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La valorisation de la recherche, valeur ajoutée de l'uB

Cécile Peltier
Publié le
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Un laboratoire de l'université de Bourgogne ©uB-Mission culture scientifique
Un laboratoire de l'université de Bourgogne ©uB-Mission culture scientifique

Vice-président dédié, formation des chercheurs, liens étroits avec le monde économique et surtout création, dès 2007, d’une filiale de valorisation, l’uB n’a pas attendu les Investissements d’avenir pour s’intéresser à la valorisation de la recherche. Une politique qui sert de base à la nouvelle SATT (société d’accélération de transfert de technologies) Grand-Est.

“Une organisation efficace de la recherche, propice à la valorisation, confortée par des relations dynamiques avec les entreprises locales, en particulier les PME.” En novembre 2011, l'AERES (Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur) classait la valorisation de la recherche parmi les points forts de l'université de Bourgogne. Et saluait “les moyens considérables” déployés par l'université pour rendre utilisables et commercialisables par les entreprises les résultats de sa recherche : vice-président et personnels dédiés, effort de formation des chercheurs à la valorisation et à la création d'entreprises ainsi qu'à la diffusion auprès du grand public... Une politique amorcée il y a plus d'une vingtaine d'années, soutenue par les collectivités territoriales et bien accueillie par les entreprises locales.

Dès 2007, l'université crée UB-filiale, sa filiale de valorisation de la recherche sous forme de SAS (société par actions simplifiées), une structure “bien adaptée aux relations avec le monde économique, qui garantit à l'université la maîtrise de la valorisation de ses résultats de recherche”, explique Catherine Guillemin, qui a présidé la filiale de 2007 à 2013. Une initiative rare dans le paysage universitaire français. Bien souvent, les universités gèrent la valorisation en interne ou la confient à une association, “ce qui peut poser des problèmes de contrôle”, relève Catherine Guillemin. L'uB a quant à elle accepté de déléguer à une équipe de professionnels – spécialistes de la propriété intellectuelle, juristes, chargés de mission... – la totalité du développement économique des découvertes faites dans ses labos.

Maturation, transfert et recherche partenariale

Les missions dévolues à UB-filiale : la maturation et le transfert technologique d'une part, la recherche partenariale de l'autre. Son équipe repère, dans les laboratoires de l'université, les résultats de recherche avec un potentiel de valorisation et les accompagne jusqu'au transfert vers l'industrie, notamment sous forme d'acquisition de licence et aussi, plus rarement, de création d'entreprise.
C'est le cas de la société Vecteo, spécialisée dans la conception et l'édition de solutions technologiques pour le contrôle automatique de pièces industrielles du domaine de l'énergie : créée en 2012 au Creusot, elle est issue du Le2i (Laboratoire électronique, informatique et image). Plusieurs étudiants et doctorants de l'université ont participé au développement de ces technologies innovantes et deux d'entre eux ont même intégré l'entreprise.

Par ailleurs, dans le cadre de la recherche partenariale, la filiale s'attache à décrocher des contrats de recherche avec des entreprises. Parmi ses clients : des grands groupes implantés localement (Alsthom, Areva, EDF, etc.) ainsi que de nombreuses PME. Si, dans son rapport de 2011, l'AERES qualifiait la recherche partenariale de “succès avéré” (le chiffre d'affaires est passé de  3 M€ à 5 M€ entre 2010 et 2011), tout en notant les difficultés en matière de maturation, Catherine Guillemin estime que la filiale “a apporté des moyens commerciaux et administratifs. Là où l'université aurait réalisé 2,5 ou 3 millions d'euros de chiffre d'affaires, elle en fait le double, dont la moitié revient aux laboratoires de recherche”.

