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Alain Bonnin (université de Bourgogne) : “Je dispose de moyens confortables pour investir”

Cécile Peltier
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Alain Bonnin, président de l'université de Bourgogne
Alain Bonnin, président de l'université de Bourgogne // ©  focale info TH

Professeur des universités et chef du service du laboratoire de parasitologie et mycologie au CHU de Dijon, Alain Bonnin a pris la tête de l’université de Bourgogne en juillet 2012, en remplacement de Sophie Béjean. Après quelques années de serrage de boulons, cet ancien vice-président aux finances est fier d’afficher une université en bonne santé, et des projets d’investissement nombreux pour continuer de moderniser l’établissement. Partisan de la fusion avec l’université de Franche-Comté, il revient sur l’importance d’arrimer la future communauté, finalement élargie à tous les établissements des deux régions qui le souhaitent, à un ensemble fort. Par ailleurs, la réorganisation de la recherche et des formations, menée en lien avec les établissements des deux régions, devrait permettre à l’université de gagner en visibilité auprès des entreprises et sur la scène internationale, ses deux défis.

Beaucoup d'universités ont terminé l'année 2013 avec d'importantes difficultés financières. Dans quelle situation se trouve l'uB ?

Malgré une sous-dotation chronique, nos finances sont saines. Fin 2013, l'uB disposait d'un fonds de roulement de 42 millions d'euros, d'une capacité d'autofinancement de 4 à 6 millions d'euros et d'un compte de résultat positif de 4 millions d'euros. Cette bonne santé est le fruit d'une politique de gestion rigoureuse, lancée dès ma nomination comme vice-président aux finances, en 2007. Ce fut loin d'être facile : il a fallu convaincre les composantes de mutualiser leurs réserves, de réduire les dépenses de fonctionnement de 10 % et de maîtriser les heures complémentaires... Nous avons aujourd'hui réussi à en stabiliser le volume annuel, nous aimerions désormais parvenir à une diminution progressive.

Grâce à ces efforts, je dispose de moyens confortables pour investir. Pour l'année budgétaire 2013, nous avons lancé 5 grands PPI (programmes pluriannuels d'investissement), auxquels nous avons déjà consacré 4 millions d'euros : la construction de nouvelles infrastructures sportives, le soutien aux projets innovants des composantes, la rénovation des salles de travaux pratiques, le développement et la modernisation des infrastructures numériques, et la maintenance des sites territoriaux.

Deux nouveaux PPI seront ouverts cette année : ils porteront sur l'équipement des infrastructures et des plates-formes scientifiques (1 million d'euros) ainsi que sur la rénovation du bâtiment droit-lettres, qui abrite près de la moitié des étudiants du campus dijonnais (3 millions d'euros sur trois ans). Au final, en quatre ans, nous aurons investi 8 millions d'euros pour moderniser l'université, et ce sur nos ressources propres.

En quatre ans, nous aurons investi 8 millions d'euros pour moderniser l'université, et ce sur nos ressources propres

Êtes-vous satisfait de votre dotation 2014 ? Va-t-elle vous permettre de poursuivre cette politique ?

Oui et non. Elle augmente d'environ 2 % et il faut reconnaître que les universités sont relativement protégées par rapport à d'autres opérateurs de l'État. En même temps, je sais qu'une partie de ces crédits va être gelée au titre de la réserve de précaution, ou prélevée au titre du remboursement de la dette publique ou venir compenser le GVT [glissement vieillesse technicité – évolution de la masse salariale en raison des progressions de carrière des fonctionnaires, notamment, ndlr], dont le montant peut peser lourd sur le budget d'un établissement.

Bibliotheque de l'université de Bourgogne ©uB RI D.Plantak

La création de la nouvelle communauté d'université Bourgogne-Franche-Comté était annoncée pour janvier 2014. Où en est-on ?

Le 12 décembre 2013, le conseil d'administration d'Agrosup, envisagé initialement comme membre associé, a voté l'intégration à la communauté d'établissements. Cet événement a permis de débloquer la discussion sur l'élargissement qui n'avait pas pu être menée au printemps dernier, en l'absence de feu vert du ministère de l'Agriculture.

