueille, à chaque rentrée, quelque 11% de bacheliers professionnels, 25% de bacheliers technologiques et 64% de bacheliers généraux (sur le plan national, la répartition est respectivement de 7%, 15% et 78%). Parmi eux, 47% sont boursiers (28% à l'échelle nationale).

Ces particularités l'obligent à garder les pieds sur terre et à proposer une offre pluridisciplinaire de proximité. On peut tout étudier à l'Ulco, sauf la médecine et la psycho. Les STAPS sont particulièrement bien représentées ainsi que le droit et la gestion.

Autre particularité : on peut préparer tous les diplômes sans exception en contrat de professionnalisation. L'apprentissage monte aussi en puissance, avec l'appui du conseil régional. L'ULCO compte environ 200 apprentis par an. "Nous n'en avions pas il y a quatre ans, annonce le directeur du CUEEP littoral. Aujourd'hui nous proposons 7 de nos filières en apprentissage et nous devrions doubler ce chiffre pour la rentrée 2014."

L'Ulco ne s'interdit pas non plus, quand les opportunités sont là en termes d'insertion, de monter des nouveaux cursus qui n'ont pas d'attache avec la mer. À la rentrée 2014, une licence professionnelle instrumentation optique et visualisation - optique et lunetterie, va ouvrir, en partenariat avec le lycée Jean-Bosco de Guînes et l'école d'art de Calais.

Céline Manceau | Publié le

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Sirius.

"Compte tenu des frais élevés de scolarité dans les universités britanniques, c'est très compliqué de monter des programmes d'échanges pour nos étudiants" Etrange propos, alors que toutes les universités et écoles pratiquent les échanges sur la base "chacun paie les droits en vigueur dans son université d'origine". Ce qui permet des échanges entre universités gratuites (ex. Allemagne) et universités très chères (ex. USA). Pourquoi l'Ulco serait-elle la seule à ne pas pouvoir le faire ?