L'uB a accepté de déléguer à une équipe de professionnels la totalité du développement économique des découvertes faites dans ses labos

Base de la nouvelle SATT Grand-Est

Jean Guzzo, vice-président délégué à la valorisation de la recherche de l'uB ©Focale info THLe Grand emprunt a été l'occasion de capitaliser sur l'expérience de l'uB pour donner à la valorisation de la recherche une dimension interrégionale (Bourgogne, Champagne-Ardenne, Franche-Comté et Lorraine) : lauréate de l'appel à projets des Investissements d'avenir et officiellement lancée en novembre 2013, la SATT Grand-Est est née de la transformation juridique d'UB-filiale. “C'est la seule société d'accélération de transfert de technologies créée à partir d'une SAS opérationnelle”, insiste Jean Guzzo, vice-président délégué à la valorisation de la recherche de l'uB.

Comme elle le faisait avec sa filiale, l'université va désormais déléguer la totalité de son activité de valorisation à la SATT, “y compris la gestion des contrats avec les entreprises qu'elle n'était pas obligée de lui confier”, souligne le vice-président.

Dotée du même statut juridique que l'ancienne filiale (SAS), la SATT Grand-Est se concentrera sur les mêmes grands secteurs de valorisation : l'agroenvironnement, l'agroalimentaire et les bio-industries, les matériaux, la santé, ainsi que les sciences humaines et sociales. Une catégorie émergente qui intéresse les entreprises notamment sur les questions de transition socio-écologique à travers les bâtiments intelligents. Autre signe de la continuité avec UB-filiale, c'est Catherine Guillemin qui assure l'intérim à la tête de la nouvelle plate-forme interrégionale.

Changement d'échelle pour l'uB

La SATT doit permettre de professionnaliser la valorisation de la recherche des établissements, grâce à la mutualisation des moyens autour des 8.000 chercheurs concernés. Entre autres objectifs : des équipes plus étoffées – 40 permanents d'ici à deux ans –, des investissements en maturation/transfert (le budget devrait passer de 0,5 M€ à 1 M € par an pour les unités de recherche bourguignonnes), plus nombreux avec des montants plus élevés (jusqu'à 500.000 € pour un projet à haut potentiel) et, à terme, des résultats plus rapides. “Une efficacité qui devrait en particulier intéresser les PME dont la rapidité est une condition sine qua non en matière d'innovation”, analyse Catherine Guillemin, qui attend de la SATT un “vrai saut qualitatif pour l'uB, notamment sur les brevets et les contrats de licence”. Deux points faibles pointés par le rapport de l'AERES en 2011.

Le temps de l'appropriation

Mais encore faut-il que les enseignants-chercheurs de l'uB s'approprient ce nouvel outil. “Il y a encore un gros travail de communication à faire pour les convaincre de l'intérêt de valoriser leurs recherches, reconnaît Jean Guzzo. Leur priorité reste la publication.”

Pour l'uB, il s'agit là d'un enjeu décisif, avec, à la clef, de nouvelles ressources financières, des débouchés professionnels pour ses étudiants et doctorants, et la promesse d'un rayonnement national, voire international.


LA SATT Grand-Est
La SATT Grand-Est est la 11e société d'accélération sur 14 créées dans le cadre du fonds national de valorisation du PIA (Programme d'investissements d'avenir) dont le pilotage relève du CGI (Commissariat général à l'investissement). La plate-forme publique, qui bénéficie d'un financement de 60 millions d'euros, possède un capital de 1,4 million d'euros souscrit par une dizaine d'actionnaires :
• l'université de Bourgogne et l'université de Franche-Comté (25,07 %) ainsi que leurs partenaires régionaux, l'Université de technologie de Belfort-Montbéliard (1,36 %), l'École nationale supérieure de mécanique et des microtechniques (1 %), AgroSup Dijon (1 %),
• l'Université de Lorraine (19,44 %) ;
• le CNRS (13,32 %) ;
• l'Université de technologie de Troyes (4,76 %) ;
• l'Inserm (1,05 %) ;
• la Caisse des dépôts (33 %) pour le compte de l'État dans le cadre du PIA.

Cécile Peltier | Publié le

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