Dans la foulée, les directeurs des établissements d'enseignement supérieur des deux régions, réunis le 20 décembre en présence de la DGRI (Direction générale de la recherche et de l'innovation), de la DGESIP (Direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle) et du cabinet de Geneviève Fioraso sont convenus de manière assez unanime d'élargir la communauté à tous les établissements bourguignons ou franc-comtois dont le CA en fera la demande, en respectant l'équilibre entre nos deux régions. Côté bourguignon, l'ENSAM de Cluny, l'ESC Dijon et l'ENSA sont potentiellement intéressées. L'École des beaux-arts serait plutôt partante pour un statut d'association. Je commence tout juste à discuter avec l'École nationale des greffes.

Dans tous les cas, il faut que les décisions concernant le périmètre de la communauté soient prises rapidement si l'on veut avoir le temps de rédiger les nouveaux statuts, de les faire valider par le MESR, puis de voter par les différents CA pour une adoption définitive avant le 22 juillet 2014, date-butoir fixée par la loi. Or, plus on est nombreux, et plus cela sera compliqué...

La fusion entre les universités de Bourgogne et de Franche-Comté doit, plus que jamais, se faire

Cela signifie-t-il que vous abandonnez l'idée de fusionner avec l'UFC ?

J'ai remis le 20 décembre 2013 la question de la fusion au premier plan des discussions. La décision d'élargir la communauté à un grand nombre d'établissements me donne à penser que la fusion doit, plus que jamais, se faire. Cette entité va nécessiter un gros moteur !

On ne peut pas parler de consensus, mais nous en avons discuté et nous avons prévu un nouveau bureau de nos deux universités début février  où cette question sera abordée. Je souhaiterais que nous puissions travailler sur un prochain contrat de site en affichant notre projet de fusion à l'horizon 2020.

Lors de votre arrivée, en 2012, l'un de vos objectifs était la réorganisation de la recherche. Où en êtes-vous ?

En tant qu'université pluridisciplinaire, l'uB se doit d'aborder toutes les disciplines. Elle ne pourra pas toutefois être compétitive dans tous les domaines au meilleur niveau international. C'est pourquoi nous avons fait le choix de la “différentiation intelligente”, un principe soutenu par les politiques européennes.

L'université concentrera désormais ses efforts sur six grandes thématiques, autour desquelles seront articulées toutes les disciplines : aliments et environnement, santé et ingénierie moléculaire, photonique et matériaux innovants, apprentissage et santé, patrimoine et territoire, et enfin vigne et vin. Il a fallu un an de dialogue avec les directeurs de laboratoires et les partenaires du grand campus pour établir cette “carte d'identité scientifique”, votée à l'unanimité par le conseil d'administration et le conseil scientifique.

Pour chacun de ces six grands domaines de recherche, l'uB va par ailleurs créer un master en anglais et, à terme, une chaire industrielle. Objectif de ces formations : attirer de bons étudiants, qu'ils soient français, francophones ou étrangers, pour donner une vraie dimension internationale à notre établissement. Dans un premier temps, nous dupliquerons les M2 actuels. Nous avons lancé un appel à candidatures auprès des enseignants-chercheurs, en vue de l'ouverture d'un premier M2 à la rentrée 2014. Les mathématiciens et les physiciens sont dans les starting-blocks. Il y en aura d'autres. À nous de sélectionner les meilleurs.

De quelle manière cette réorganisation s'articulera-t-elle avec la nouvelle communauté ?

Nous menons cette réorganisation en lien étroit avec l'ensemble des établissements d'enseignement supérieur de Bourgogne et de Franche-Comté. Les discussions impulsées et coordonnées par les vice-présidents recherche des deux universités sont en train de déboucher sur la définition de 5 ou 6 grands domaines scientifiques partagés. Nous avons également signé début janvier une convention-cadre avec le CNRS. C'est une manière de souder cette nouvelle communauté et un élément fort dans la course aux prochaines Idex en 2014.


Cécile Peltier | Publié le

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