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L'université du Maine : l'acoustique et l'assurance crescendo

Delphine Dauvergne
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Anis Matoussi, professeur à l'université du Maine et responsable du master mathématiques pour l'assurance, la finance et la santé ©D.Dauvergne - avril 2014
Anis Matoussi, professeur à l'université du Maine et responsable du master mathématiques pour l'assurance, la finance et la santé ©D.Dauvergne - avril 2014

Soucieuse d'affirmer sa singularité, et son excellence, l'université du Maine met en avant des secteurs de niche : l'acoustique et le domaine des assurances, deux filières dont elle s'attache à faire ses atouts.

"Les petites universités doivent développer des stratégies de niche, liées à l'environnement économique local, pour se distinguer des autres établissements", explique Christophe Guettier, directeur de l'IRA (Institut du risque et de l'assurance) de l'université du Maine. De fait, le secteur des assurances est très présent au Mans, où se trouve notamment le siège de la MMA.

Partant du constat que ce milieu avait besoin de juristes formés à l'économie et aux mathématiques pour pouvoir exercer le métier d'actuaire, l'Institut, qui regroupe ces trois domaines académiques, a été créé en 2013. "Calculer les risques pour pouvoir les tarifier nécessite des compétences économiques et mathématiques, tandis que le côté juriste se retrouve dans les contrats et les normes à respecter", détaille Christophe Guettier.

Gestion patrimoniale, retraite, succession... Les thèmes faisant appel aux trois disciplines sont nombreux aujourd'hui, et les collaborations se développent tant au niveau des formations que dans les activités de recherche et d'innovation. Trois licences sont délivrées par l'IRA, dont une professionnelle en alternance, ainsi que trois masters, dont celui centré sur l'assurance et l'analyse financière, qui a pour particularité de compter 81% d'étudiants étrangers.

Vers un diplôme d'actuaire reconnu par la profession ?

La création de l'IRA est aussi liée à la volonté d'obtenir l'autorisation de délivrer le diplôme d'actuaire.

Aujourd'hui, seuls les dix meilleurs étudiants du master mathématiques appliquées-économie du Mans peuvent l'obtenir, à condition qu'ils suivent la troisième année de la formation d'actuaire de l'ISFA (Institut de science financière et d'assurance) de Lyon 1, avec lequel l'université du Maine a noué un partenariat.

Autre demande de la profession des actuaires pour reconnaître la formation du Mans : mettre en place une double licence économie et mathématiques. Ce sera chose faite à la rentrée 2014. Rare encore dans les universités, elle vise à mieux former les étudiants avant qu'ils intègrent le double master économie et mathématiques déjà existant.

"La licence d'économie et celle de maths n'étaient pas assez fournies pour le double master. Le double cursus permettra d'avoir une formation reprenant les matières essentielles des deux licences distinctes", explique Frédéric Karamé, l'un des responsables. Le volume horaire sera par conséquent plus important : 30 heures par semaine. Une manière aussi pour l'université de s'adapter aux besoins des entreprises, demandeuses de diplômés formés dans les deux disciplines.

Pour l'instant, l'IRA n'a pas d'existence physique sur le campus universitaire du Mans : le droit, les mathématiques et l'économie restent dans des bâtiments distincts. "Il nous faudrait une unité géographique pour mieux travailler ensemble et avoir une meilleure visibilité", estime Christophe Guettier. Le directeur lorgne du côté du bâtiment de mathématiques tout neuf, où est hébergée la salle d'innovation pédagogique.

Le Laboratoire d'acoustique de l'université du Maine constitue la plus importante concentration de chercheurs acousticiens en Europe

De l'acoustique avant toute chose

Autre pilier de la stratégie de niche mise en place par l'université : l'acoustique, qui possède également son Institut. Lancé en 2013, celui-ci regroupe toutes les formations et activités de recherche en acoustique de la ville : le CTTM (Centre de transfert de technologie du Mans), l'Institut technologique européen des métiers de la musique, l'École supérieure des beaux-arts avec son activité en design sonore, le centre de culture scientifique, technique et industrielle Maine Sciences, l'incubateur Émergence, l'école d'ingénieurs Ensim...

Au centre de cette fédération, le Laum (Laboratoire d'acoustique de l'université du Maine). Rassemblant 130 personnes, il s'agit là de la plus importante concentration de chercheurs acousticiens en Europe. Anches d'instruments de musique, sons urbains, contrôle de résistance de pièces d'avions ou de centrales nucléaires, lasers détecteurs de son... Les projets de recherche témoignent de la variété d'applications possibles de l'acoustique. Le Laum travaille en partenariat avec des entreprises comme Airbus ou Renault pour les aider à résoudre leurs problèmes de bruit ou de résistance de matériaux.

Côté formation, l'université compte environ 500 étudiants en acoustique, de la licence au doctorat. "Nos offres sont complémentaires de celle de l'Ensim, et nos enseignants-chercheurs donnent des cours dans les deux établissements", décrit Jean-Pierre Dalmont, directeur de l'Institut Le Mans Acoustique.

Et ce domaine a des adeptes au-delà des étudiants. Un don anonyme à la Fondation de France a permis de créer un master d'électro-acoustique. "Nous formons le plus d'acousticiens en France, que cela soit pour la recherche ou le monde professionnel, mais attention au risque d'éparpillement", nuance Christophe Ayrault, enseignant-chercheur en acoustique urbaine.

Université du Maine : domaines de l'acoustique // © Delphine Dauvergne

Musique, architecture, aéronautique, communication sous-marine, médecine... Les domaines d'application sont variés et recrutent. © D.Dauvergne

Des millions d'euros de financement

Signe de la volonté de tous les partenaires locaux de faire rayonner le nouvel institut, un budget de 13 millions d'euros a été alloué à celui-ci pour cinq ans. Un étage a été refait à neuf pour accueillir les TD, avec une chambre réverbérante et une autre "semi-anéchoïque", permettant d'effectuer des mesures sur la capacité du matériau à absorber le son.

Prochaine étape pour cette filière d'excellence : la création d'un technocampus d'ici à 2015-2016. Sa principale mission sera de développer des projets de recherche qui répondent aux besoins des industriels.

Cependant, l'importance des investissements fait grincer quelques dents. "Les financements ont été votés sans savoir exactement de quoi ce projet sera composé. Pour moi, cela fera doublon avec le CTTM, qui a déjà cette fonction de lien avec les entreprises", critique Christian Inguere, enseignant-chercheur syndiqué FO. Reste que l'université a décidé de tirer parti de l'attractivité du secteur de l'acoustique pour accroître la sienne.

D'autres domaines suivent la même voie que les assurances et l'acoustique, à travers l'Institut des molécules et matériaux ou encore le Laboratoire d'informatique, qui travaille notamment sur la traduction automatique. Deux nouvelles niches pour l'université du Maine ?


Delphine Dauvergne | Publié le

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